Disparu de la scène musicale ivoirienne depuis un moment, le «gangaba» de la musique ivoirienne, Ismaël Isaac prépare minutieusement son nouvel album. Retranché dans son buneker à Yopougon, Ismo s'ouvre sans détours.
Rezoivoire.net: Après de longs moments d'absence, on ne t'a plus revu jusqu'à l'occasion du Concerto Festival 2007 où tu as fait un spectacle émouvant. Où étais-tu pendant tout ce temps ?
Ismaël Isaac: Je suis là. Je pense qu'à un moment donné pour un artiste, il faut prendre un peu de recul pour mieux travailler. J'avais aussi besoin de me consacrer un peu à ma famille. La musique, c'est mon métier. Je travaille. J'arrive bientôt avec un nouvel album.
Un nouvel album ?
Oui, il faut dire que cela fait quand même 7 ans que je n'ai pas offert d'album à mes fans. Je me suis donc mis au travail depuis un bon moment. Mais en attendant, j'ai un single que j'ai fait pour la paix qui passe en ce moment sur les antennes de la télévision nationale.
Pourquoi un single pour la paix ?
Il faut d'abord dire que ce morceau existe depuis 20 ans. Je l'ai fait en 1986. «Le train de la paix», c'est le titre. Malgré le temps passé, cette chanson est toujours d'actualité. Une chanson ne meurt pas. Quand vous regardez tout ce qui se passe aujourd'hui, vous verrez que c'est ce que j'ai chanté il y a 20 ans. Je me dis que les mélomanes ne font pas attention aux textes que nous disons. Ils écoutent plutôt la mélodie. Ce qui arrive, les artistes l'avaient déjà signalé. La musique n'est pas seulement faite pour danser. Il faut que les gens prennent le temps d'écouter les paroles. Cela nous permettra d'éviter beaucoup de choses.
Pourquoi avoir attendu 20 ans avant de faire le clip de cette chanson ?
Cette chanson n'a pas eu de clip à l'époque car ce n'était pas le titre promo. Et puis je n'avais pas assez de moyens car j'étais dans mes débuts. Ce qui m'a poussé à faire un clip aujourd'hui, c'est surtout cet ensemble d'événements que notre pays a connus depuis Septembre 2002. C'est un titre dont j'ai fait le remix dans mon studio. Pour le clip, j'ai voulu qu'on retrouve les images de la plupart des acteurs politiques ivoiriens. Je veux leur faire comprendre ainsi qu'aux ivoiriens que la Côte d'Ivoire, malgré tout, reste notre pays. Nous nous devons donc de ne pas la détruire. Il y a tant de choses à accomplir pour le rayonnement de ce beau pays jadis havre de paix et cité en exemple partout dans le monde. Il est temps de faire la paix. Un fait important toutefois à noter, c'est que ce single ne se vend pas.
Pourquoi tu as décidé de ne pas le vendre ?
On ne vend pas tout. J'ai fait ça pour la paix dans mon pays. C'est ma manière à moi de contribuer au retour définitif de la paix chez nous.
Ce single annonce ton nouvel album ?
Oui, je suis en train de le boucler petit à petit. ça fait 7 ans. Certains diront que je suis en manque d'inspiration mais ce n'est pas le cas. Je prends le temps car je veux offrir quelque chose de bon aux ivoiriens.
A quoi les ivoiriens doivent s'attendre ?
Toujours à Ismaël isaac. Le vrai reggae ivoirien avec de nouvelles sonorités.
Quel message veux-tu véhiculer à travers cet album ?
Mes albums sortent selon le temps. A travers cet album, c'est un message de pardon entre tous les ivoiriens. Qu'on se donne la main pour arriver à la réconciliation. Dans le prochain album, il y a au moins trois titres qui vont sensibiliser les ivoiriens. Car rien ne vaut la paix entre les peuples. Il y aura aussi d'autres styles. J'ai voulu apporter deux nouveaux styles de reggae. Je veux offrir aux ivoiriens d'autres colorations du reggae. C'est un album de 14 titres. En attendant, je continue mes tournées à travers le monde.
Parlant de tournées, on dit souvent que les artistes en profitent pour faire de nombreuses bêtises. En fais-tu souvent ?
Non. Quand je vais en tournée, je vais pour chanter et non faire des bêtises. Et puis, je me dis que tout dépend de l'esprit de l'artiste. S'il prend sa carrière au sérieux, il évitera de faire des choses qui pourront l'entacher.
On dit souvent que reggae rime avec drogue ?
Oui, c'est vrai. C'est ce qu'on dit. C'est leur culture. Mais généralement ceux qui prennent de la drogue, «du gandja», sont des rastas. Moi je ne suis pas rasta. Je respecte leur philosophie. J'ai choisi le reggae mais je suis musulman. Je me suis véritablement intéressé à cette musique après la mort de Bob Marley. J'ai vu que c'est dans la musique reggae que je pouvais lancer mon message.
Tu n'as jamais pris la drogue ?
La drogue et moi, on n'est pas sur la même route. Celui qui va dire qu'Ismaël se drogue est un menteur. Ma mère qui est décédée m'a dit de ne jamais toucher à la drogue car la drogue détruit. Dans le ghetto où j'ai vécu, il n'était pas assez difficile d'emprunter ce chemin. Mais j'ai décidé de suivre une autre voie, celle de Dieu et de la musique. Ma drogue, c'est le coran. Je ne finirai jamais de remercier Dieu pour tout ce qu'il a fait pour moi. Mon autre drogue, c'est la musique. Si Dieu a veillé sur moi depuis que je suis enfant, c'est aussi lui qui a permis que la musique puisse me nourrir. Sans Dieu et la musique, je ne suis rien. Oui, je suis un drogué. Je suis un drogué du coran et de la musique. Si quelqu'un m'accuse d'avoir touché à la drogue, c'est qu'il est contre moi. Moi, je ne veux simplement véhiculer qu'un message à travers ma musique.
Quel message ?
Mon message.
Oui mais quel est ce message que tu as voulu lancer ?
Je parle de la paix, de Dieu, de souffrance, de la misère, de l'amour…
Pourquoi chantes–tu beaucoup la misère, la souffrance, Dieu ?
Il y a des gens qui ont réussi tandis qu'il y a d'autres qui sont nés pauvres et qui continuent de vivre dans la misère. C'est pour que les gens qui sont bien positionnés pensent aux gens du ghetto. Quand ça ne va pas, c'est le ghetto qui prend les pots cassés. Je suis le défenseur des enfants du ghetto.
Pourquoi avoir choisi de les défendre ?
Je suis moi-même un enfant du ghetto. Je suis obligé de les défendre car on les oublie. Je suis l'avocat des enfants du ghetto et un exemple pour les handicapés. Quand un handicapé ou un enfant du ghetto me regarde, il sait qu'il ne doit pas perdre espoir. Seul le travail paie.
Ton travail a donc payé ?
Oui. Aujourd'hui, je peux dire que ma musique m'a nourri. Même si la crise ivoirienne a quelque peu secoué les activités, je ne me plaint pas. J'espère simplement que cette crise a servi de leçons aux ivoiriens et qu'ils sauront que c'est désormais le temps du pardon.
Penses-tu que tous les ivoiriens pourront pardonner ce qui est arrivé ?
Celui qui ne pardonne pas n'est pas croyant. Car même Jésus, lorsqu'il était sur la croix a demandé au Seigneur de pardonner ceux qui avaient décidé de le crucifier.
Tu prépares activement aussi tes 20 ans de carrière musicale ?
Oui. Cela fait quand même un bon moment que je chante. J'ai décidé de dire merci à tous ceux qui m'ont soutenu depuis le début de ma carrière. Ce sera certainement à la fin du jeûne. J'espère que d'ici là, tout sera aussi prêt pour la sortie de mon nouvel album. Je ferais deux spectacles : un à Abidjan et l'autre à Bouaké. Une manière de dire à tous que la Côte d'Ivoire est une et indivisible.