Que des adultes décident de vendre leur corps en
toute responsabilité, soit ! Mais là où le bât blesse, c’est le nombre
croissant d’enfants qui empruntent ce chemin, bien souvent malgré eux.
Les raisons sont multiples. On peut citer la pauvreté, l’éclatement de
la cellule familiale entre autres...
Jane est une travailleuse du
sexe que nous avons rencontrée à l’espace Mille maquis, dans la commune
de Marcory (Abidjan).
Grand frère, on gère ? Langage codé utilisé par les prostituées postées
aux abords des maquis pour racoler les éventuels clients. Votre
serviteur se retourne pour se retrouver en face d’une jeune fille tout
sourire, qui lui fait : Alors ? Sa minuscule jupe laisse apparaître
presque entièrement ses cuisses. Elle est assise sur une table du
petit marché qui fait face au maquis Cour des grands . Elle bombe le
torse, faisant saillir ses seins ridiculement petits. Elle parait très
jeune. 15 ans, 16 peut-être ! Voyant que votre serviteur hésite, elle
lui joue la fameuse scène devenue mémorable de l’actrice «Basic
instinct : elle croise et décroise les jambes avec une lenteur
calculée, le sourire comme dessiné sur le visage. «Grand frère, quelles
sont vos préférences ?» . Petite surprise, parce qu’on s’attend à un
langage moins châtié dans de telles circonstances ! Du genre difficile
à rapporter sans choquer ! « Si vous y mettez le prix, vous pourrez
disposer de moi comme vous l’entendez ! Alors quoi, vous êtes timide ?»
Décidemment ! Il a fallu du temps et surtout y mettre le prix pour
obtenir des brides de confidences. Pas de photos ! Ni
d’enregistrement ! Et il faut payer d’avance avant Jane accepte de nous
suivre dans le maquis d’en face. Elle va d’abord chuchoter pendant
quelques minutes à l’oreille d’un jeune homme installé non loin sur un
tabouret en compagnie d’autres jeunes gens.
“J’ai 16 ans et demi! Et alors?”
Elle n’aura que cinq minutes à nous consacrer. Pas une de plus. Jane
prétend d’abord avoir 21 ans, avant d’avouer : “ Oui, j’ai 16 ans et
demi ? Et alors ? Il y a des filles beaucoup plus jeunes que moi qui
sont dans le métier...Je ne suis pas très régulière ici. Je viens
seulement quand j’ai un besoin précis. Je me fais un peu d’argent et je
rentre chez moi. Je travaille surtout les week ends” ! Elle parle de
prostitution comme on parlerait de n’importe quel petit job. Sans
pudeur. Le plus naturellement du monde : “je ne suis pas comme ces
filles pauvres et dégueulasses que l’on voit partout et qui traînent
plein de maladies.” Pas gentille la demoiselle. “Moi, je le fais juste
comme ça, pour me faire un peu d’argent. Grâce à Dieu, je suis à l’abri
du besoin, mes parents ont un peu”. Ses parents justement, parlons-en !
“ Ils ne savent pas. D’ailleurs, ils s’en fichent. Papa file le parfait
amour avec sa nouvelle conquête, et maman, elle, a fondé une nouvelle
famille. Ils ne se font pas des cheveux blancs pour moi, croyez moi !”
Bon, donc parents divorcés ou séparés.
“ C’était un jeu”
Mais la question qui parait essentielle est : comment a-t-elle pu
tomber dans le piège de la prostitution ? “Par le net. J’avais écrit
comme profil : “ belle, jeune, expérimentée, 15000 francs l’heure “,
juste pour m’amuser. Je vous le jure”. Il y a quand même eu des
candidats. Et parmi eux, un de quarante ans, très convaincant. Je me
suis laissé prendre au jeu. Et j’ai empoché 20 mille francs au lieu de
15 mille francs.” Ensuite, elle n’a pas pu s’arrêter... “ C’était
facile et rentable !”. Elle acceptait des rendezvous à partir de 10
mille. “ Ça a duré presque six mois. C’était le plus souvent des hommes
d’un certain âge qui sollicitaient mes services. Plus de 40 ans. Et
puis, j’ai commencé à avoir peur. A cause de mon dernier client de la
tchatche qui, non seulement, s’est montré très violent mais a refusé
de me payer. Il ne devait pas avoir plus de neurones valides dans le
cerveau. En plus, il a voulu me faire la morale. Depuis, j’ai choisi de
venir ici de temps en temps. Je ne risque rien parce que je vois la
tête des clients et parce que aussi j’ai des amis qui me protègent.
Regardez derrière nous, devant la pharmacie! ” Effectivement, on voyait
des jeunes en pleine discussion. “Ils connaissent l’hôtel ou le gloglo
où j’envoie mes clients. Avec eux je suis en sécurité. Bon maintenant,
filez-moi mon blé ! Je dois y aller.” Nous nous quittons sur une
poignée de main. Comme de vieux potes.
Les clients
Ecpat affirme que les clients sont, pour la plupart, des amateurs
d’expériences nouvelles, des superstitieux convaincus que l’amour avec
un enfant donne force et jeunesse, des gens qui cherchent des
prostituées très jeunes dans l’espoir d’éviter le sida et les MST.