
• Quoi de neuf ?
- Je suis venue pour les obsèques de Douk’Saga. J’étais en plein studio pour mon sixième album lorsque j’ai appris son décès. Cela me peine énormément parce que c’est un garçon que j’appréciais beaucoup et qui m’aimait aussi énormément.
• Quel est le souvenir le plus récent que vous avez de lui ?
- Douk’Saga était au téléphone avec un ami qui était à table avec moi. Il était à Yamoussoukro et dès que mon ami lui a fait savoir que j’étais à Abidjan, il a dit qu’il allait prendre la route pour Abidjan. Nous lui avons fait savoir qu’il était déjà 23 heures et qu’il ne serait pas prudent de rouler à une heure aussi tardive. Mais il insistait et disait que pour la dame de collection, il était prêt à tout braver.
• La dame de collection !
- Oui. (Elle sourit). C’est le nom qu’il m’a donné. Il aimait les belles choses. Il adorait les belles montres tout comme moi. Donc quand il me voit, son premier réflexe est de savoir ce que j’ai au poignet. Et donc pour lui faire plaisir, j’ai acheté une montre Chopar blanche, des lunettes Dior… Parce que je sais bien qu’il aimait ce genres de choses. C’était sa façon à lui de l’exprimer. Et je le comprends
• Qu’est-ce que vous vous êtes dit la dernière fois que vous l’avez rencontré ?
- Je vais revenir à l’anecdote, pour dire que le lendemain, il est rentré à Abidjan et a tenu à m’inviter à prendre un pot. Nous étions assis à l’hôtel Ivoire. Je crois qu’il devait être déjà malade. Parce que sa voix était un peu cassée. Pour me rassurer, il me disait que c’était une voix de champagne. Et à toutes les personnes qui passaient, il disait : «vous avez vu Pierrette, c’est la dame de collection». (Silence). Je pense qu’il a quand même souffert, d’après les photos que j’ai vues pendant qu’il était malade…
Mais aujourd’hui, je suis bien contente pour lui.
• Contente !
- (L’air très sérieux) Oui. Je suis bien contente pour lui, parce qu’il a vécu comme il voulait. Et il est parti tranquillement. J’aurais eu plus de peine s’il était resté dans la souffrance, dans la misère, dans la galère. Parce que c’est quelque chose qui ne lui ressemble pas. Et voir aujourd’hui des milliers de personnes qui se mobilisent pour lui rendre hommage, je pense qu’il ne pouvait pas avoir mieux.
• La toute première fois que vous vous êtes rencontrés, c’était à quelle occasion ?
- La toute première, je pense que c’était à une émission publique à Yopougon. Il y a environ deux ou trois ans. Je le voyais jeter des billets de banque sur le public et sur la piste de danse. La foule se lève, se bouscule, l’acclame… Moi, je ne connaissais pas encore le phénomène. Et on m’a dit que c’est le tout nouveau mouvement appelé le «travaillement». Ce n’est plus le public qui donne de l’argent à l’artiste, mais c’est ce dernier qui lui en donne. Voilà, c’est comme ça qu’on s’est connus.
• Que retenez-vous de lui ?
- Douk’Saga était quelqu’un qui avait beaucoup de courage, beaucoup de culot. Il n’avait peur que de Dieu et n’avait pas de préjugé sur quelqu’un. Il approchait tout le monde. En gros, j’ai réfléchi et comme je l’ai tantôt dit, j’ai l’impression qu’il voulait prendre une revanche sur la vie. Je ne le connais pas vraiment, et je n’ai pas envie de dire ça. Mais c’est peut-être quelqu’un qui a eu une enfance difficile.
• Parlons à présent de votre nouvel album
- L’album qui sort bientôt, c’est du Pierrette. Il y a du ndombolo, mais pas beaucoup. J’ai fait du zouk, de l’afro zouk, du coupé-décalé. Il y a aussi une autre chanson qui est très bien qui est un mélange de zouk, salsa… voilà.
• La sortie de cette œuvre à Abidjan est prévue pour quand ?
- C’est en Décembre. Avec la grâce de Dieu. Il comporte douze titres. Tout le monde en sera content parce qu’il y a un peu de tout. Et je pense que les gens à qui j’ai fait écouter l’album étaient contents. Moi aussi, d’ailleurs.
• Des concerts en vue ?
- Non. Pas pour le moment. Quand je fais un album, je me donne au moins trois mois pour faire la promo. La promo à Paris, en Côte d’Ivoire, un peu partout et à Dakar. Ah, parlant de Dakar, j’ai une grosse surprise. J’ai fait du m’balar. (Elle rit).
• C’est vraiment nouveau ça ?
- Oui. J’ai des affinités avec des musiciens sénégalais tels que Jeannot, Moussa, Kamar… Et comme ça, ils m’ont suggéré de faire une chanson m’balar. On a essayé et voilà. Maintenant si c’est du bon m’balar ou pas, on verra (elle rit). On s’est débrouillés en tout cas.
• Quelle orientation comptez-vous donner à votre carrière ?
- (Elle soupire). Il faut d’abord dire qu’au départ, je n’étais pas une chanteuse de profession. Je suis arrivée à la musique un peu par hasard. Donc j’essaie de faire les choses comme elles viennent. Je ne me prends pas la tête. Cependant, j’ai des rêves. Celui, par exemple, de jouer un jour à l’Olympia. Je sais qu’avant d’arriver à l’Olympia, il faut faire les autres salles. Bon, avec les autres albums, j’ai donné des concerts çà et là à Paris. Mais il me faut marquer un grand coup où je pourrais rassembler des milliers de spectateurs ivoiriens, congolais… dans une même salle. C’est mon grand rêve.
• Vous paraissez quelque peu réservée sur scène. Cela est-il dû à quoi ?
- Peut-être que je manque d’assurance. Comme je ne suis pas une grande chanteuse, alors je me concentre quand je suis sur scène. (Elle rit) Donc je n’arrive pas à vraiment m’éclater de peur de ne pas être à la hauteur.
• Est-ce que votre enfance quelque peu difficile vous rattrape par moments ?
- Oui. Et si j’en parle, c’est parce que j’en sais quelque chose. Normalement, je devrais m’éclater plus aujourd’hui. Mais, j’ai l’impression que je n’ai pas confiance en moi.
• Comment ça ?
- C’est à peu près comme une fillette abandonnée, qui une fois devenue grande s’agrippe à son mari et devient très jalouse. Parce qu’elle a peur que son homme la quitte et qu’elle se retrouve encore seule et abandonnée dans la vie. Donc quand tu as vécu une enfance difficile, tu as toujours peur qu’il arrive quelque chose. Et cela nous fait peur.
• Il faut peut-être consulter un psy pour se remettre en confiance !
- Moi, je me soigne avec la chanson. Depuis le premier album Journal intime, je me suis libérée. J’ai pu dire ce que j’avais à dire.
• Sur votre prochain album Coma profond, on apprend la participation de Alpha Blondy !
- Oui. Normalement ce duo devait se faire depuis le précédent album Anesthésie. Mais cela n’a pu se faire. Mais cette fois-ci, c’est bon. Alpha intervient sur mon sixième avec une bele chanson que nous chantons en duo. Le titre de la chanson est childreen of paradise (les enfants du paradis). C’est une composition d’Alpha. Et je pense qu’il l’a faite en fonction de ma conviction envers les enfants. Parce qu’il sait que j’aime bien les enfants et je me préoccupe de tout ce qui les touche.
• Cette chanson avec Alpha. Le beat est il reggae ?
- Heu ! on va dire que c’est un mélange. On sent du reggae, de la rumba.. C’est une ballade.
• Après Olomidé, vous semblez avoir pris goût au duo !
- J’ai fait la chanson Feeling avec Koffi Olomidé. Mais il n’y a pas que lui. J’ai aussi chanté avec Meiway. Pas en duo, mais il a fait les chœurs de la chanson La colère de Dieu. Il y a eu l’expérience avec Bibi Den’s. Et bientôt, je ferai aussi un duo avec Jocelyne Labylle.
• Ah bon !
- Oui. Elle a souhaité qu’on fasse un duo sur son album qu’elle est en train de préparer. C’est une chanson zouk, presque dans le même style que celle faite avec Cheela. Pour le moment, elle est au stade de la programmation. Je chanterai soit en français ou en lingala. Je verrai…
• Autre chose. Pourquoi avez-vous été arrêtée à votre arrivée à l’aéroport ?
- Non. Je n’ai pas été arrêtée à l’aéroport. En fait, à mon arrivée, certains agents de la police m’ont demandé d’aller voir le commissaire pour juste une vérification.
Dans son bureau, il m’a dit que quelqu’un a porté plainte contre moi. Il m’a donc remis une convocation pour que je me rende à la police judiciaire. Je devais m’y rendre donc le lendemain. Et à ma grande surprise, le lendemain matin, je vois dans les journaux que Pierrette Adams est arrêtée. (elle sourit). Non. Je n’ai pas été arrêtée.
• Et pourquoi vous avez été convoquée par la Pj ?
- La plainte vient du journaliste qu’on appelle Claude Dassé. Pour menace de mort et tentative d’assassinat sur sa personne. Et cela parce que notre ancien chauffeur monsieur Dosso,est allé le voir et a fait une déposition pour dire que c’est lui notre chauffeur que mon mari et moi aurions désigné pour recruter des loubards et frapper Claude Dassé en 1997.
Cette affaire de Claude Dassé frappé par des loubards était réglée depuis longtemps. Et monsieur Claude Dassé avait perdu le procès. Monsieur Duarté, mon mari, avait même porté plainte contre Claude Dassé pour diffamation et avait gagné le procès. Mais il n’avait demandé qu’un franc symbolique pour dommage intérêt.
…
- Franchement… Je pense que c’est quand même gros. Il y a eu des articles plus virulents sur moi. Mais je n’ai jamais fait de mal à qui que ce soit. Alors pourquoi c’est lui que j’enverrais des gens pour tuer…Si l’on devait tuer les journalistes qui n’ont pas été tendres avec moi, peut-être que c’est un charnier qu’on allait faire…
Cette affaire était réglée depuis longtemps.
• Pourquoi ça refait surface ?
- Cette affaire refait surface pourquoi ? Parce que j’ai un litige avec mon ancien chauffeur Dosso, à propos d’une maison. Ma maison, une villa qu’il loue à 70.000 Francs CFA, le mois.
Il a toujours payé son loyer jusqu’à ce qu’on quitte Abidjan en 2002. Et nous avons confié la gestion de la maison à une agence immobilière.
Celle-ci nous appelle pour nous signifier deux préoccupations. La première, elle voulait se rassurer que la maison est réellement à soixante dix mille francs cfa par mois. Ou alors si c’était à cent soixante dix mille francs. J’ai confirmé la somme de soixante dix mille francs CFA en faisant comprendre à l’agence que c’est un cas exceptionnel parce que c’est notre ancien chauffeur. La deuxième préoccupation, de l’agence, c’est que même à ce prix, il ne paye pas non plus le loyer depuis deux ans. Et finalement, l’agence devait l’expulser avec un huissier. Et à ma grande surprise, il refuse de sortir parce qu’il aurait fait des travaux dans la maison à hauteur de vingt huit millions de francs CFA. Franchement, si lui, avait cette somme, pourquoi ne se serait-il pas acheté une maison au lieu de faire des travaux dans une maison qui ne lui appartient pas. Bref.
Et donc, il exigeait un remboursement ou alors il restait dans la maison jusqu’à ce qu’il consomme vingt huit millions de loyer.
…
- L’agence lui a donc demandé de montrer ces travaux-là. Et mieux, même s’il avait fait des travaux à hauteur de cette somme, c’est avec la permission de qui ? Il faut montrer les papiers avec l’accord du propriétaire…
Il a porté l’affaire au tribunal le 9 janvier 2006 et il a perdu le procès. Et le 16 janvier, une semaine après, il déclare dans le presse que le couple Duarté l’avait chargé en 1997 d’assassiner Claude Dassé. Comme ça ! Et Claude Dassé, au vu de cet article porte plainte. La police appelle Dosso pour l’entendre. Il fait sa déposition et confirme ce qu’il a dit dans la presse. C’est donc pour cela que la police a demandé que je vienne faire ma déposition. Voilà. Je pense que c’est une affaire de vengeance. Une envie de faire mal, de nuire inutilement.
…
- Personnellement, le sentiment qui m’anime par rapport à cette affaire, c’est que je n’ai rien contre Claude Dassé. Je pense plutôt qu’il est tombé dans le piège de quelqu’un qui a envie de se venger. Et qui s’est servi de lui. Et il a marché. On a vidé le chauffeur de la maison et il avait envie de se venger. Il veut tellement faire mal, qu’il se sacrifie en disant que c’est lui-même qu’on aurait envoyé pour tuer Claude Dassé. Il monte toute une histoire grotesque. C’est aussi simple que ça. Et Claude Dassé lui-même dans son for intérieur sait qu’on n’avait rien fait contre lui. Puisque, après le procès de 1997, nous avons eu de très bon rapports.