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LIBREVILLE: LA CAPITALE DE TOUS LES EXCES
Tuesday, 04.09.2007, 07:15pm (GMT)
Après les tracasseries et la face cachée de la capitale gabonaise, nous sommes entrés dans l’univers de tous les excès. Drogue, alcool, sexe et, pour parler comme les Anglais, sea and sun.
Marihuana et alcool rythment les soirées
Les Gabonais sont des noceurs impénitents. Comme partout en Afrique centrale, la bière est très prisée et coule à flot toute la journée. Dans les quartiers chauds comme ceux d’Owendo, la cité portuaire, la guerre des décibels et des casiers fait rage dans les maquis. Au couloir de la mort, la rue princesse locale, Marijuana et alcool rythment les soirées du petit peuple et certains fêtards riches que les chichis des quartiers huppés ennuient. Et si vous vous y retrouvez à la fin mois, c’est gâté. Au Gabon, la fin du mois c’est pour la plupart des travailleurs, le 25. Le dimanche, l’attraction c’est la traversée de la mer pour rejoindre Pointe Denis, une presqu’île paradisiaque, où les privilégiés se retrouvent pour comparer leurs bateaux, et se détendre. Mais pour les nombreux autres, il reste le bord de mer de la capitale.
Les boucantiers locaux Un peu déçus par le buffet de l’hôtel Tropicana où nous avons décidé de déjeuner, mon hôte et moi longeons la plage. C’est alors que ma journée s’illumine avec le passage d’une bande d’ados, imitant les boucantiers d’Abidjan. Avec du sable blanc sur les cheveux et en guise de barbe. Ces fans de Doug Saga, parcourent la plage en jetant des liasses de billets de banque factices. Je les arrête pour des photos. Pour le Gabon, comme pour la plupart des pays francophones, la culture ivoirienne reste le métronome. Dans les discothèques et autres maquis, DJ Lewis, Maréchal DJ, ont repoussé les zazous congolais dans leurs derniers retranchements. On ne compte plus les passages d’artistes ivoiriens dans la capitale gabonaise. Ma famille a conquis les foyers gabonais. Les chemises de Bohiri et les seins de Nastou sont-ils vraiment réels, les lolos de la chérie de Meilhac ? ”, me demande Arlette. Moi aussi je lui avoue que j’aimerais vérifier.
Grincements de dents Si les Ivoiriens ne sont pas si nombreux au Gabon, ce n’est pas le cas des autres ressortissants d’Afrique de l’Ouest. Venus dans le sillage des immigrants sénégalais qui se sont installés déjà du temps de la colonisation, Maliens, Béninois et autres ressortissants d’Afrique centrale forment un bel écran de protection entre les autochtones et les Français. Schéma classique dans les pôles économiques de l’Afrique francophone. Un bouclier qui peut sauter à tout moment, comme en Côte d’Ivoire. Au Gabon, on dit : je vais chez le Malien, pour dire que l’on va à la boutique du quartier. Mais l’immigration commence à faire grincer les dents des autochtones qui représentent 2/3 de la population.
Tout peut arriver Même si Omar Bongo arrive encore à payer les fonctionnaires, les temps sont durs. Le fossé se creuse de plus en plus entre la richesse insolente et la gabegie d’une minorité de courtisans et la misère de la majorité. Minés par le chômage et la vie chère, les délestages, le surchauffement du climat social, les Gabonais retiennent leur souffle. L’avenir avec les richesses pétrolières qui s’amenuisent, semble encore plus sombre. Et tout peut arriver à tout moment.
E. Agnero A Libreville |
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LIBREVILLE : GRANDEUR OU DECADENCE ?
C’est par une nuit fraîche et douce que j’atterris dans la capitale gabonaise. Chargé de préjugés, je m’attends à les confirmer les uns après les autres. Mais, Libreville réserve bien des surprises.
A la vue du hall de débarquement de l’aéroport, j’ai l’impression que je suis descendu dans un territoire français d’outre-mer. De l’architecture intérieure à l’uniforme des forces de l’ordre, le mimétisme est saisissant. Est-ce surprenant quand on aperçoit l’immense camp militaire français qui jouxte l’aéroport, et les autres installations militaires qui gardent le pays?
Bienvenue au Gabon, lance l’officier d’immigration qui me reçoit. Qui a dit que les Gabonais n’étaient pas accueillants? Contrairement au Congo Kinshasa où j’ai été refoulé pour absence de visas, à Libreville, un passager dans un tel cas peut obtenir son visa sur place. Et ils sont au moins une dizaine qui sont arrivés avec moi. Mon ami Jean Romain Fanguinoveny est venu me chercher à l’aéroport. Nous empruntons le boulevard du Général De Gaule, qui longe la mer pour rejoindre le centre-ville. Le spectacle est agréable : belles résidences et autres bâtiments illuminés, restaurants, cocotiers, et badamiers, et une mer peu agitée sur laquelle on aperçoit au loin, des bateaux éclairés. Image d’Épinal qui tranche avec l’horreur de Kinshasa. Mais en voyageur expérimenté, je sais que la nuit, tous les chats sont gris. Ce soir, je fais un forcing à l’Intercontinental, car Il n’y a plus aucune chambre de moyen standing nulle part dans la ville. 110 000 CFA, c’est le minimum pour des chambres au confort très sommaire. On m’avait prévenu. Libreville est cher, très, très cher…
La face cachée Le jour se lève et déjà la face cachée de la ville apparaît sur la photo. Derrière la belle façade maritime, se cache une réalité bien déconcertante. Devant le spectacle des rues défoncées du centre-ville et autres habitations précaires à quelques pas à peine du palais présidentiel, on ne peut que se demander ce qu’il est advenu de la manne pétrolière. Un de mes amis plaisante en me disant: “nous ne pouvons même pas nous offrir du bitume qui est en fait du déchet de pétrole, alors que nous produisons de l’or noir à profusion”. La mairie de Libreville a initié des travaux de réhabilitation des principales voies pour la fête de l’indépendance. Mais personne n’est dupe. Tout le monde se dit que l’argent va être détourné et que les cratères réapparaîtront sur la voirie dés les prochaines pluies. Juste un peu d’aspirine pour tenter d’atténuer le calvaire des automobilistes de Libreville. Mais le mal est plus profond. Enfin je peux me loger pour 35.000 F.CFA. Et c’est le charmant Leet Hôtel, la montagne sainte, qui m’accueille. Un joli petit hôtel qui offre même la connexion Internet par WIFI à ses clients. Je ne regrette pas d’avoir quitte l’Intercontinental où la télé marchait à peine. Je suis en plein centre-ville, et je peux mieux entrer dans le quotidien des Gabonais. Un quotidien qui comme partout en Afrique est emmaillé de moments agréables. Libreville est tout de même une ville où l’on s’amuse bien. Même si c’est pour oublier les soucis. C’est vendredi, et le week-end a déjà commencé avant même la fermeture des bureaux. Ce soir mon hôte m’emmène faire la noce. Un petit tour au maquis pour manger des grillades. Le poisson et les fruits de mer sont bien entendu rois. Le bossu, un poisson à la chair généreuse et succulente est un must, à la rue Boulbess. Les amateurs de gibiers sont aussi gâtés. Et ce ne sont pas les récents efforts en matière d’écologie qui vont dissuader les Gabonais. Le sanglier est toujours le roi des viandes. Et pour ceux qui veulent s’offrir un kédjenou, il y a la Bassamoise, un restaurant ivoirien situé à côté de l’Ambassade de Côte d’Ivoire. Attention, il faut réserver car les mets ivoiriens sont très prisés, et le restaurant toujours plein.
Les tuer-tuer, wolosso du Gabon Au night club le Casting, chez un des dieux de la nuit gabonaise, je rencontre Arlette, une ravissante métisse Roumano Gabonaise. Elle est si heureuse de rencontrer un Ivoirien, avec qui elle peut, avec fierté, égrener les souvenirs de son récent séjour à Abidjan. Elle a si bien été reçue à Abidjan qu’elle met un point d’honneur à renvoyer l’ascenseur à tous les Ivoiriens qu’elle rencontre. Arlette est nostalgique de l’attiéké, de la musique ivoirienne, des wolossos qui par leur désinvolture tranchent avec la relative pudeur des Gabonaises. A Libreville les wolosso ont été baptisées tuer-tuer. Et si on ne les lapide pas, elles sont tout de même accueillies dans les rues par des quolibets et autres railleries. Libreville est un gros village bourgeois et conservateur, où tout le monde se connaît. Mais dans la nuit, les tuer-tuers n’ont rien à craindre. En boîte, avec un peu d’alcool et les kiaïs de DJ Lewis, tout le monde devient fou et se laisse aller aux éclats de strings que dévoilent les rafales de stroboscope. Au Casting de Christian Mankou, les tuer-tuer ne sont pas trop les bienvenues. Car l’ambiance est sélecte, et le code vestimentaire très strict. C’est donc au VIP, au quartier Louis, que nous allons chercher de l’adrénaline. Ce soir-là, les nouveaux bacheliers ont envahi la ville pour fêter leurs diplômes. Le champagne coule à flot et sur la piste, des jeunes gens aux allures androgynes mettent en valeur leurs pointinini. Le quartier Louis concentre le nec plus ultra de la nuit librevilloise. On a le choix entre le Warhol, Hollywood Café, et autres lounges aux noms américains. Car à Libreville, on est peut-être en France, mais on rêve d’Amérique. Ali Bongo et sa mère Patience Dabany ont partagé leur passion pour le pays de l’oncle SAM avec leurs compatriotes. Libreville est l’une des villes africaines les plus visitées par les stars américaines en tournées sur le continent. Des concerts gratuits sont offerts par l’entourage du président Bongo aux jeunes. Ce n’est pas étonnant que Libreville soit devenue la capitale du Hip Hop africain. |