Les jeunes Africains qui rêvent de l’eldorado européen se
comptent par milliers. Certains sont prêts à tout pour franchir cette
forteresse que sont devenues les frontières de l’Europe.

Le drame !
L’immigration clandestine fait
régulièrement la Une de l’actualité. Les médias rapportent comme une
litanie les odyssées dramatiques de ces milliers de jeunes et de moins
jeunes qui cherchent à fuir la misère. L’actualité c’est d’ailleurs le
chavirage d’une embarcation de pécheurs qui transportait une centaine
d’Africains candidats à l’immigration le jeudi 19 juillet dernier.
Ceux-ci tentaient de rallier l’archipel des Canaries. Seuls 48
survivants avaient été repêchés au moment où nous écrivions ces lignes.
Le drame a eu lieu à plus de 180 kilomètres des côtes espagnoles. Cette
catastrophe est l’une des pires liées à ce phénomène d’immigration
clandestine en Espagne !
Ces voyages, s’ils ne finissent pas par la noyade, le sont par une
garde à vue suivie d’un renvoi au pays d’origine. Seulement, le choc
causé par les images des corps repêchés de ces survivants amaigris et
malades diffusés par les chaînes de télévisions ne décourage pas les
candidats. Rien qu’en 2006, ils étaient plus de 31 000. Alors
question ! Qu’est-ce qui motive donc cette prise de risque ? N’y
a-t-il aucune alternative pour ces hommes ?
Pourquoi ?
La réponse est évidente : le manque de perspective pour ces jeunes qui
ne croient en aucun avenir possible pour eux sur ce continent qui est
le leur! Parce qu’il faut bien en être à un degré extrême de désespoir
pour tenter une aventure aussi périlleuse ! Fuir la pauvreté par tous
les moyens !
Les causes de cette misère ?
Certains accuseront, trop facilement peut- être, les autres ! Ils
remonteront jusqu’à l’esclavage qui a saigné l’Afrique de ses hommes
les plus valides, le commerce qui est loin d’être équitable entre
l’Occident et le berceau de l’humanité, en passant par la colonisation
et l’exploitation honteuse faite de nos richesses… Bien entendu, on ne
peut pas contester ces vérités, mais faut-il continuer de pleurer sur
notre sort au lieu de chercher à nous en sortir ? A l’exemple de
certains pays asiatiques qui étaient dans une situation encore plus
dramatique que la nôtre au moment des indépendances et qui aujourd’hui
rivalisent avec les puissances économiques !
L’autre cause, et que nous pouvons combattre, est la mauvaise
gouvernance. En effet, bon nombre de nos pays ont à leur tête des
gouvernants très peu préoccupés par le sort des populations. Leurs
seuls soucis étant leur maintien au pouvoir (et cela par tous les
moyens)… Sans parler de ceux qui croient qu’on construit avec juste des
discours !
LES ILLUSIONNISTES
Certains jeunes Africains qui vivent (et ou) travaillent en Europe
(nous parlons ici des immigrés clandestins) entretiennent l’illusion
que tout y est facile, qu’il suffit de franchir les frontières de
Bengué (comme on dit sur les bords de la lagune Ebrié) pour faire
fortune. Alors qu’ils triment, comme des esclaves des années durant, se
privant de tout, et vivant dans des conditions extrêmement difficiles
pour mettre quelques sous de côté ! Ce n’est pas pour rire que les
Garagistes (groupe zouglou) disent qu’Adjouffou est mieux au vu de
leurs conditions de vie ! Mais qui pourrait imaginer que ces hommes qui
s’exhibent ici en costume-cravate-cigare et apparemment les poches
remplis d’euros, dorment dans des cuisines, se lavent dans des
toilettes publiques etc., et travaillent au noir avec un salaire de
misère? Ils font partie de ceux qui encouragent l’immigration
clandestine, en cachant la vérité sur la vie dans ce prétendu eldorado
quand on est sans papier. Que dire aussi de ces parents qui encouragent
leur progéniture à partir, allant jusqu’à payer de leurs poches le prix
de la traversée ?
Retroussons les manches
Il faut que nous pensions à œuvrer à notre dignité sur notre terre. Il
est encore temps de nous ouvrir les yeux sur cette vérité : notre
destin est entre nos mains. Nous avons les capacités physiques,
intellectuelles et morales de travailler au développement de notre
continent ! C‘est seulement en retroussant les manches que nous
pourrons, nous aussi, comme l’a dit l’écrivaine Aminata Sow Fall
emprunter les routes du ciel, de la terre et des eaux sans être chassés
comme des parias.