Célèbre rue abidjanaise, la Rue Princesse doit son nom au film
Bal Poussière du cinéaste Henri Duparc. Drogue, alcool et prostitution
y ont pignon sur rue.
C’est l’histoire de O. Dorothée, fille de joie ayant
pratiquement passé son enfance à la Rue Princesse, qui nous a
conduits sur les traces des proxénètes de cette rue. Des hommes qui
s’enrichissent en profitant de la misère des jeunes filles qui ne
demandent qu’à survivre. Un soir, je reçois, comme de coutume, un coup
de fil de celui (ndlr : le proxénète) qui s’occupe de nous trouver des
clients à la Rue Princesse, raconte Dorothée. … il me parle
d’une affaire juteuse qui pourrait changer le cours de ma vie. Le
rendez-vous est pris pour une heure du matin. Sur le lieu du
rendez-vous, la discussion sur le prix à payer, à haute voix à cause de
la musique trop forte, déclenche en moi un torrent de sensations. Au
sortir des transactions entre le manager et le client, on me remet la
somme de 250000 f cfa pour passer une semaine avec le client. J’étais
loin de m’imaginer que ma soirée allait se transformer en cauchemar.
Chez lui, il m’a obligée à faire l’amour les pieds et les mains
menottés à chaque pieds du lit. En fait, j’avais affaire à un sadique.
Pour atteindre son orgasme, il écrasait des mégots de cigarettes sur
mon corps (elle montre les traces). J’ai été humiliée au plus profond
de moi-même. Je garde un souvenir amer de cette expérience. »
Aujourd’hui, O. Dorothée est une fille traumatisée qui s’étiole jour
après jour comme une fleur privée de soleil. Ces jeunes filles qui
s’adonnent à la prostitution sont pour la plupart issues de familles
démunies. Elles voyaient en la rue Princesse un Eldorado. Mais la
réalité est toute autre. En attendant des jours meilleurs qui sont
hypothétiques d’ailleurs, elles pratiquent le plus vieux métier du
monde. Mais tout ce qu’elles arrivent à faire, c’est enrichir les
proxénètes, des malfaiteurs qui se font du fric sur et par la chair
innocente de ces adolescentes. Présents aux alentours des différents
maquis de la rue princesse, ils proposent leurs services aux plus
offrants. Les prix varient selon la tête du client. Au cours de notre
enquête, nous avons pu piéger un proxenète très prospère dans le milieu
(son accoutrement en dit long).
Francky est un jeune homme d’une trentaine d’années à la mine
patibulaire dont la main est en permanence posée sur son portable. Nous
nous sommes fait passer pour un client. Mis en confiance, notre
interlocuteur nous fait des révélations troublantes. Des hauts placés
appellent tard dans la nuit pour avoir des jeunes filles dont l’âge
varie entre 14 ans et 18 ans dans leurs lits. Nous leur faisons des
livraisons à domicile où ils nous envoient leur chauffeur dans de
grosses cylindrées.
Dans notre randonnée nocturne, nous avons rencontré un autre groupe de
proxenètes en face de la pharmacie Bel Air sur l’axe menant au complexe
sportif. Une sorte de brigade dénommée les vonvons. Ils gèrent d’une
main d’acier leur commerce et leur territoire. Des maisons inachevées
servent de chambres de passes. Cette brigade a un droit de vie et de
mort (sans exagération aucune ) sur les filles surtout les
récalcitrantes qui se hasarderaient à enfreindre leurs lois. Dans ce
commerce honteux, les filles de joie doivent payer 500 FCFA au
propriétaire des chambrettes ; et 2000 FCFA la nuit à la brigade les
vonvons. Les moins chanceuses, qui n’ont pas de clients, restent
redevables à la fameuse brigade. Elles doivent redoubler d’effort et
d’imagination pour régler la note, au risque de subir le courroux de
ces bandits d’un autre genre. Dans ce gangstaland les proxénètes
utilisent la force pour se faire entendre. Prises entre le marteau et
l’enclume, ces jeunes filles ne savent plus à quel saint se vouer.
Conséquence, elles ne sont pas à l’abri de la maladie du siècle. Il y
en a parmi elles qui veulent s’en sortir. Il suffit parfois de leur
tendre la main.