Revenir à l'essence même de l'art, de sa musique, Soum Bill le réussit bien. Quelques années après avoir entamé sa carrière solo, l'artiste semble avoir su s'imposer dans l'arène musicale ivoirienne et internationale. «Que la lumière soit !» est le dernier né de l'artiste qui se dévoile sans détours.
Réseau ivoire: Cela fait un moment qu'on ne te voit plus sur la scène musicale ivoirienne. Que deviens-tu ?
Soum Bill: Je suis là ! J'ai effectué beaucoup de tournées tant en Afrique, en Europe qu'en Amérique. C'est ce qui explique cette longue absence sur la scène ivoirienne. Mais ces tournées m'ont été bénéfiques car j'ai beaucoup appris.
Qu'est ce que Soum Bill a appris ?
J'ai appris que j'ai encore beaucoup de boulot à faire surtout au niveau de la scène. Vous vous confrontez à des gens comme Johnny Clerk, Les Binnie Man, des gens qui ont près de 20 ans de carrière. Vous apprenez forcément beaucoup de choses telles que la maîtrise de la scène, la communication avec le public. Un public différent à chaque fois. Il faut pouvoir communiquer devant un public anglophone, espagnol…Il y a des choses auxquelles on ne pense pas forcément en étant à Abidjan.
Tu es l'un des rares artistes zouglou qui participe beaucoup à des festivals. Comment expliques-tu cela ?
C'est d'abord un choix. Et puis, je suis un artiste de scène. Au niveau de mon staff qui travaille en France, on veut essayer de mettre un système en place qui fasse tourner plus l'artiste. Par rapport aux festivals, on se frotte aux grands et on apprend toujours et c'est surtout ça qui me motive. C'est-à-dire regarder les autres jouer, apprendre à leur coté et montrer de quoi on est capable. En participant à des festivals, on apprend à s'ouvrir à un public extérieur. Mais, lorsque j'ai un temps de répit, je me concentre sur mon nouvel album.
Parlant de ce nouvel album, le studio d'enregistrement dans lequel tu le préparais avait pris feu ?
Effectivement. Ce fut un coup dur pour mon staff et moi. Peut être que c'est Dieu qui l'a voulu. Un studio qui prend feu, ça veut dire qu'il faut faire attention quelque part. Dieu a tiré la sonnette d'alarme et aujourd'hui on a pu réorganiser les choses en allant ailleurs. Dieu merci, l'album est fini aujourd'hui.
Est-ce parce que c'est un signe de Dieu que tu as décidé de l'intituler «Que la lumière soit !»
Un peu pour tout ça. Au cours de la réalisation de cet album, il y a eu trop de signes venant de Dieu. Des problèmes, on a en rencontré à tous les niveaux. Mais par la grâce de Dieu, on a pu les surmonter.
Quelle a été la plus grosse difficulté ?
Un studio qui brûle alors que vous êtes en pleine réalisation de votre album, c'est un véritable coup de massue. Mais par la grâce de Dieu, vous réussissez à retirer le minimum. On arrive alors dans un autre studio. Mais là bas, on est confronté à des problèmes de calendrier avec l'arrangeur. Et pendant qu'on est en studio, on apprend le décès d'un proche. A chaque moment, Dieu nous rappelle sa présence. Dieu était au contrôle et finalement l'album on l'a terminé en France.
Quelle est la particularité de cet album ?
La particularité, c'est que c'est le nouvel album. Ce ne sont pas les mêmes chansons. Je pense qu'au niveau de la conception, on a fait des progrès. Cette fois, on a joué en «live». On a plus pensé à des scènes de festivals au niveau des compositions musicales. Ce n'est pas un album programmé. Au niveau des textes, c'est plus ouvert. L'album a une couleur World.
C'est le souci manifeste de s'ouvrir à l'international ?
Effectivement. Il faut forcément s'ouvrir à l'international parce qu'à un moment, vous avez prouvé des choses dans un univers. Je pense qu'il faut que les autres vous découvrent parce que la musique, c'est d'abord un échange. Il faut que ce que tu joues musicalement puisse plaire à quelqu'un qui est en Azerbaïdjan et qui ne comprend pas forcément ce que tu dis. Mais que musicalement, il puisse être touché par tes sonorités.
Combien de titres comporte cet album ?
14 titres finalement.
Sur cet album, un titre a déjà été piraté. Qu'est-ce que tu as ressenti quand tu quand tu as appris la nouvelle ?
C'est hallucinant. Je pense qu'on a mis tout en œuvre pour baliser. Et ça prouve qu'il y a un danger au niveau même des studios. On s'est rendu compte que c'était le premier mix, même pas le mix final ! On s'est dit qu'il y a eu un moment d'inattention de notre part et un individu mal intentionné a chopé le truc et l'a balancé ! Aujourd'hui, c'est clair que ça fait mal. Mais peut être c'est ce que Dieu a voulu. Les gens jouent et d'autres s'en servent frauduleusement. Mais aujourd'hui, on est arrivé à un stade où il faut un minimum de réflexions sur le phénomène.
La plupart des albums piratés partent donc des studios d'enregistrement ?
Oui, il faut le dire en toute franchise. C'est clair que la piraterie par des studios. Aujourd'hui, tu retrouves sur le marché des albums qui ne sont même pas encore sortis. Il y a un problème. Les sons se trouvent dans les machines et on se dit que c'est une garantie. Ce n'est pas forcément le réseau essentiel. Donc, ça part forcément de quelque part.
Tu ne trouves pas un peu trop facile d'accuser les studios ?
C'est un relais, parce que si vous n'envoyez pas les sons à un étudiant, il ne pirate pas. L'étudiant ne vient pas en studio écouter l'artiste chanter et pirater. C'est tout un relais. Le pirate va voir quelqu'un qui achète et ce dernier donne par la suite aux étudiants. Il n'y a pas que les étudiants, il y a des grosses maisons de piraterie qui sont enfouies dans des coins et qui s'y mettent.
Revenons un peu à l'album, quel message veux-tu véhiculer à travers «Que la lumière soit !» ?
Nous sommes en train de construire quelque chose. Je pense que chacun a un rôle à jouer. On a traversé beaucoup de difficultés et je pense que chacun à son niveau doit faire son scanner afin que par rapport au monde qu'on est train de construire afin qu'on arrive enfin à faire la part des choses entre le bien et le mal. C'est une phrase biblique. Dieu nous a donné tous les moyens pour qu'elle soit. Nous devons réveiller cette lumière en nous pour vivre dans un monde positif.
Ce qui est bien pour soi n'est pas forcément bien pour quelqu'un d'autre ?
Je pense que ce qui est bien pour Soum n'est pas forcément bien pour quelqu'un d'autre et vis versa. Je parle de généralité. Je parle d'un peuple qui évolue. Il y a des faits qui sont indéniables. Quand tu poses un acte, forcément, tu en récoltes les fruits. Je prends un exemple tout banal : la guerre. Elle est arrivée comment ? C'est un assemblage d'événements qui nous ont conduits à cela. Aujourd'hui on a fait la paix, c'est bien beau, mais est-ce qu'on a fait notre scanner ?
Parlant de guerre, il y a un moment où on t'a stigmatisé ?Je suis un artiste. Je suis rebelle dans ma tête, dans mon esprit. Chaque société a ses rebelles. On peut les comprendre ou pas. Moi, je suis rebelle avant la rébellion. Depuis l'album «Bouche bée» avec «les salopards», c'était une forme de rébellion ! Aujourd'hui encore, je suis dans le même état d'esprit. Mais m'apparenter à une rébellion armée, ça ne m'intéresse pas parce que je pense que la violence par définition pour moi, c'est une bêtise. Je le dis dans mon album. Vous aurez l'occasion de l'écouter. Mais moi ça ne me dérange pas d'endosser cette gueule de rebelle.
Cet album a vu la participation de combien d'autres artistes ?
C'est une très belle question. On a misé sur des gens au début et finalement, on s'est rendu compte que ce n'était pas évident parce que les grosses maisons ont leurs caprices. Et on s'est dit que si on voulait attendre, cela nous prendrait 6 mois d'attente, ce qui rendrait tout le monde las. Mais, on a pu faire quelque chose avec le groupe Neg'marrons en France. Pour revenir à Salif Kéita, je suis allé dans son studio, on a travaillé avec ses musiciens. Mais lui, était sous contrat exclusif. Humblement, il a voulu me prendre sous sa coupole. On a donc prévu une autre version parce qu'avec son contrat d'exclusivité, ce n'était pas évident.
Tu devais aussi faire un titre avec Tiken Jah ?
J'ai fait un titre avec Tiken Jah. Il m'a dit que ça sortira en single. Vous savez que j'ai de bons rapports avec Tiken Jah. En plus, c'est le futur producteur de mon album reggae. Je ne veux pas être l'artiste qui est cantonné dans un style figé. Je vis mon art et mes émotions. Et puis avant de venir au zouglou, Je n'écoutais que du reggae. Evidemment, il y a des gens qui vont aimer et il y en a d'autres qui vont détester. C'est comme ça.
Est-ce que tu te sens un peu incompris par moment ?
Oui, par moment. Mais avec le temps je pense que les gens comprendront que j'ai toujours raison. A la base, le Zouglou est une musique de revendication Et moi en tant qu'artiste, je vis dans une société que j'observe et pour ça on n'a pas forcement besoin d'être artiste reggae. Lorsqu'un artiste se projette dans le futur, il traverse un cas, son rôle c'est de dire ce qu'il voit. Cela y va de mon engagement. Pas forcément de faire des leçons. Mes textes sont des tribunes de réflexion.
A quand donc la sortie de cet album ?
On a décidé que l'album sera disponible le 10 Septembre à 7 heures du matin dans les bacs en Afrique, en France et aux Etats-Unis de façon simultanée. Parce qu'aujourd'hui, tout ce qu'on a pu faire dans les tournées, c'est d'installer des bacs dans ces Etats.