Malick Sylla ou si vous préférez, Mike
Sylla, est un jeune créateur sénégalais qui fait de merveilleuses
choses à Paris, en France. Il bosse sur des matériaux de récupération
qu’il transpose sur des tissus. Mike est unique mais difficile à
cerner. Les grands noms qui portent sa griffe se recrutent dans le
monde du show-biz. Nous l’avons rencontré à Ten-dance Party 2.
Découvrons-le !
• Tu te définis comme un rassembleur ?
- Oui ! Je trouve que les forces vives sont là et faut travailler dans
un esprit “d’unité totale”. Je suis du Sénégal. Je suis né à Dakar et
j’y ai grandi. J’étais à Paris pour les études et par le biais des
rencontres, je suis devenu styliste designer. J’ai fait des études
commerciales mais, j’ai été toujours attiré par l’art. J’ai eu
l’occasion de travailler avec des artistes connus à Paris qui m’ont
donné aussi une ouverture d’esprit et de faire des rencontres
fabuleuses qui m’ont permis justement de pouvoir œuvrer par la suite
dans un esprit d’art total et de réunir des artistes de tous bords et
de toutes nationalités.
• Depuis quand as-tu vraiment eu l’idée de faire la mode ?
- Je dirais que ça remonte très loin : depuis ma terre natale de Dakar,
dans le quartier populaire de La Médina qui a aussi vu grandir
plusieurs artistes comme Youssou N’Dour. C’est un quartier où il y a un
potentiel artistique. Mon inspiration première vient de là-bas. C’est
là-bas aussi je puise mon inspiration. Mon père est forgeron,
bijoutier, orfèvre et alchimiste. Je suis fils de forgeron donc. On a
eu l’occasion naturellement de baigner dans un environnement à la fois
d’ouverture d’esprit et de rassembleur. C’est ça aussi mon truc. Quand
je dis rassembleur, c’est cette force vive dont on a besoin pour faire
l’unité totale”. Mon inspiration première, c’est mon père. Après la
source s’est diversifiée en 1982 date à laquelle je suis allé à Paris
pour mes études. J’ai attendu jusqu’en 1992 pour monter le premier
concept qui s’appelle le Baifall Dream, c’est-à-dire le rêve des
couleurs. Je m’inspire en fait, à travers des tissus, des patchworks.
Ce sont des morceaux de tissus ramassés chez les tailleurs qui font une
totalité. Quand je dis rassembleur et en même temps développeur, c’est
cet esprit-là que j’essaie de continuer. Quand je dis fils de forgeron,
fils d’alchimiste, c’est aussi à travers les fusions des gens, des
matières, des couleurs, des personnes différentes par le talent que
j’essaie de faire travailler ensemble pour apporter l’unité. C’est
justement cette force commune où chacun met une énergie dans l’édifice
pour faire partager et c’est de là que sort le bonheur.
• Où es-tu basé ? Dakar ou Paris ?
- Pour le moment c’est Paris. Mais j’ai envie de développer le concept à Dakar. Et Abidjan m’intéresse.
• Que fais-tu spécifiquement ?
- Je suis plus connu en tant que styliste designer. La mode m’intéresse
et celle que je fais est exclusive. Quand, je fais une pièce, je n’en
fais pas une deuxième. Je ne fais que des prototypes, c’est-à-dire des
masters.
• Une seule pièce ! ?
- Oui, une seule pièce ! Et chaque pièce est unique. Je ne fais plus la
même chose pour quelqu’un d’autre. Quand je confectionne un manteau, un
blouson, une jupe, un gilet, une chemise ou quoi que ce soit qui est
porté, il faut que ce soit à la fois dans un esprit d’exclusivité et de
singularité mais pas d’égoïsme. Les vêtements, sont des œuvres d’art,
donc, ils ne se partagent pas. Pour nous, la rue est un grand hall
d’exposition pour nos créations.
•
Comment arrives-tu à réussir ce mélange de matières africaines et
occidentales pour donner quelque chose que l’Européen consomme ?
- Justement, c’est ce secret que je veux encore garder pour moi. Je ne
suis pas africaniste et je veux toujours montrer que l’Afrique est
d’une force vive et naturellement, cette force, c’est d’autres gens qui
en bénéficient malheureusement. Du coup, j’ai voulu prendre chez les
Européens, leur style, leur manière de faire et je les tire vers
l’Afrique. Moi, je prends à partir de l’Occident et j’emmène en
Afrique. Et je l’africanise, c’est-à-dire que je ne prends pas les
tissus de chez nous pour faire des coupes occidentales, je prends à
partir des coupes occidentales des matières qu’ils utilisent et je les
africanise, je change leur attitude, leur façon de voir les choses et
je le développe avec l’esprit d’ouverture et d’avant-gardiste que
l’Afrique a de plus noble. Qui est évidemment une passerelle entre les
peuples.
• Quel est ton plus grand succès dans la création ?
- Alors là….Ça, je ne peux pas vous le dire. Je ne sais pas.
• Fabriquer une pièce unique. Comment t’en sors-tu et combien fabriques-tu dans l’année ?
- Evidemment, l’art n’a pas de prix. Ce qui nous intéresse, c’est
justement d’apporter cet esprit à la fois militant (j’aime pas ce
terme) et on impose la génération du refus. Nous sommes des
avant-gardistes. Ce qui nous intéresse, c’est d’aller plus loin. Pour
nous quand une pièce est faite, elle est déjà faite, alors, on
s’intéresse à la suivante. Ce qui nous intéresse, c’est du “one, one,
one…” C’est de ne pas tourner en rond.
• Mais comment en vis-tu d’autant qu’une pièce peut être achetée ou non ?
- Non, il y a le fait de faire des prototypes, des masters et il y a
des fois où nous faisons des séries limitées. Mais ça, c’est très rare.
En revanche, quand, je fais une pièce, après je ne suis plus là en
train dire : “Est-ce qu’elle est vendue ou pas ?” Ce qui m’importe,
c’est de faire la seconde, la suite… C’est déjà en moi. Je ne peux pas
renier ce que j’aime faire, c’est-à-dire, la création.
• Tu vends les masters ?
- Oui !
• On en fait la copie ?
- Non ! On est tous des individus uniques, non ? Eh bien, mes
créations, c’est pareil ! Quand je crée une pièce, je ne calcule pas
qui viendra l’acheter ou non. Ce qui est bien en revanche, c’est que
chaque pièce attend la personne qu’il faut.
• Quel est ton type de clientèle ?
- Occidentale comme africaine. C’est mélangé. Vraiment mélangé car
parmi les stars que j’ai habillées, il y a Carlos Santana, Myriam
Makeba, MC Solar en tournée, Yannick Noah…
• Uniquement des gens du show-biz, c’est ça ?
- Non, je peux aussi habiller monsieur-tout-le-monde. Mais en général,
ce sont les artistes qui viennent nous faire des commandes. Parce
qu’ils aiment avoir une pièce qui ne ressemble pas à une autre. Ils
n’aiment pas se mélanger au niveau du style, ce que je trouve normal.
Il y a parfois des créateurs connus comme Marie-Françoise Zerbo,
Chevillon, Lee Cooker, Francesco Smalto qui me font appel pour apporter
une seconde touche ou simplement développer leurs produits. Et ça, nous
en sommes fiers car ils auraient pu dire, c’est un Africain et tout.
Ils ont eu le culot de m’appeler pour apporter une touche de
rajeunissement ou de développement dans leurs créations.
• Comment vois-tu l’avenir de ta griffe ?
- C’est vrai que je ne détiens pas le secret mais ce que je vois, c’est
de développer ma griffe en Afrique. On est connu à l’extérieur mais
dans notre continent, on l’est moins. Cela me fruste. Il y a des
moments où je me retrouve dans des conditions où je me sens à la fois
entouré et seul. J’aimerai donc développer encore cet esprit
d’ouverture et de l’amener ici en Afrique afin de pouvoir trouver des
artisans ou des artistes avec qui je bosserai.
• Comment s’appelle la collection actuelle ?
- Moi, je l’appelle Diversitaire comme la revue qu’on a lancée. Mais
c’est un mouvement, c’est un état d’esprit. On est universaliste ! A
l’heure où on parle de mondialisation, je pense que les Africains ne
doivent pas rester indifférents. Il faut qu’on participe à ce
développement même si on sait que la mondialisation, c’est l’une des
plus grosses arnaques. On n’a pas envie que notre culture soit bafouée,
récupérée. C’est pour cela que tout de suite, au lieu de travailler
dans un esprit rétrogradé, j’ai voulu aller beaucoup plus loin en
disant que l’Afrique qui gagne, c’est l’Afrique qui est «diversitaire».
• Tu fais plus dames ou hommes ?
- J’ai amené plus de tenues femmes parce que je les adore et aussi
parce que tout simplement, je trouve qu’elles le portent bien et que
les femmes africaines sont classe elles ont toute une allure qui mérite
justement d’être vue. Bon, il y a aussi deux ou trois tenues mec car je
ne savais pas qu’il y avait des mannequins hommes qui étaient là ! J’ai
envoyé 18 pièces.
• Que fais-tu quand tu ne couds pas ?
- Bon, je suis compositeur et de temps en temps, je travaille dans les
multimédias. Je développe des sites Internet et j’ai deux revues sur le
net. Il y en a une que j’aime bien et qui s’appelle Diversitaire. Il y
a un site que j’ai fait pour le Sénégal qui s’appelle wadeukeubi.com.
C’est-à-dire, les gens du pays. Il y a d’autres boîtes de com que j’ai
montées dont une s’appelle ekualiser.com. Mise à part la mode, on
travaille dans la musique, la peinture, la danse.