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Cameroun

Interview: Sergeo Polo
Monday, 17.04.2006, 04:42am (GMT)





Cameroon-info.net : Bien que vous soyez présent dans le paysage musical camerounais depuis près d’une décennie, un mystère demeure sur vos origines. Pouvez-vous brièvement vous présenter ?

Sergeo Polo : Mon nom est Mpollo Serge (nom d’artiste Sergeo Polo). Je suis un Sawa, c'est-à-dire originaire de la région côtière du Cameroun. Pour être plus précis, j’ai une ascendance Ewodi (Nkam) de par ma mère et Batanga (Océan) de par mon père. J’ai passé une grande partie de ma vie au quartier Déido où j’ai été élevé par ma famille maternelle, notamment mes grands parents. Ensuite, je me suis envolé pour la France où je réside actuellement. Je suis marié et père d’une petite fille, Larissa à qui j’ai d’ailleurs dédié une chanson dans mon dernier album.

CIN : Comment êtes-vous arrivé à la musique ?

S. P. : J’ai commencé à chanter lors des concerts scolaires alors que j’étais au collège. Lorsque j’ai arrêté mes études en classe de terminale, je me suis pleinement investi dans la musique. C’est ainsi que je me suis produit pendant plusieurs années dans des cabarets, ce qui m’a ensuite donné l’opportunité d’accompagner certains grands noms de la musique camerounaise tels que Eboa Lotin, Sallé John, Ben Decca, Tchana Pierre et beaucoup d’autres.

CIN : Ces contacts ont-ils influencé votre décision de vous engager dans une carrière musicale ?

S. P. : Evidemment. Outre l’expérience et le goût du métier acquis dans les cabarets, l’apport des aînés a été indéniable, je dirais même déterminant. Car, au-delà du respect que je leur vouais, j’étais parfois pris d’admiration pour certains d’entre eux. A la fois en raison de la qualité de leur composition et de leur talent de chanteur. Tout ceci a fortement contribué à façonner le chanteur que je suis devenu.

CIN : La thématique développée dans vos chansons est-elle le reflet de cette influence ?

S. P. : Pas vraiment, car lorsque j’écris mes chansons je m’inspire généralement des situations dont il m’a été donné d’être le témoin et qui, au demeurant, sont le reflet de notre société. Si des thèmes comme la jalousie, l’amour ou la souffrance apparaissent souvent au cœur de mes compositions, c’est davantage en raison de leur emprise sur notre quotidien. Ce qui peut donner le sentiment d’une similitude de vue avec mes aînés.

CIN : Votre album « La chicotte de papa », sorti en 2002, vous a permis d’être auréolé d’un disque d’or. Est-ce pour vous une consécration ?

S. P. : S’il est vrai que le succès qu’a connu « La chicotte de papa » m’a permis d’être désigné artiste de l’année et, surtout, de me voir gratifié d’un disque d’or, je crois qu’il serait prétentieux de penser qu’il s’agit d’une consécration. J’estime qu’il me reste fort à faire pour toujours mériter l’appréciation de mon public. Mon disque d’or est intervenu plusieurs années après la sortie en 1996 de mon premier album avec Njohreur : « Le mari d’autrui ». Tube qui, en son temps, connut un grand succès. Les albums qui ont suivi (« Carton rouge », « Georgie » et « La chicotte de papa ») m’ont permis de mieux m’intégrer dans le microcosme musical camerounais et de m’y faire une place de choix. Mon dernier album, «Le prisonnier», m’a permis, quelques mois seulement après sa sortie, d’engranger une nouvelle distinction en me voyant attribuer le lauréat de meilleur artiste masculin de l’année 2005 par la chaîne de télévision Canal 2. Mon souci, plus que jamais, est donc de ne pas m’endormir sur mes lauriers et de demeurer en parfaite adéquation avec les attentes de mes nombreux fans.


CIN : A quoi attribuez-vous votre succès actuel ? Le talent, la chance… ?

S. P. : Je crois que le talent est nécessaire, mais il doit s’accompagner de la rigueur et de beaucoup d’abnégation dans le travail. Si ma musique semble être appréciée aujourd’hui, comme vous le suggérez, c’est peut-être parce que les quelques succès engrangés au fil des années ne m’ont pas conduit à la léthargie. Nombreux sont ceux qui pariaient d’ailleurs sur ma disparition après « Le mari d’autrui »… A mon sens, un artiste doit pouvoir se prendre en charge et être à l’écoute des critiques qui lui sont adressées. Autrement dit, il doit être capable de se remettre en permanence en cause et de trouver par lui-même des réponses appropriées. Voyez-vous chaque fois que je sors un album, je commence la préparation du prochain qui paraîtra dans deux ans.


CIN : Il y a donc une fréquence qui s’est installée ?

S.P. : Effectivement, la fréquence est de deux ans. Toutefois, j’ai dû attendre trois ans pour « Le prisonnier » car, « la chicotte de Papa » a reçu un réel assentiment de la part du public. Pour cela, je me devais de redoubler d’ardeur au travail pour rester sur cette lancée et aussi pour le respect de ce public.

CIN : Vous avez reconduit le titre Fanny dans ce nouvel album. Pouvez-vous nous dire qui est-elle ? Est-ce une histoire vraie ?

S.P. : (Rires). C’est une histoire réelle mais qui ne me concerne pas. Je m’inspire aussi des histoires des autres pour écrire mes chansons. En effet, quand j’ai commencé à relater cette anecdote dans une chanson, j’ai compris qu’elle intéressait le public. Nombreux sont ceux qui m’accostaient dans la rue pour me demander le dénouement de l’histoire : « Fanny viendra t-elle en définitive en Occident ? »
J’ai donc préféré écrire la suite de l’histoire dans cet album plutôt que de répondre d’une manière individuelle ou à chaque sollicitation.

CIN : Vous parlez toujours de votre mère dans vos différentes chansons. .Est-ce à dire qu’elle occupe une place prépondérante dans votre carrière ?

S.P. :J’ai été élevé chez mes grands parents et ma mère a toujours été proche de moi. Mon père étant très souvent absent. Elle occupe donc une place centrale dans ma vie, elle m’apporte le soutien nécessaire et la sollicitude extrême. Enoncer son nom est un signal fort et une reconnaissance certaine envers elle. Toutefois, elle n’influence nullement ma carrière artistique car, je n’ y mêle pas ma famille. Mais j’essaie tout de même de la mener en tenant compte des valeurs qu’elle m’a inculquée. Elle ne cautionnera jamais un dérapage ou un manquement de ma part.

CIN : Justement, déplorez-vous la déviance constatée dans la musique camerounaise aujourd’hui ?

S.P. : Je n’apprécie pas ces égarements et déplore d’ailleurs le fait que certains artistes passent outre l’un de nos rôles qui est aussi l’éducation et la sensibilisation des masses. Nous devons constituer de bons exemples pour le public qui nous observe. Si certains n’arrivent pas écrire des textes soutenus, ils peuvent demander qu’on en écrive pour eux.

CIN : Pour vous, est-ce tout simplement un manque d’inspiration, n’est-ce pas aussi une réelle volonté de satisfaire un auditoire qui est de plus en plus friand de ce genre musical ?

S.P. : Je pense sincèrement que c’est un réel manque de création. Les textes de Eboa Lottin pour ne citer que lui, étaient assez construits, ils relataient les scènes de la vie quotidienne mais suscitaient aussi une prise de conscience. A mon avis, même si on n’a pas reçu une bonne éducation, à partir du moment où on met des disques sur le marché, on se doit de se conformer à une certaine déontologie et respecter certains codes de conduite. Les chanteurs devraient s’écouter avant et se remettre en question d’une manière perpétuelle.

CIN : Ceci doit constituer une première censure, l’autre ne devrait-elle pas être la mission des producteurs ?

S.P. : Je peux vous dire que ces gens n’interviennent pas du tout ou très peu dans l’élaboration et la correction des textes. Ils font totalement confiance aux artistes.

CIN : Ne pensez-vous pas que la torpeur du makossa provienne aussi de ce fait ? On se souvient tout de même, qu’il y a quelques années, les artistes camerounais avaient pignon sur rue dans le marché du disque africain .

S.P. :Telle n’est pas ma vision de la chose. Le makossa était très écouté en Afrique dans les années 80, la preuve est que les ivoiriens et les congolais se servent encore de ses mélodies pour compiler leurs chansons. Je dirai tout simplement que le soukouss, le ndombolo puis le coupé-décalé sont des musiques éphémères et passagères. Le makossa résiste bien à toutes ces tendances parce qu’il est construit sur de véritables repères et des bases solides.

Pour moi, le makossa n’a rien perdu de son allant. Il est certes en perte de vitesse du fait du manque d’information sur les sorties des albums mais aussi et surtout du manque de culture d’achat de disques de nos compatriotes Avec l’avancée de la technologie, les disques sont totalement gravés à de fins commerciales.

CIN : Ne pensez-vous pas que certains n’achètent pas parce que les produits offerts sont de mauvaise qualité ?

S.P. : Non, je pense que c’est une habitude qui s’est installée. Nous n’achetons pas les disques pour encourager les artistes. Ce en quoi nous excellons est la critique. Or, il n’est pas de bon aloi d’évaluer un album qu’on n’a pas acheté ou qu’on a obtenu par des procédés illégaux.

CIN : Avec toutes ces difficultés que vous avez énoncées plus haut, l’artiste camerounais parvient-il à vivre de son art ? Et vous personnellement, vivez-vous de la musique ?


S.P. : Bien sûr, moi, je vis de la musique, et je remercie Dieu. Mais pour combien de temps encore ? En revanche, je sais que c’est extrêmement difficile pour certains de mes collègues. Au-delà de la duplication illégale des disques évoquée tantôt, le problème des droits d’auteurs continuent à sa poser avec acuité.

CIN : Parlant justement des droits d’auteur, on ne vous a pas entendu prendre position dans l’affaire C.M.C. Que pensez-vous de l’éviction de Manu Dibango ?

S.P. : Je n’ai aucun jugement a apporter sur le sujet car, je n’ai pas eu des informations fiables sur la question. Pendant cette période, j’étais très occupé par mes différentes tournées, la promotion et la préparation de mon dernier album. Il est une chose, nous avons fait confiance à Manu et en retour, nous n’avons pas obtenu les résultats escomptés. Nous attendons de juger aussi son successeur et son équipe. Cependant, je respecte totalement Manu Dibango parce qu’il est un grand frère et un grand homme de la musique. Je pense en définitive que cela ne devrait pas être un problème de personne. Ce dont nous avons besoin c’est une structure assez efficace et compétente pour épauler et encourager les artistes.

CIN : Vous avez fait vos premiers pas avec Aladji Touré et aujourd’hui, on ne le retrouve plus dans vos albums que ce soit comme producteur, arrangeur ou alors musicien ; Qu’est ce qu’il en est ?

S.P. : Je tiens à relever que Touré n’a pas été là à mes débuts. Le premier album « le mari d’autrui » a été réalisé par Médiastore. La rencontre avec lui s’est faite lors de la réalisation de l’album « Hommage à Eboa Lotin » à la suite duquel nous avons signé un contrat pour la sortie de deux albums. Nous avons eu à travailler ensemble et je lui dois cette reconnaissance. Toujours est–il que chacun est libre dans le choix des musiciens qui l’accompagnent et ce, en fonction des affinités, des sensibilités et des orientations musicales. Aujourd’hui, je suis en contrat pour trois ans encore avec le label J.P.S. et chacun y trouve son compte.

CIN : Avec ce nouvel album, pensez-vous avoir atteint le sommet de votre art ?

S.P. : Je dirai qu’il y a encore un pallier à franchir, je n’ai cesse de travailler pour donner le meilleur de moi-même et produire au public des albums de qualité appréciable qui passent par des textes bien construits, des mélodies langoureuses et un casting soigneux de musiciens…
Cet album est très varié, j’ai essayé d’élargir le genre musical et l’auditoire parce que je me suis nourri depuis quelques années de diverses expériences internationales que je me dois de ré--transposer dans mes disques. J’ai d’ailleurs fait intervenir dans cet album, un ami français (producteur de la musique antillaise) qui m’a écrit un superbe zouk. J’espère que cet album augmentera mon capital de crédit auprès du public. Je souhaite que tout le monde se le procure.

CIN : Quels sont les messages qui sont véhiculés dans cet album ?

S.P. : Avec le succès qu’a connu « La chicotte de papa », j’avais organisé un concert et une remise de don à la prison centrale de New-Bell. J’ai été très touché par la misère qui y règne et ce, sur tous les plans. Cela m’a fortement inspiré d’où la chanson et le titre « Le prisonnier ». C’est un appel à une prise de conscience aussi bien pour ceux qui séjournent en prison, pour ceux qui sont en liberté mais aussi et surtout pour les pouvoirs publics. Et les autres titres parlent des problèmes et des situations de la vie.

Ce sont des thèmes récurrents qui font partie de ma vie en premier lieu, mais aussi de celle des gens autour de moi et partout ailleurs. Il s’agit, en général, de sujets qui touchent tout le monde. Si j’évoque par exemple le thème de la jalousie, je vous dirais que je la vis au quotidien et que son évocation dans mes chansons dépasse largement le cadre de ma personne pour s’intéresser à celle de tous ceux qui en sont victimes tous les jours.


CIN : L’album « Le prisonnier », qui est sur le marché depuis quelques mois, semble avoir pris sont envol, est-ce le fait d’une bonne promotion ?

S.P. : En ce moment, il y a deux clips qui passent sur les chaînes de télévision et quelques titres qui sont joués en boucle dans différentes stations de radio. La grande promotion a commencé depuis le mois de décembre au Cameroun où j’ai fait quelques spectacles. En ce moment j’ai entrepris une tournée européenne.

CIN : Alors que votre dernier album connaît un réel succès, vous faites l’objet d’une actualité moins réjouissante : un concert manqué à Bruxelles et l’apparition de votre nom dans une liste de présumés homosexuels. Qu’en dites-vous ?

S.P. : Puisque vous m’en donnez l’occasion, j’aimerais rétablir la vérité. Le concert manqué de Bruxelles n’est pas, contrairement à ce qui s’est dit dans une certaine presse, le fait d’un refus de ma part d’honorer mon engagement ou encore moins de quelque mépris à l’égard de mon public. Il s’agit simplement d’un manque de sérieux de la part de l’organisateur qui, préoccupé par le souci de gagner un maximum d’argent par la vente des boissons, a retardé le début concert en faisant patienter le public à mon insu jusqu’à 4 heures du matin. M’impatientant à l’hôtel et inquiet de n’avoir aucune nouvelle, je me suis finalement rendu sur le lieu du concert, mais compte tenu de l’ambiance surchauffée qui y régnait, je n’ai pas eu la possibilité de me produire. J’espère néanmoins rattraper le coup à l’occasion d’une prochaine prestation et j’adresse mes sincères excuses à tous ceux qui avaient fait le déplacement.

Quant au journal qui, à tort, me rend coupable de la pratique homosexuelle, je crois qu’il participe comme d’autres à une campagne savamment orchestrée par mes détracteurs dans le but de me couvrir d’opprobre et, par ricochet, de jeter du discrédit sur mon œuvre artistique. Je l’ai dit à plusieurs occasions et je le répète, je ne suis en aucun cas lié à une telle pratique que, du reste, je déplore. Et à tous ceux qui s’efforcent de ternir mon image, je réponds simplement qu’ils gagneraient à déployer cette énergie pour des choses qui leur seraient plus profitables.

CIN : Nous arrivons au terme de notre entretien, avez-vous un message à faire passer en l’endroit de votre public ?

S.P. : Je tiens avant tout à vous remercier pour cet enrichissant entretien. Les occasions comme celle que vous m’offrez sont rares. Le message que je souhaite faire passer ici est que les Camerounais en particulier et les Africains en général se résolvent à acheter les disques pour encourager les artistes. En ce qui concerne précisément mon dernier album produit par JPS Cameroun, j’invite tous ceux qui veulent se le procurer à redoubler de vigilance, car il existe sur le marché des versions dupliquées et donc de mauvaise qualité. Pour distinguer le vrai du faux, il convient simplement de s’assurer que les deux photos apparaissant sur les plages recto et verso soient différentes. En retour, je leur fais la promesse de continuer à travailler d’arrache-pied pour toujours mériter leur estime.



Stéphane Ngwanza et Christian Mamilo, Cameroon-info.net







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