A la fin de cette interview, lorsque je demande à
David Monsoh, ce qu’on doit retenir de lui ? Il répond tout humblement
: “J'ai fait quand même de bonnes choses pour la musique ivoirienne. Si
la Côte d'Ivoire peut le reconnaître, ce serait déjà bien…”Ce
producteur de musique, originaire du sud éburnéen appartenant au groupe
ethnique Abey ne croit pas si bien dire. Il est à élever aux rangs de
ces vagabonds de la culture. Producteur infatigable, il a fait ses
classes dans de grands labels en occident.

Producteur de Gadji Céli,
Koffi Olomidé ; David Monsoh se veut aujourd'hui, celui à qui revient
la paternité de l'identité musicale ivoirienne moderne. De par le canal
du décalé coupé. C'est lui, qui par l'instinct ingénieux de producteur
avisé, donne la chance à Douk Saga, créateur du Décalé-Coupé, en
produisant sa première œuvre. La locomotive en marche, les wagons
suivent. Le décalé coupé fait des vagues. Et fait parler de la Côte
d'Ivoire aux quatre coins du monde. Saga s'en est allé. Mais son œuvre
demeure. L'architecte, David Monsoh, est toujours à l'abordage. Ses
prochains challenges, la grande famille de la Jet Set (Le Molar, Lino,
Borossangui, DJ Arafat…). A bout de bras, il veut les porter, et les
propulser. Mais pour répondre à la marche du temps, des sujets sur
lesquels il n’avait jamais été aussi prolifique ont été évoqués. Son
divorce d'avec Koffi Olomidé. Et son “idylle” avec Fally Ipupa. Son
départ de Next Music. Ses rapports avec A'Salfo et ses amis. Le temps
de son séjour en Côte d'Ivoire, David Monsoh a bien voulu répondre à
nos interrogations. Interview …
* Les raisons de ta présence à Abidjan
-
Je suis là pour les préparatifs du concert de Fally Ipupa. Qui, pour
la première fois, foule le sol ivoirien en tant que chanteur.
* Fally, c'est pas mal de superlatifs pour le qualifier. Un
marketing tout azumut. Celui qui se cache derrière tout ça, c'est David
Monsoh ?
- C'est moi qui m'en occupe. Fally est bon
chanteur, et bon danseur. Il fallait donc mettre un point d'honneur à
l'aspect marketing pour propulser sa carrière. Les filles l'adulent. Il
est beau, dit-on. Ce sont des atouts qu’on doit exploiter.
David Monsoh et le décalé-coupé…
J'avais mal
au cœur avec le Mapouka, danse aussi riche de la côtière que l'on a
rendue vulgaire. Je me suis dit qu'il faut trouver un autre concept
afin de faire oublier cette danse, qui n'était pas trop représentative
pour la Côte d'Ivoire… Donc, lorsque j'ai vu Douk Saga et sa bande en
boîte, esquisser des pas de danse, tout de suite je m'y suis intéressé.
J'en tire une grande satisfaction, puisqu'aujourd'hui, quand on parle
de la Côte d'Ivoire, on voit le coupé-décalé.
* En clair, tu as été le premier à donner la chance au décalé coupé ?
-
Oui, je l'atteste. C'est un mouvement qui surfe sur le Hip Hop
américain. En me jetant corps et âme dans cette trouvaille, j'ai songé
à lui donner une image en produisant de très beaux clips.
* Le Hip Hop, aux Etats-Unis, pour l'imposer, c'était le
Bling Bling, les grosses chaînes… Tu t'es donc inspiré de cette trame
pour donner une âme au décalé-coupé ?
- On a essayé de
calquer sur cet aspect des choses. Le décalé-coupé, au départ, c'était
le côté fashion, beau mec, qui cherche à plaire. Beaucoup de bruits et
d'argent aussi. Et tout cela afin de permettre à l'Afrique de se
retrouver. Lorsqu’on apprend que le Molar est en concert, il y a du
beau monde, parce qu'on se dit que … tu connais la suite.
* Le premier artiste décalé-coupé que tu as produit, c'est
Douk Saga. Mais il nous est revenu que c'est Serges Defallet que tu
voulais jeter en premier dans l'arène...
- Non. Celui que
j'ai toujours voulu produire en premier, c'était Douk Saga. Parce que
c'était lui, leur président. En le prenant, tous les autres allaient
suivre. Au départ, le Molar, Lino et Borossangui ne voulaient pas.
C'est Saga seul qui a accepté. Il a ensuite expliqué aux autres :
''Attention !, dans ce mouvement, il y a de l'argent…''. Tout de suite,
ils ont suivi.
* Avec le décès de Douk Saga, quel commentaire et quel avenir pour le décalé-coupé ?
-
Le coupé décalé est toujours là. Pour preuve, j'ai récupéré le Molar,
Lino, Arafat et Borossangui. A chacun d'eux, je vais tailler un album
de qualité. Le Molar, c'est bouclé. Son album est magnifique. Il a
beaucoup évolué. Il chante maintenant. Le coupé décalé, ce n'est plus
du bruit. Les jeunes chantent. Et le Molar a fait une superbe œuvre.
Très belle production signée David Monsoh, avec de supers clips. On va
encore faire rêver les gens.
* David et le décalé-coupé, un mariage ?
- C'est à vie. Tant que j'aurai la force, je ne lâcherai jamais ce mouvement.
* Une autre histoire passionnante avec Koffi Olomidé. Et un matin, silence radio. Que s'est-il passé ?
-
Je ne veux plus en parler. Je refuse de faire de la pub à Koffi
Olomidé. Ce sont de vieilles histoires. C'est un monsieur qui fuit ses
responsabilités à un moment donné. Toute la Côte d'Ivoire voit ce qui
se passe. Il est venu à Abidjan, on a vu ce qu'il a fait et ce qui
s'est passé. C'est la paix. Oublions ces choses.
* On oublie, mais le problème entre toi et Koffi, c'est lequel ? L'argent, la confiance ?
- Ce n'est nullement l'argent, mais la confiance. C'est quelqu'un qui n'est pas sérieux. A qui, l'on ne peut faire confiance.
* Il t'a extorqué des fonds ?
- Pas du tout ! Laissons les détails. Je lui ai pardonné. Mais je n'ai pas oublié.
* Pour fermer cette parenthèse, et ouvrir une brèche, c'est
donc par vengeance que tu as récupéré Fally, le petit de Koffi pour le
produire ?
- J'ai produit Fally, au vu de ses qualités, et
non par vengeance. Indirectement, c'est moi qui ai présenté Fally à
Koffi Olomidé. A l'époque, où j'étais Directeur Artistique chez Next
Music. Pour la petite histoire, j'ai reçu le CD d'un groupe congolais
qu'on appelait ''Talent latent'', et dont le chef d'orchestre était
Fally. L'album était tellement bon que j'en ai parlé à Koffi. Il m'a
rétorqué que les œuvres de ce genre sont légions. Néanmoins, je lui ai
recommandé d'accorder une oreille attentive à un jeune du nom de Fally
Ipupa, au sein du groupe, qui chante, et danse bien. Il a récupéré le
support. Après l'écoute, il a reconnu que je n'avais pas tort. Et m'a
dit, qu'arrivé à Kin, il chercherait à voir Fally. Il a fait une
annonce télé et le jeune homme l'a rejoint. C'est ainsi qu'il a cassé
son groupe, et a récupéré Fally Ipupa. Et c'est à la faveur du concert
de Koffi que j'organisais à Bercy, qu'il est lui-même passé au bureau
me présenter Fally. Et j'ai dit à Fally : “Apprends bien auprès du
vieux et toi et moi, on se parle après. Je te produirai lorsque tu
seras aguerri…”. Dix ans après, Fally m'appelle au moment où j'étais en
vacances, pour me dire qu'il est prêt à sortir un album. Et qu'il a la
permission de Koffi. Son vœu serait de travailler avec moi. Je lui ai
répondu que je suis fâché avec Koffi. Il m'a dit qu'il le sait et n' a
pas informé Koffi de son intention de travailler avec moi... Mais je ne
savais pas qu'en produisant Fally, cela ferait du mal à Koffi. Je me
suis fâché avec Koffi, lorsqu'il a voulu chanter sur l'album de Fally.
Je lui ai tout simplement dit de rester très loin de moi. En moins d'un
an, Fally Ipupa a vendu plus de 60 000 albums, malgré la dureté du
marché. Il s'est même payé le luxe de remplir une salle comme l'Olympia
qu'aucun chanteur français, n’a jamais pu remplir en moins d’un an.
* S’il y a un sujet sur lequel tu t'exprimes rarement, c'est ton départ de Next Music. Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Je suis parti parce que Next Music a déposé le bilan.
* … Mais la maison a été rachetée...
- Next
Music a été rachetée par quelqu'un d'autre. Mais je ne voulais plus
être de cette aventure, parce que je connaissais les problèmes qu'il y
avait à Next Music. Je n'ai pas été licencié. J'ai été indemnisé. Et
j'ai monté ma propre boîte qu'on appelle Obouo Music.
* Tu as eu maille à partir aussi avec le groupe Magic System qui était également chez Next Music.
-
J'étais le seul ivoirien qui travaillait chez Next Music. J'ai proposé
leur album à mon patron, Henri Dubodignac qui, par ailleurs, est le
témoin de mon mariage. Ce denier disait que c'était un truc
d'africains. J'ai argué en disant que ça se vend très bien dans le
ghetto. A ce moment, c'est Ephrem Youkpo et Kiki Touré qui avaient la
licence. Alors, on a racheté la licence avec eux et mes patrons se
sont rendus compte que ça se vendait. On a mis un peu de moyens et nous
sommes passés en radio Edit. Le résultat est là.
* Le résultat est là. Mais toi, tu es absent…
-
Je ne suis pas là. Parce que les artistes, au delà même, les africains
que nous sommes, lorsqu'on a un frère, et qu'on le trouve quelque part,
au lieu de le grandir, là où il est, on cherche au contraire à le
piétiner.
* Veux-tu dire que Magic System t'a piétiné lorsque tu étais chez Next ?
-
Ils n'étaient pas trop sympas à la fin. J'ai eu à écouter des
conversations téléphoniques de leur lead vocal avec Emmanuelle Garcia,
à mon sujet. Depuis lors, ça m'a tellement vexé que je me suis mis de
côté. J'en ai jamais parlé avec A'Salfo. Ce sont des petits… C'est pour
la Côte d'Ivoire, donc je n'ai pas cherché à leur faire du mal. Lorsque
Emi a voulu signer Magic System, j'ai lutté pour qu'on les libère au
plus tôt, parce que Next n'avait pas assez de moyens. Aujourd'hui, ils
ont évolué. Cela me fait plaisir. Parce que lorsqu'on parle de Magic
System, on parle de la Côte d'Ivoire. Et tout ce qui va dans le sens de
la promotion de ma patrie à l'extérieur, je suis partant.
* Obouo Music, bilan à mi-parcours…
- Mes
objectifs avec Obouo Music, c'est de faire une grande star chaque
année. La première, c'est Fally Ipupa. la nouvelle grande star que je
suis en train de fabriquer s’appelle le Molar.
* Le concert pour lequel tu es là. On en parle brièvement.
-
C'est le 14 août au Palais de la Culture. Avec une armada de musiciens
aux côtés de Fally Ipupa. Ce sera de la folie. Il y aura des featuring.
Chris, Mokobé, Ben J seront là. C'est un grand moment que va vivre la
Côte d'Ivoire.
* Que retenir de toi ?
- J'ai fait quand même de
bonnes choses pour la musique ivoirienne! Si la Côte d'Ivoire peut le
reconnaître, ce serait déjà bien.