
Charlotte Mbango est toujours bien là. Contrairement à ce que la rumeur
a pu dire sur son compte, la makossa woman est toujours dans la course.
Elle l’a confirmé à Top Visages récemment à Londres.
Certes, les années ont passé. Mais, les souvenirs
demeurent toujours intacts pour ceux qui ont connu cette dame de la
chanson africaine. Arrivée, dans le paysage musical en 1987, Charlotte
Mbango a marqué cette époque en faisant, de sa belle voix, le bonnheur
du “makossa”. Les titres comme Konkaï makossa, Adou restent les témoins
de son succès.
En 20 années de
carrière, la chanteuse peut se vanter d’avoir réalisé six albums, des
featurings et un “best of”. Lors de son dernier passage à Londres, au
Griffé Night Club, dans le cadre de la promotion de son dernier album,
nous avons fait une causerie avec la chanteuse camerounaise.
• Tu te faisais très rare pendant un long moment, au point que des rumeurs ont laissé entendre que tu n’étais plus inspirée.
- Chez moi, le cycle de vie, la moyenne de vie d’une oeuvre, c’est 3 à
6 ans. Parce que quand on fait la promo d’un album, le public adore
d’abord un titre. Et lorsqu’il se met à découvrir le reste, ça ne
vieillit pas. La preuve, j’ai fait “Konkaï makossa” en 1988, et
presqu’une vingtaine d’années après, ça marche encore. C’est dire que
j’ai fait des albums, certains des titres ont des succès et d’autres
n’ont pas encore été découverts.
• Tu es toujours en course ?
- Là, tu as raison de dire que je suis encore en course. C’est un
métier que j’ai choisi au détriment de mes études, de ma formation
professionnelle. J’ai dû faire des sacrifices en me consacrant à la
chanson. Mais, je ne regrette pas, parce que ce que j’ai étudié m’est
très utile, en ce sens que ça me sert beaucoup, aujourd’hui.
• Parlons de toutes ces années merveilleuses passées ?
- Je dirais que les choses ont beaucoup évolué. Parce qu’à l’époque, il
y a un peu plus de quinze ans, nous n’avions pas besoin de tant
d’efforts pour la promotion. Il nous fallait juste, chanter, et on
était appréciée pour notre qualité et notre talent. De nos jours, nous
avons besoin d’un important budget pour la promotion, une promotion
surtout en images. Les deux vont de pair.
• C’est-à-dire… ?
- Aujourd’hui, vous avez beau faire de belles chansons, tant qu’il n’y
aura pas d’images qui vont avec, la promo reste difficile.
Contrairement à quelques années en arrière, où avec ton disque sur le
marché, s’il est bon, tu n’avais pas trop de soucis à te faire dans la
distribution. Pour ce qui me concerne, je produis moi-même mes oeuvres.
Donc, étant toute seule, je ne peux pas être à la hauteur de disposer
d’un budget de promo qui me permette vraiment de prouver les qualifiés
de mes albums.
• Tu n’as pas un homme qui s’occupe de toi ?
- Je te vois venir. Non, sur le plan professionnel, j’aurais besoin de
quelqu’un (peut importe le sexe), qui voudra travailler avec moi. Je
pense que j’ai beaucoup à donner et je n’ai même pas encore donné le
quart de ce que je possède.
• Ton style musical reste toujours le makossa ?
- Oui, toujours dans le makossa. Je peux diversifier. J’ai fait du
gospel et je prévois, dans mon futur album, de faire vraiment de la
diversification. Ce qui me permet d’être présente dans plusieurs
plateaux. Parce que moi, mon trésor, c’est la voix. Je peux en faire
beaucoup de choses.
• Pourquoi as-tu ajouté le gospel ? Le makossa, à lui tout seul, ne fait-il plus l’affaire ?
- Je suis née dans une famille religieuse, et j’ai compris que c’est un
créneau que les gens n’ont pas assez exploité jusqu’à nos jours.
Pourtant, c’est un style musical qui accroche très bien. Je suis
maintenant à mon cinquième album et un disque gospel. Et par la grâce
de Dieu, en fin d’année, je vais sortir les deux volumes. D’un côté, la
variété et de l’autre le gospel.
• Parlons de ton dernier album. Comment se porte-t-il sur le marché ?
- Très bien ! Justement, on revient au même problème d’images. Je n’ai
fait qu’un seul clip. Mais j’ai besoin davantage d’images pour
confirmer la qualité de cet album. C’est du makossa avec un total de
douze titres.
• Et tu l’as baptisé “Mon combat”. Lequel des combats ?
- J’ai été très souffrante à un moment donné. C’était en 1997. On a
raconté trop de ragots à mon endroit. Des choses sur lesquelles je n’ai
pas envie de revenir. Et cet album est un message, une sorte de leçons
à mes détracteurs.
• Tu as dû en souffrir ?
- J’ai passé des années sans activités, à cause de tout ça. C’est à la
suite de toutes ces épreuves que j’ai sorti “Mon combat” ; pour dire à
mes confrères, mes frères et soeurs que dans la vie, il faut faire
attention. Parce que, même ceux qui sont les plus proches de vous
peuvent vous trahir. Parfois, quand des proches ne veulent pas
reconnaître votre talent et s’en réjouir, ils peuvent vous nuire. Et
pour ça, il suffit de peu. Donc Mon combat. Je me suis battue pour
prouver au monde entier que je ne suis pas ce qu’on a dit. Et que je
n’ai rien à voir avec ce qui s’est raconté sur moi.
• Doit-on attendre une réaction de toi ?
- Aucune ! Je leur ai pardonné. Parce que, de toutes les façons, je
crois que le péché humain, c’est aussi ça : l’envie et la convoitise.
Et ça ne sera même pas utile d’en parler. Parce que celui ou celle qui
a véhiculé les sales rumeurs ne saura même pas que tu lui en veux.
• Que fais-tu dans le cadre de la promo de ce dernier album ?
- Je suis régulièrement en concert. La preuve, cela fait déjà trois
fois que je suis invitée à Londres pour des spectacles en moins d’un
an. Et je dis que si je suis bien encadrée, je pourrais faire mieux en
termes de tournées. Par ailleurs, les problèmes politiques, la crise en
Côte d’Ivoire ont quand même freiné l’élan de nos promotions en Afrique
de l’Ouest. Je le dis franchement parce qu’Abidjan, c’est le carrefour.
Et si ça ne marche pas en Côte d’Ivoire, ça ne marchera nulle part en
Afrique de l’Ouest.
• Il est de plus en plus question de la piraterie.
- Bien sûr ! C’est même frustrant, parce que moi, par exemple, je me
produis toute seule et je ne m’en sors pas du tout. Avec mes moyens
personnels, je n’ai pas les reins solides ni la force de combattre
toute seule.
• Un combat de plus pour toi…
(Elle éclate de rire) Eh oui ! Mais qui vaudrait la peine.
• Ces 15 dernières années, le makossa a perdu de sa suprématie.
- C’est un problème d’époque. Le makossa est sorti quand il n’y avait
pas trop d’efforts à faire au niveau de la distribution, où nos talents
se produisaient dans de nombreux pays. Alors qu’aujourd’hui, l’on
constate la naissance de plusieurs tendances. Néanmoins, on y retrouve
des couleurs du makossa. Mais, il faut dire que les rythmes et les
styles évoluent selon les époques. Donc, pour moi, il est important de
remettre au goût de l’actualité nos créations en donnant de petites
touchent, de nouvelles colorations. Cela ne veut pas dire qu’on perd sa
base musicale.
• Quel est ton lieu de résidence ?
- Je vis en France, dans la ville d’Orléans.
• Que dirais-tu aux éventuels dragueurs, du moins à ceux qui en brûlent d’envie ?
- Qui ne risque rien, n’a rien.
• Tu es en train de dire que tu n’es pas mariée ?
- Je suis libre aujourd’hui. Mais, celui qui vient me dire que je lui
plais, je prendrai cela avec beaucoup de réserves, au vu de mes
expériences en la matière. Donc la seule question que je me poserais,
c’est : est-ce qu’il s’adresse à Charlotte Mbango ou à la “chanteuse” ?
• Un dernier mot ?
-
Je voudrais dire bien de choses à tous les médias ivoiriens qui m’ont
beaucoup soutenue dans le passé. J’ai une pensée pour toute la
population ivoirienne et je m’incline face aux pertes de vies humaines
durant cette triste période de crise dont une solution définitive
semble être trouvée. Je n’oublie pas mes fans dont je souhaiterais
avoir régulièrement les mails.