“Avec beaucoup d'amertume, et sans regrets…” Voilà résumé en quelques mots, l'entretien qui annonce le départ d'Angelo Kabila du groupe Magic System. Pas de place à la polémique. Comme à l'annonce d'un deuil, l'atmosphère est lourde. Toute séparation est douloureuse. Surtout lorsque la collaboration a duré. Voilà plus de dix ans. Que de chemin parcouru. Pour une fin aussi émouvante. Et dans la voix de celui qui a été le producteur manager du mythique groupe Magic System, cela ce ressent. Prenons connaissance de la déclaration de Kabila. Sans commentaire…
Depuis peu, il est question d'un malaise au sein du groupe Magic System. En tant que manager, quel commentaire ?
Effectivement, il y a un malaise au sein du groupe. Et j'ai décidé de partir. C'est ça l'essentiel. Depuis un moment, pas mal de choses se passent. Je pense que lorsque l'on se dit qu’on n'est plus utile quelque part, il faut qu’on s’en aille. C'est un groupe que j'ai fabriqué de mes mains. Quand certaines choses ne vont pas, il faut pouvoir le dire assez clairement. Lorsque l'on a plus la possibilité de s'exprimer, de discuter et que ça ressemble à toute une monarchie, je ne vois pas les raisons pour lesquelles je peux continuer à demeurer dans un groupe comme ça. Magic System est assez aimé des ivoiriens. Ça ne sert à rien de les leurrer en leur faisant croire que tout va bien. Certains me diront que peut-être Kabila, c'est le malaise. Mais ils comprendront plus tard, qu’au delà de ma personne, il y a d'autres personnes qui se sentent aussi frustrées au sein de ce groupe. Moi, comme j'ai la possibilité de partir, parce que libre de mes mouvements, j'ai simplement décidé de m’en aller. Et je voudrais m'excuser auprès des fans de Magic System. Auprès de tous ceux qui aiment ce groupe. Qui nous ont connus ensemble. Qui savent que nous avons toujours travaillé pour la culture ivoirienne. Je ne les quitte pas définitivement, parce que je reste encore dans le Show-biz. Mais Magic System et moi, c'est fini !
Quelques raisons qui te poussent à partir…
A'salfo et moi, il n'y a plus d'entente. Il gère le groupe de manière archaïque, comme si c'était sa chose. Au même titre que sa maison ou sa famille. Il signe les contrats comme bon lui semble et prend les décisions à sa guise. Il n'y a rien de collégial. Tout est centré sur lui. Je ne peux pas continuer à subir ce genre de choses. Ne serait-ce que pour l'harmonie et sauver les meubles, je l'ai accepté pendant un moment, mais je ne suis pas assez idiot pour ne pas pouvoir vivre sans Magic System. J'ai décidé de faire autre chose. De m'orienter dans d'autres domaines. Apporter mon expérience, mon expertise et mon talent à d'autres artistes, qui, peut-être en ont besoin. Si aujourd'hui le groupe Magic System estime qu'il est assez suffisant et peut se gérer, ce n'est pas moi qui vais les en empêcher. J'espère que Dieu veillera sur les trois autres.
Tu as parlé tout de suite de frustrations… En as-tu été victime ?
Mais je suis frustré, doublement frustré. Parce que Magic System, c'est toute une équipe. Partant des producteurs, de Claude Bassolé, à Angelo Kabila en passant par Constant Anangonou. A'salfo, Goudé, Tino, Manadja, tous nos amis de la presse, les fans. Mais quand une seule personne veut s'octroyer tout, ça devient de l’anarchie. Tino, Goudé et Manadja sont frustrés. Peut être qu'on les amènera devant vous pour qu'ils disent le contraire. Et ils le feront s'ils le veulent. Ils savent que je suis bien placé pour pouvoir révéler cela. Mon souhait n'est pas que les choses aillent mal pour eux. Mais que ça continue. Qu'ils puissent profiter de leur art. il faut bien qu'il ait quelqu'un qui puisse se secouer pour que leur leader comprenne qu'il est en train d'étouffer tous les autres. Et qu'il est temps qu'il pense aussi à ceux avec qui il travaille. A ceux qui lui ont permis d'être là. A ce propos, j'ai un ami qui me disait, donner 10.000 F CFA à quelqu'un dans ses moments les plus difficiles, ça n'a pas forcément la même valeur que lorsqu’une personne vous donne un million, au moment où vous en avez assez. S'il n'y a pas de reconnaissance, moi je pense que celui qui accorde la plus grande reconnaissance, c'est Dieu. Je n'irai pas avec le cœur meurtri. Je vais avec le cœur d'un enfant de Dieu. Je leur souhaite bonne chance. J'espère qu'ils arriveront au bout et que chacun s'en sortira à bon compte.
Tu annonces juste ton départ. Mais je voudrais savoir en quelques mots, l'état des lieux ?
Ça ne va pas. A'salfo peut avoir les raisons qu'il évoque, en disant qu'il est auteur-compositeur. Donc, c'est tout à fait normal qu'il jouisse du fruit de ses compositions. Dans ce cas, il aurait dû faire carrière solo. Mais je pense que s'il a eu besoin des trois autres, c'est qu'il aspire à vivre dans un groupe. Et dans le cas échéant, lorsqu'il y a des dividendes, à défaut d'un partage égal, on s'arrange à ce que les autres ne crèchent pas. Et quand ce n'est pas le cas, on ne cachera pas longtemps le soleil de la main.
Le mot est lâché. Les autres ne vivent-ils pas aisément ?
Les autres se débrouillent. Ce que je ne souhaite pas, c'est qu’à travers mes dires, l'on pense que je veux mettre les autres en avant pour créer ma fuite ou justifier des actes que l'on pourrait me reprocher. Je n'ai pas forcément été parfait. Mais je dis que je ne peux plus être témoin de ce qui se vit. Parce que Magic System, ce n'est pas une seule personne. Et ça ne peut pas se limiter ou continuer à tourner autour d'une seule personne. Je sais comment nous avons démarré, souffert et en sommes arrivés là. Je n'accepterai jamais que quelqu'un puisse détruire cette œuvre. Moi, je vous avoue clairement que Magic ne m'a pas fabriqué. Je me suis fabriqué à travers le travail que j'ai abattu avec le groupe. Je ne pardonnerai pas qu'un quelconque individu du groupe se lève pour essayer de me salir. Pour éviter des histoires inutiles, je préfère me retirer dans mon coin. Et je pense pouvoir apporter mon expertise là où on en a besoin.
Pour l'heure, Angelo Kabila ne rentre pas dans la polémique. Il s'agit juste d'annoncer ton départ du groupe Magic System?
Je pars. Tout simplement. Avec beaucoup d'amertume, et sans regrets. Parce que je pense avoir donné tout ce que j'avais dans le ventre, à ce groupe. Je n'attends aucune reconnaissance, à part celle de Dieu. Parce que de toutes les façons, il n'y en a pas. Et je souhaite d'un cœur sincère présenter toutes mes excuses à tous les fans du zouglou, les mélomanes ivoiriens… J'ai encore d'autres productions. Il y a des artistes à développer qui ont été un peu écrasés parce que je n'avais pas véritablement le temps de m'occuper d'eux. A eux aussi, je demande pardon. Et je suis entièrement à leur disposition. Je pense pouvoir mettre les pendules à l'heure de ce côté. J'espère arriver à faire avancer d'autres artistes ivoiriens.
Par Guillaume Vergès
Magic System : l’heure de la séparation
Le malaise est latent. Et profond. Dix ans. C'est le temps de faire le bilan. Discographiquement, les Gaous d'Anoumanbo passent haut les mains. En 10 ans, la barque Magic a été secouée, mais n'a pas pris d'eau. L'une des périodes troubles fut la fin de l’année 2001, début 2002. Et cela coïncidait avec l'envol international. Il fallait rester soudés. Et les quatre garçons appuyés dans cette dynamique par Angelo Kabila, leur producteur manager, Eby Bernard et Madina ont su taire leur clivage. Les prières ont porté. Et 1er Gaou a ouvert les vannes. Mais depuis deux ans, la séparation a pointé le bout du nez. La première qui s'est faite avec une chirurgie anesthésiée n'a laissé échapper aucune douleur. Fokus Production, structure d'un jeune ivoirien, Eby Bernard et Madina, ressortissant camerounais a été le porteur d'eau des Gaous. Leur négociant des contrats en Europe. Comme toute collaboration, ce tandem dans la marche du temps a fini par s'effriter. Les raisons sont multiples. Mais le nerf de la guerre, l'argent, est passé par là. L'aventure est trop belle pour s'arrêter en si bon chemin. De nouveaux alliés se joignent à la marche. Ceux-ci ont pour noms, Kor et Skalp avec pour home manager, Berny, un jeune français. Kor et Skalp, eux se sépareront quelques années après. Cette année, au lieu de ce duo de feu qui a bossé sur R&B Fever 1 et Bouger bouger, l'on retrouvera Kor et Belem. Comme tout empire, aussi résistible que soit-il, celui des magiciens répond à la règle. Mais jusque là l'une des racines, en dépit de certaines fragilités ça et là n'était toujours pas touchée. Auparavant Siaka Fofana dit Tchouk Béri, fondateur du groupe Magic System, a été écarté. La racine secondaire qui n'est autre que Gnadré Kouassi Ange, connu sous le pseudonyme de Angelo Kabila vient d'être atteinte. Depuis un bout de temps, le malaise était clair. Et le lead vocal du groupe Magic System sans s'exprimer véritablement là dessus ne s'en cachait pas. Jusqu'à ce que la presse s'en saisisse. Sous manche, il est rapporté que pour se donner de la contenance, l'on peint le bienfaiteur de producteur d'hier, en diable. Sans répondre, sic, à cette tentative, dit-on de diabolisation, il prend le contre-pied parfait et annonce son départ (voir entretien). Pour lui, ce n'est pas l'heure du grand déballage. A tout le moins, la guerre de Troie n'aura pas lieu. En tout cas, pas pour le moment. Même si elle est latente. Et ce, du fait que la communication est pratiquement inexistante. Le diagnostic est profond. Les raisons sont nombreuses. A ce jour, retenons que le groupe Magic System après dix ans de parcours, après un bilan interne pas trop reluisant est en train de voler en éclats. Les managers ont pris la clé des champs. Sans verser dans le chapelet d'un malaise sans nom, le message qui soutend l'annonce du départ d'Angelo Kabila est perceptible et dénote d'un signal fort. Dit-il en substance : “Je ne veux pas être témoin de la gestion monarchique d'A'salfo. En dix ans, le train de vie des trois garçons et celui d'A'salfo, c'est le jour et la nuit…”. Juste un indice de compréhension. La division n'a pas encore pointé son nez dans le groupe. Cela n'est aucunement notre vœu. Mais le mur est désormais lézardé…
G.Vergès