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Jean Jacques Kouamé “Douk Saga avait beaucoup d'ennemis” Saturday, 11.11.2006, 06:52pm (GMT)
* Cela fait quelques jours qu'on a inhumé le président Douk Saga. Etant un de ses proches, comment tu as vécu les choses ? - J'avoue que c'était très dur, très compliqué, surtout qu'on ne s'attendait pas trop à cette mort là. Etant artiste et frère de Douk Saga, j'avoue que c'étaient pénible, la mort et le déroulement des obsèques. * A propos des obsèques, comment as-tu trouvé l’organisation ? - Je dirai que ça a été très bien organisé. Je dis merci à l'UNARTCI. Au niveau de la sécurité, ce n'était pas trop ça au départ mais après, elle s'est améliorée… * Mais s'agissant de cette organisation proprement dite, est-ce que tu as été associé ? Si oui, à quel niveau ? - Je suivais tout de très loin. Mais je m'occupais de tous ceux qui sont venus de la diaspora. * Mais pourquoi pendant ses obsèques, tu a voulu te tenir un peu éloigné. Qu'est-ce que tu évitais au juste ? - J'évitais de faire de la récupération. Douk Saga m'avait dit qu'à sa mort, beaucoup de gens vont venir pour se faire de la publicité. Ils vont venir dire que c'est eux qui l'ont aidé alors qu'au plus fort de sa maladie, on ne voyait presque personne. Aux obsèques, je réfléchissais, j'étais dans l'ombre. Je pensais un peu à ma vie. Je pensais à ce qui allait se passer si je mourrais demain. Je me demandais si demain, dans une situation d'épreuves, si les mêmes amis que j'ai pendant mon boucan seront à mes côtés. Je me demandais si après ma mort, il y aura des gens qui vont faire de la récupération. Il y a eu pas mal de choses dans ma tête. * Dans cette maladie, il a sûrement fait des confidences. Après sa mort, il y a comme cela des contre volontés, c'est-à-dire quelque chose qu'il n'a pas aimé et qui a été fait… - Douk Saga a déjà fait beaucoup de confidences, mais je ne suis pas la personne indiquée pour tout déballer. Moi personnellement, je garde beaucoup de choses dans le cœur. Je crois qu'au moment opportun, je parlerai. Mais pour le moment, je laisse à certaines personnes le soin de se prononcer. * Le public te voit comme l'homme de Saga, tu es donc bien placé pour savoir ce que n'aimait pas l'homme. Qu'est-ce qu'on peut retenir concrètement de l'artiste ? - Je crois qu'il faut respecter l'âme de Douk Saga. Il faut laisser les gens se prononcer… * Est-ce que la décoration qu'on a forcé n'est pas un de ces aspects ? - Il avait refusé qu'on le décore à titre posthume. Ils ont trouvé comme excuse qu'ils envisageaient de le décorer depuis le 7 octobre. On considère que Douk Saga était déjà décoré depuis ce jour-là. Moi je ne m'y suis pas opposé. * Il se raconte qu'il y a une pression de certains parents sur toi ? - Moi j'ai une grande affinité avec la mère de Douk Saga. Elle me prend pour son enfant, elle se dit que j'ai quand même l'œil là-dessus. Sinon il n'y a pas trop de pression. Il faut aussi penser à l'après Douk Saga. J'ai dit à la mère de Douk Saga que j'allais me battre pour qu'elle ait une maison, c'était le souhait de Saga. Au niveau des dons, c'est Gadji Céli qui s'en occupe. C'est eux qui gèrent cela. Moi j'exprime le désir de son fils, ce qu'il voulait… * Pourquoi la maman s'en remet à toi alors que c'est Gadji Céli qui gère ? - C'est parce que je suis son fils. La mère de Saga m'appelait deux fois par jour quand j'étais en France, avant la mort de son fils. La maman de Saga me considère vraiment comme le frère à son fils. Elle était auprès de Saga, auprès de nous, elle a suivi beaucoup de choses. Après avoir perdu un fils, elle se réfère à l'autre (que je suis) pour avoir plus de renseignements. Elle n'a pas appelé Gadji Céli mais ''son'' fils pour voir ce qui se passe. J'essaye de lui expliquer que je ne suis pas la bonne personne, qu'elle amène quelqu'un vers Gadji Céli ou pourquoi pas, que Gadji Céli se déplace vers elle... * Voilà que quelques jours après l'inhumation, J.J.K part du pays alors que tout n'est pas véritablement fini. Si des choses se passent en ton absence, est-ce que tu ne vas pas regretter ? - Je pars parce que je dois récupérer ma carte de 10 ans. Sinon mes papiers vont se périmer ici et je ne pourrai plus aller en France. Je pars parce que c'est une affaire de contrainte, mais je serai là bientôt. J'essaye dans le même moment d'être un peu effacé. Je préfère aujourd'hui agir dans l'ombre. Je laisse tout entre les mains de Gadji Céli. C'est lui le président de l'organisation. Tout se gère aujourd'hui au téléphone. Moi mon souhait c'est de ne même pas compter sur les dons. Il y a l'après Douk Saga. Dire aujourd'hui que je donne 10 millions, 20 millions, c'est bien beau. Demain quand la famille de Douk Saga va vous approcher, qu'est-ce que vous allez faire pour elle ? Moi je lance aujourd'hui un message à tous les Chefs d'Etat qui ont aujourd'hui aidé Douk Saga. Son souhait était qu'on achète une maison pour sa mère. Le plus gros cadeau qu'on puisse lui offrir, c'est donc d'acheter une maison pour sa maman et penser aussi à son enfant, c'est tout. * Douk Saga a aujourd'hui laissé un héritage qui est la Jet Set dans toutes ses ramifications (londonienne, parisienne, abidjanaise). Saga a été imposé par le peuple, aujourd'hui c'est ce même peuple qui demande que tu parachèves l'œuvre de Saga. Ta position là-dessus ? - Je suis tout à fait d'accord avec vous. Là vous me rejoignez. Voyez-vous, dans la vie, il y a beaucoup de choses. Quand Douk Saga s'est fait appeler ''président'', ce n'est pas tout le monde qui l'a accepté comme tel. Aujourd'hui parce qu'il est mort, tout le monde crie qu'il est président. Je l'ai dit au cours de certaines déclarations, on reconnaît le talent d'un artiste après sa mort. Parce que Douk Saga est mort, tout le monde prend le micro pour dire qu'il est président, ce qui est dommage. C'est pareil, c'est ce qu'ils veulent me faire aujourd'hui. Il faut leur dire que je n'ai pas besoin de cette couronne là. J'ai été connu pas sous le nom de président mais sous le nom de Jean Jacques Kouamé ; ce n'est pas maintenant que je vais prendre ce titre de président. Je préfère rester l'artiste que je suis parce que c'est en toute humilité. L'humilité m'a toujours fait progresser. Ceux qui veulent m'appeler président sont libres de le faire. Mais qu'on sache que ce n'est pas cette place-là qu'il me faut, je n'attendais pas ce moment là. Tous ceux qui s'acharnent autour du titre présidentiel, c'est eux qui voulaient la mort de Douk Saga. Moi je ne m'acharne pas sur ce titre. Je préfère rester l'artiste que je suis. * Tu as une idée de ces personne en question ? - Il y a beaucoup de personnes. Ce sont des proches de Douk Saga. Ce sont toutes les personnes qui ont côtoyé Douk Saga. Aujourd'hui beaucoup de gens le savent mais ils n'ont pas l'envie de le dire tout simplement. * Est-ce qu'en laissant tes fans t'appeler président, n'es-tu pas en train de te faire des ennemis dans le même groupe ? - Douk Saga avait des ennemis. Je dis que je ne m'appelle pas président. Dans la vie tout homme a des ennemis. Et plus tu as des ennemis plus tu progresses. Je ne peux pas appeler les gens et leur dire ne m'appelez pas président. On sait que le président c'est Laurent Gbagbo. Douk Saga a été président de son concept. J'ai essayé de le dire avant des spectacles mais ça ne passe pas. Quand j'apparais, on continue de m'appeler président. Je ne sais pas si vous me comprenez. Ce sont mes fans qui m'honorent à leur manière. On ne peut pas les empêcher de le faire. * En toute vérité, est-ce que le courant passe entre toi et les autres membres de la Jet Set ? - On a une relation amicale. Moi je suis ami à la Jet Set. Ces derniers temps, pour les obsèques de Douk Saga, on a dû faire un album ensemble et on m'a mis au rang de membre de la Jet Set alors qu'avant, on ne le faisait pas. Je ne sais pas si vous me comprenez. Ces mêmes gars qui disent que je suis membre de la Jet Set ne m'ont jamais accepté. Je faisais toujours mon petit chemin. Je trouve qu'il y a une réconciliation quelque part. il faut pérenniser le mouvement de Douk Saga. On ne doit pas se diviser mais s'unir. Moi je cherche une union mais je ne vais pas forcer les gens pour qu'on s'unisse. Je mène mon chemin comme je l'ai toujours mené. J'avancerai par la grâce de Dieu, tout simplement. * En clair, tu veux rester ami de la Jet Set où être membre de la Jet Set ? - Je me suis toujours distingué comme un ''Jet Setteur''. Le vrai Jet Setteur, c'est l'artiste, le musicien, le mannequin qui a trait au show-biz. Moi je me suis toujours décris comme un Jet Setteur, mais pas Jet Seteur en tant qu'un groupe. Un groupe a été créé depuis la France, j'étais à Abidjan en ce moment-là. Ils ont mis à sa tête un leader. Quand il s'est autoproclamé, il a eu des ennemis. Moi je voulais apporter un soutien. J'ai donc créé mon concept. Je voudrais unir encore plus. L'héritage que Saga nous a laissé, c'est de pérenniser son mouvement. Moi je cherche à m'unir avec tout le monde pour qu'on soit plus fort, mais je ne vais pas faire la courbette. * Quoi qu'on dise, Douk Saga est parti, il laisse un grand vide. Comment comptes-tu combler ce vide-là ? - Vous avez dû entendre certaines déclarations de Douk Saga comme quoi je devais être son remplaçant. Il avait confiance en ceux qui étaient auprès de lui. Si jamais il mourait, ses proches pouvaient pérenniser son mouvement. Ils pouvaient apporter un soutien. Il avait vu l'être humain avant et pendant la réussite, il a vu l'être humain pendant l'épreuve. Il y a beaucoup de gens qui n'ont pas eu cette chance. Moi je l'ai eue. L'être humain pendant la réussite et l'être humain pendant l'épreuve, ce n'est pas la même chose. On peut avoir des amis pendant le succès. Mais pendant l'épreuve on peut avoir d'autres amis. Les mêmes amis pendant le succès peuvent être vos amis pendant l'épreuve comme ils peuvent cesser de l'être. C'est dans cet objectif qu'il disait que je peux lui succéder parce qu'il sentait réellement l'amour. Même quand ils lui on dit que Jean Jacques Kouamé est en train de faire sa promo sur son dos, il m'a dit que ce sont les mêmes ennemis qui racontent cela. C'est une phrase qui reste gravée dans ma tête : ''Ces gens là, quand j'étais aux Deux Plateaux et que personne ne venait me voir, c'est ce qu'ils aimaient. Mais aujourd'hui comme tous les Chefs d'Etat, les ministres viennent me voir, ils veulent qu'il y ait un clash entre toi et moi pour que tout le monde en parle. Ne tombe pas dans le piège parce que toi, tu vas réussir comme moi. Je reviens bientôt...'' Ça a été la volonté de Dieu. Je sais que où il est, il repose en paix. * Ses ennemis dont il parle tout le temps, est-ce que tu les connais ? - Moi je connais mes ennemis aujourd'hui, mais les ennemis de Douk Saga, je n'ai jamais voulu les connaître. Lui, il connaît ses ennemis. Douk Saga m'a dit :'' Jean Jacques, le fait de marcher ensemble, on a les mêmes ennemis''. Quand je l'ai récupéré, Saga m'a dit : ''Jean Jacques, il faut que tu sois très fort parce que aujourd'hui, on a les même ennemis. Les gens savent que si je sors de la maladie, c'est avec toi seul que je vais beaucoup marcher''. Il me disait comment tenir le micro, il fallait prier avant de monter sur scène. Je lui ai dit : ''Saga, ce n'est pas moi qui t'ai dit tout cela. Ça me faisait plaisir en quelque sorte''. J'éclaircis un peu les choses pour ne pas que d'autres personnes se fassent des idées, pour ne pas que les ennemis viennent changer les idées. * Quelques jours après l'enterrement de Saga, sa tombe a été profanée. T'es-tu rendu là-bas pour des vérifications ? - C'est du n'importe quoi, je crois que c'était tout juste pour vendre. * Et cette histoire de musée dont on avait parlé au-delà de la fondation ? - C'est un appel qu'on lance aux gens. A tous ceux qui ont aimé Douk Saga, il faut tout faire pour qu'il reste gravé dans la mémoire des gens.
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