
On l'a vu au four et au moulin lors des obsèques de Douk Saga et de Ayateau. Deux grandes figures du show biz et du cinéma ivoiriens. Après la douleur, le président du Comité d'organisation de ces obsèques, mais aussi et surtout le président de l'Union nationale des artistes de Côte d'Ivoire (UNART-CI) fait le bilan.
Vous avez été président du comité d'organisation des obsèques de Douk Saga et de Ayatola. Pouvez-vous nous faire un bilan de l'organisation ?
J'ai été commis par la famille biologique de Doukouré Amidou dit Douk Saga. J'ai été choisi par mes amis et pairs, les hommes de la nuit, les amis de Douk Saga, les membres de la jet Set, l'association des managers de Côte d'Ivoire qui ont tous décidé que je sois le président du Comité d'organisation. Un peu à l'unanimité. C'est ainsi que de ma position de courroie de transmission entre la famille et les amis de Douk Saga, je suis passé à président du Comité d'organisation car c'était moi qui avais piloté les négociations pour que la famille accepte de nous donner 10 jours pour enterrer Douk Saga. Nous avons effectué des démarches à la recherche des fonds pour enterrer dignement Douk Saga et aussi Ayatolah puisque je suis le président de l'Union Nationale des Artistes. Je ne peux pas uniquement parler de Douk Saga sans parler d'Ayatolah. L'essentiel pour nous, c'était de leur donner une sortie honorable. Et, je pense qu'ils ont eu la sortie qu'ils voulaient surtout en ce qui concerne Douk Saga parce que même de son vivant, les gens ne l'auraient jamais accompagné à pied de Treichville jusqu'à Williamsville. C'était un grand hommage. Il y a eu la veillée au Parc des sports devant 60.000 personnes. La population était en communion avec son artiste. Il y a eu la levée du corps qui a mobilisé 15.000 à 20.000 personnes. Il y a eu la marche, je ne peux pas déchiffrer. Il y a eu aussi le cimetière, l'enterrement et la séparation. Difficile était l'enterrement. Je crois que le bilan est positif. On ne peut jamais faire d'omelette sans casser les œufs. Aujourd'hui, on peut nous reprocher, à nous le Comité d'organisation, certaines petites failles. Mais moi, en tant que président de ce comité, déjà je félicite tous ceux qui y ont travaillé et je dis qu'à 80 ou à 90%, nous avons réussi la mission.
Au-delà de l'apport physique de chaque artiste membre de l'union des artistes, quelle a été l'autre contribution si possible des artistes pour l'accomplissement des obsèques de Douk Saga et de Ayatolah ?
Pour faire des obsèques de ce genre, il y a le côté financier, matériel et puis il y a eu des gens qui ont pensé à nous. Il y a eu des dons, des réductions de prix. J'ai lu dans un journal "45 millions pour enterrer Douk Saga". Mais ce qu'on a fait vaut 45 millions. Parce que les services de sécurité qu'on a loués, les services d'ordre, les stades, si après négociations, les gens n'acceptaient pas et qu'on devait payer aux vrais prix, ça augmenterait ce budget. La lumière qu'on a utilisée jusqu'au matin et les lampadaires pour la veillée, la télé pour le téléthon, les véhicules hummers et les motards qui ont accompagné le cortège, le cercueil, la tombe, les frais d'Ivosep, le corbillard. Si c'est pour se moquer que les gens ont écrit cela, je demande à tout le monde de prendre un stylo et de faire le calcul de ce qu'ils ont vu et vécu. Il fallait des moyens pour que les étrangers qui viennent en Côte d'Ivoire qui connaissent la Jet Set comme des frimeurs voient que Douk Saga est parti comme un frimeur. J'en avais cette lourde charge. Aujourd'hui, je ne regrette rien et je pense que chez nous-mêmes, avant de commencer, chacun a mis la main à la poche pour qu'on commence les démarches parce qu'on n'avait pas assez de jours. Et l'argent ne rentrait pas. C'est ainsi que j'ai eu l'idée de faire un téléthon.
Est-ce qu'avec tout ce que vous venez d'énumérer, vous ne craignez pas d'être accusé d'avoir détourné les dons qui auront servi à enterrer Douk Saga et Ayatollah ?
Ce serait malhonnête. Depuis que je vis, je n'ai pas encore enterré quelqu'un. Donc je ne vis pas de ça. Ce serait vraiment malhonnête de la part de ceux qui vont dire cela. Mais en Côte d'Ivoire, on raconte trop de choses et on fera les comptes. Si quelqu'un a donné de l'argent que son nom n'a pas été cité, il viendra se plaindre. Comment puisse-je détourner l'argent de quelqu'un ? Les listes des donateurs seront publiées. Si quelqu'un n'aperçoit pas son nom, il pourra venir se plaindre. On ne cachera rien. En n'acceptant de le faire, je m'attendais à des flèches. Ici en Côte d'Ivoire, on ne reconnaît jamais le bienfait. Donc on ne s'attend pas à la reconnaissance des uns et des autres. Même quand tu fais la plus belle œuvre du monde, il y aura quelqu'un quelque part qui va te critiquer. Alors voulez-vous que je m'arrête parce que des gens me traitent de quelqu'un qui a détourné des fonds ? Mais, quels fonds ? Vous vous imaginez que ce que Douk Saga va avoir dans les recettes, c'est ce que je n'ai jamais eu. Pensez-vous cela ? Vous n'avez jamais entendu de votre position que Gadji Céli a détourné de l'argent un jour. Alors que j'ai organisé beaucoup de choses. C'est parce que cela n'a pas été aussi médiatisé que vous n'avez rien entendu. Mais, j'en ai organisé quand même. Ce n'est pas ici où toute la Côte d'Ivoire a des yeux sur moi que je vais détourner de l'argent. Comprenez les gens. Il y a toujours des mauvaises langues. Celui qui s'intéresse aux mauvaises langues reste sur la route.
Interview réalisée par et Collaboration: A. A