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Trouver un mari blanc – tel est le souhait de toutes ces jeunes femmes qui envahissent les cybercafés camerounais. Wednesday, 20.06.2007, 05:55pm (GMT) Trouver un mari blanc – tel est le souhait de toutes ces jeunes femmes qui envahissent les cybercafés camerounais. Si le rêve ne date pas d’aujourd’hui, Internet a révolutionné les rencontres entre Africaines et Européens. Reportage. ![]() ans un cybercafé de Briqueterie, un bidonville de Yaoundé, Anita E, 22 ans, est installée devant un ordinateur, en plein « chat ». Pantalon patte d’éléphant, tee-shirt collé à même le corps, elle ressemble à toutes ces jeunes filles qui investissent le cybercafé, concentrées sur leur discussion en ligne. Une fois la boîte aux lettres fermée, les yeux pétillants, Anita esquisse quelques pas de danse, sort un billet craquant de 5 000 CFA et envoie sa copine acheter des boissons pour les employés du cybercafé.
« J’arrose mon mariage ! Votre cyber m’a donné la chance. Mon Blanc
arrive lundi soir par Air France, il apporte tout le trousseau de mon
mariage – vous y êtes tous conviés. Ah, mes sœurs, Dieu n’oublie
personne ! Moi aussi je vais pouvoir mettre ma famille à l’abri du
besoin et aller vivre en Europe comme mes copines. »
Comme Anita, de plus en plus de jeunes femmes rêvent de changer de vie
grâce à un mari blanc déniché sur Internet. Autour d’un verre, Anita
raconte : « Je fais Internet depuis cinq ans. Quand mes copines du
quartier ont commencé à surfer, ça ne me disait rien du tout, d’autant
plus que j’étais fiancée et adorais mon mec. Je les voyais comme des
prostituées, elles me traitaient d’irréaliste. Quand je les ai vues se
marier, ici au Cameroun, avec leurs correspondants blancs et changer le
train de vie de leur famille, j’ai commencé à les envier et à rêver.
Beaucoup d’entre elles ont même trouvé des époux blancs à leurs
cadettes qui sont à leur tour parties vivre en Europe. Ma décision a
été prise lorsque mon fiancé m’a quitté sur un coup de tête. Il fallait
que moi aussi j’épouse un Blanc. Mes frères noirs dérangent. Ils sont
jaloux et infidèles, l’abus de confiance fait partie de leur jeu. Ils
veulent que nous soyons leur bonniche, à leur faire enfants et à
assouvir leurs instincts. Mon Blanc, lui, m’a envoyé des sous à chaque
fois que je lui ai posé un problème sérieux et il me couvre de
cadeaux. » Un mari blanc pour changer de statut social
Deux heures du matin au MHnet, cybercafé du centre-ville de Yaoundé.
Sandra A. est en pleine discussion online avec « son gars », un
Français qui approche la soixantaine. Depuis l’âge de 17 ans, elle ne
sort qu’avec des Blancs. Le dernier en date, un Italien, l’a laissée
tomber sans plus de nouvelles après son retour au pays natal. Sandra a
été expulsée de l’appartement qu’elle occupait avec lui au quartier
Bastos et habite désormais chez ses parents, dans les bas-fonds de
Mokolo, un quartier populaire de Yaoundé. La jeune femme a quitté
l’école en classe de 6ème et n’a aucune formation professionnelle.
Sandra arbore les dernières tendances vestimentaires, un luxe qui lui
permet de voiler sa condition sociale. Mais elle est mal dans sa peau.
« Là où vous me voyez là, ma mère peut me tuer, dit-elle. J’ai manqué
plusieurs fois d’offrir à ma famille une vie de rêve. Il faut que je me
marie et comme ce vieux Blanc est décidé à m’épouser, je vais
finalement accepter. Ma mère a trop de problèmes, je dois augmenter son
fonds de commerce et notre maison doit être crépie et cimentée avant
mon mariage. »
Pour beaucoup de filles, le mariage avec un Blanc est en effet la seule
voie qui permet de changer son statut social. C’est la solution pour
aller travailler en Europe, permettre à sa famille de rivaliser avec
les familles nanties du pays. « Je suis de condition pauvre. Je n’ai
pas été intelligente du tout, confie Sandra. J’ai eu pas mal de Blancs
qui me donnaient beaucoup d’argent et regardez, je n’ai même pas pu
planter un piquet quelque part. Il faut que je me rachète auprès des
miens. Je compte m’installer définitivement en Europe. » Des petites annonces d’Amina au dialogue en ligne
La recherche d’un mari blanc par correspondance ne date pas d’aujourd’hui. Il y a vingt ans, le magazine Amina
et ses petites annonces de la rubrique « Correspondances » faisaient le
bonheur de nombreuses Africaines. Les mots doux s’échangeaient alors
par voie postale et mettaient parfois un mois et demi pour arriver à
bon port. Régulièrement, les lettres étaient éventrées dans les centres
postaux par des agents véreux qui les revendaient à leurs
connaissances. L’avènement d’Internet a révolutionné le système :
courrier électronique, dialogue en direct, photos en ligne, sites
spécialisés…
Aujourd’hui, les cybercafés ne désemplissent pas. À Yaoundé, l’heure de
navigation coûte 500 FCFA – et le double, si on y rajoute une webcam.
Certains cybercafés, ouverts 24h sur 24, proposent des tarifs de nuit,
à 400 ou 350 CFA l’heure.
« Les femmes font le gros de notre clientèle, explique Marcelle S.,
gérante de cybercafé. Elles sont une quarantaine, voire une
cinquantaine par jour, de tous âges. Certaines approchent même la
cinquantaine, mais elles contractent des mariages avec de bons partis.
Je connais une dame de cet âge qui a trouvé un mari belge dans mon
cyber. Elle est partie pour la Belgique alors qu’elle avait de grands
enfants. Certaines filles monopolisent une machine pendant 3 à 4
heures, voire toute la journée. C’est le même phénomène dans tous les
cybercafés. Il suffit d’avoir un haut débit et on fait de bonnes
affaires. La ville de Yaoundé doit compter environ 200 cybercafés, même
dans les quartiers. Imaginez le nombre de femmes qui voyagent tous les
jours pour l’Europe grâce à Internet ! » Les critères de sélection
Comment procéder pour entrer en contact avec un correspondant sur
Internet ? « Le procédé est simple et facile, explique Marcelle. Il
suffit de s’inscrire et d’entrer dans un site destiné aux rencontres
entre hommes et femmes pour dialoguer en direct. Une fois que votre
annonce est en ligne, vous recevez une multitude de messages. Certains
sites sont prisés par les femmes qui recherchent un mari blanc sur
Internet : 123.love.com, rendez-vous.com, séduction.com, affection.com,
amitie.fr, meetic.fr, tchatche.com… Certains sont payants, d’autres
pas. »
Les petites annonces se ressemblent : « Jeune Camerounaise (ou belle
Noire) de 23 ans, mesurant 1m65 pour 45 kg, cherche des hommes de 40 à
60 ans pour mariage ou pour amitié pouvant conduire au mariage. N.B.
Aventuriers, s’abstenir. »
Pour avoir plus de chance, il est astucieux d’ajouter une photo sexy,
mais, par discrétion et par prudence, rares sont celle qui choisissent
cette formule. Certaines vivent avec leur copain et d’autres sont des
femmes mariées.
« Les filles ou les femmes minces et de couleur foncée sont les plus
sollicitées par les Blancs, ajoute Marcelle. Nos sœurs, elles, n’ont
pas de préférences, pourvu qu’elles trouvent un mari blanc et s’en
aillent. En face de mon cybercafé, il y a une petite qui s’est mariée à
un Français récemment, et s’il vous plaît, il y a un Suisse qui vient
l’épouser en juin prochain ! Elle m’explique qu’elle préfère le Suisse
parce qu’il a beaucoup d’argent et c’est avec lui qu’elle va vivre
définitivement. Voyez-vous ça ! »
Seule préférence affichée par les candidates au mariage : elles aiment
les hommes matures, au-dessus de 40 ans. « Les jeunes sont trop
possessifs, explique Anita. Ils sont collants et vous créent des
situations chaque fois que vous levez la tête. Alors qu’un vieux, il
vous câline et vous couvre de présents. » Quand le rêve tourne au cauchemar
Les mariages par Internet ne sont pas sans risques. Certaines tombent
sur d’anciens psychopathes, d’autres sur des proxénètes de tout bord.
Une fois le mariage célébré, le départ pour la terre d’alliance, soumis
au visa Schengen, peut alors se transformer en un véritable chemin de
croix. Parfois, le tendre monsieur ne donne plus signe de vie, passée
la nuit de noces.
Il y a deux ans, mourait Madeleine E, une jeune fille issue d’un
quartier mal famé de Yaoundé. Cette dernière avait pourtant gagné le
« jackpot » en rencontrant le Canadien Rémy. Le mariage entre les deux
tourtereaux avait été célébré à l’Hôtel de ville de Yaoundé. Puis Rémy
est rentré dans son pays. Malgré plusieurs tentatives pour le
rejoindre, Madeleine n’a pu s’envoler vers le Canada. Mourant d’amour
pour son épouse, Rémy a tout vendu pour venir s’installer à Douala.
Mais au bout de quelques mois de vie commune, il a appris qu’il était
trompé. L’atmosphère du domicile conjugal est devenue insoutenable et
les querelles interminables. Une nuit, Rémy a assassiné sa tendre
moitié et s’est suicidé. C’est au cours des formalités de rapatriement
que la famille de Madeleine a appris qu’il était un ancien bagnard,
condamné pour violences et sévices sur mineurs. Ecrit par Yvette Mbogo Medzogo.
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