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LUCKON PADAUD “Mes problèmes avec le polihet” Tuesday, 14.11.2006, 06:44pm (GMT) ![]() • Quel bilan fais-tu de tes 24 années de carrière musicale ? - Sans hésiter, je dis que mon bilan est positif. Et je suis encore dans la course. Je sors encore des produits qui intéressent le public. Je suis toujours sollicité pour me produire en spectacle. ça veut dire que je suis encore utile à mon public. Parce que je ne fais pas de la musique une course de vitesse, mais plutôt une course de fond. C’est mon métier et je ne devrais pas me lamenter tant que je vis de ça. Je remercie Dieu. • Est-ce que tu as le sentiment d’avoir atteint tes objectifs d’artiste ? - Étant le cousin de feu Ernesto Djédjé, le roi du zigligbity, j’ai alors baptisé mon premier album, “La nouvelle vague du zigligbity”. Une façon de promouvoir cette identité culturelle comme l’a fait mon aîné. Donc, donner une couleur vive à l’Afrique fait partie des mes objectifs. Et quand je chante, je veux qu’on dise : “Voilà, c’est l’Afrique qui chante”. C’est un travail de longue haleine. Les recherches continuent jusqu’au jour où on arrête d’être artiste. C’est à ce moment-là qu’on se pose des questions sur ce qui a été fait et ce qui ne l’a pas été. C’est Dieu qui planifie tout. • A la mort de Djédjé, on voyait en toi, le digne héritier du zigligbity, celui qui rendrait cette musique plus vivante pour les générations futures… - Je fais un peu de tout, y compris le zigligbity. Je touche à beaucoup de rythmes dans mes productions. Je ne peux pas faire exactement ce que faisait mon grand frère, dans l’espoir de le remplacer. Ce n’est pas possible. C’était un grand musicien qui était unique dans son genre. Il était tout pour moi, mon tuteur, celui qui me soutenait dans la musique également. Mais, je ne pourrais jamais être comme lui. C’est impossible ! Chacun a son destin. • D’où vient ton nom “Séhia” ? Qu’est-ce que ça signifie ? - Séhia, c’est le martyr, le mal-aimé, quelqu’un qui a survécu en plein désert malgré tout ce qu’il a pu traverser comme difficultés. Et à la fin, Dieu met la main sur lui. Donc, c’est quelqu’un qui ne recule pas devant les obstacles et qui se dit que la vie est guidée par Dieu seul. • Cela a-t-il un rapport avec ta vie ? - Ouf… ! (Il marque une pause, puis reprend) Quelque part, oui. Oui !!! Et c’est la première fois que je vais faire cette confidence. Car, j’ai eu une enfance très très difficile. J’ai commencé à marcher seulement à l’âge de 5 ans. Je ne pensais pas être là aujourd’hui en train de voyager de pays en pays. Je pense que c’est une victoire. Je remercie beaucoup ma mère qui m’a apporté toute sa tendresse. Elle a eu foi en Dieu et cela a payé. Je lui dois beaucoup. Et après elle, il y a bien sûr, la grande famille dont je suis issu. • Quelle a été ta plus grande déception ? - Bon. L’une de mes plus grandes déceptions, c’était en 1989 quand j’ai sorti le disque “Wandji” et qu’on l’a présenté pour l’émission Variétoscope. Barthélemy Inabo m’a contacté pour me demander de faire une chanson rythmée, dansante, pour l’émission. J’ai mis trois mois pour le faire. Apparemment, les gens aimaient bien la chanson. Mais, par la suite, elle a été censurée par le ministre Séri Gnoléba. ça m’a touché. • Quelles étaient les raisons de la censure ? - J’ai rencontré moi-même le Ministre Gnoléba et j’ai eu des discussions avec lui pendant deux heures. J’ai dit ce que je pensais. Il m’a répondu que c’est parce que je chantais les louanges de quelqu’un. Ce n’était pas normal que je chante quelqu’un puisque cette chanson va occupée la télévision nationale et la presse deux mois durant, en périodes de grandes vacances scolaires. Pourtant, ce n’était pas la première fois que des chansons dédiées à des personnes étaient proposées à cette même émission. Sinon, la chanson n’aurait pas été retenue. Mais, à l’époque, «les décisions sont les décisions, hein !»… Et puis, qu’est-ce qu’un Padaud devant un ministre ? • Pour ceux qui comprennent le “Bété”, en écoutant tes chansons, vous n’êtes pas trop tendre à l’égard des autres. Tu fais aussi dans la provocation, non ? - Cela fait partie de notre tradition. C’est aussi notre façon à nous, les chanteurs bété, de provoquer. Mais, comme je l’ai dit tantôt, ça fait partie de notre culture. Une certaine façon d’attirer la curiosité des gens. Mais en fait, ce ne sont pas de vraies palabres. Ce n’est pas méchant. On reste des frères. • Quelle est la situation la plus humiliante que tu aies connue ? - Ça remonte à l’année 1990. Comme tous les ans, mes musiciens et moi prenions toujours un mois de vacances pour nous retirer, après les spectacles de fin d’année. Nous consacrions le mois de janvier pour aller au village. Cela nous permettait de décompresser. On part tous ensemble, dans le même endroit, pour se ressourcer, essayer d’inventer d’autres choses. Et cette année-là, avec l’avènement du polihet, c’était très dur pour moi et mes musiciens. Nous sommes revenus du village après un mois et là, c’était infernal ! Le polihet avait pris tout le monde. Je me retrouvais dans une salle vide, jusqu’à 3 ou 4 heures du matin avec mes musiciens. Pendant ce temps, à côté, j’ai un ami qui joue dans une salle bourrée au point de refuser du monde. C’était Gnahoré Djimi. Il venait de créer un nouveau courant musical qui était aimé par tous. Mais, ça nous a permis aussi de travailler davantage. • Et cela a duré combien de temps ? - Ah ! Mais, ça a duré une bonne année avant qu’on ne se remette en selle. Tout mon orchestre de 12 musiciens et moi, vivions de mes économies. J’avais leur loyer à payer, puis il fallait les nourrir et, m’occuper d’eux. Nous sommes “les frères Séhia” et je n’avais pas de pression sur moi. Je donnais à mes musiciens ce que je possédais, ils étaient conscients de la situation que nous vivions. • On dit souvent de toi, que tu es un homme à femmes…Que réponds-tu ? - Ce que je peux vous dire, c’est que j’aime la femme. Et si je dois vous conter ma vie, je dirais simplement que mes relations avec les femmes ne datent pas de maintenant. Parce qu’à 12 ans déjà, j’avais trois femmes. • Non, mais, attends, Luckson…, soyons sérieux ! - Oui, j’avais trois femmes au village, dans notre cour familiale. Nous avions presque le même âge. Mes parents disaient que c’étaient mes femmes. Donc, ce n’est pas par la chanson que je connais la femme. C’est un pouvoir que Dieu m’a donné. Et, à cette époque-là, je ne savais pas ce que c’était la femme ! Je ne sais pas si vous comprenez ce que je veux dire… Mais je les avais quand même chez moi, enfin… chez mon père. • Et que sont-elles devenues ? - Oh !…, je les ai laissées au village et je suis venu à Abidjan à l’âge de 15 ans. Aujourd’hui, il y en a une qui est décédée et les deux autres sont dans leurs foyers. Mais je précise que c’était juste de l’amitié, quoi. Parce qu’au village, dès qu’une fille venait chez toi, elle devenait ta femme. Il y avait même des gens qui se mariaient de cette façon-là. Ceci pour dire que depuis ma plus tendre enfance, les femmes étaient déjà autour de moi. C’est pour cette raison que je considère cela comme une chance venant de Dieu. Mais, ce que je voudrais que l’on retienne de moi, c’est que je respecte les femmes et que j’ai beaucoup de considération pour elles. Je tiens à ce que vous mentionniez cela. • Il se raconte aussi que tu aimes te faire entretenir par les femmes… - Ah bon… ? Je suis sûr d’une chose : c’est que je ne passe pas ma journée dans une maison en train de dormir. Je suis un musicien et je vis de la musique. Ce métier que j’exerce m’a permis de tisser des liens d’amitié, à la fois, avec les femmes et avec les hommes. Et si parmi mes relations, l’on m’appelle pour me faire cadeau d’un téléphone portable ou d’autre chose en guise d’encouragement, oui, je l’accepte. Maintenant, si on doit appeler ça, se faire entretenir... Mais, à mon sens, celui qui se fait entretenir est plutôt celui-là même qui ne fait rien et attend qu’on s’occupe de lui. Ce qui n’est pas mon cas. • Et que réponds-tu à ceux qui disent que Padaud a des pouvoirs mystiques dans les yeux qui lui permettent de séduire les femmes ? - Non, mon cher Alex (il s’énerve un peu), je n’ai pas le temps de répondre à ces gens. Mes parents ne m’ont pas appris à gérer les humeurs des gens aigris…Je n’ai pas le temps d’aller faire du fétiche pour avoir une femme. ça ne m’intéresse pas. Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent, c’est leur problème. J’ai un devoir vis-à-vis de mon public, c’est de travailler davantage pour pouvoir répondre à leurs attentes. Néanmoins, je connais une amie française qui m’a dit, un jour, qu’elle aimait bien mes yeux. Mais, ce sont des compliments. C’est tout ! • Dans quelques semaines, ce sera la période des fêtes de fin d’année. Alors est-ce que vous avez des spectacles en vue ? - Oui, le 31 décembre, je donne un spectacle. Cette fois, ce ne sera pas à Paris. J’ai décidé de faire danser mes frères à Abidjan, au temple de Luckson Padaud, c’est-à-dire au Baron de Yopougon. C’est vrai qu’à cette période, je gagnerais mieux en jouant à Paris, mais, il n’y a pas que l’argent qui compte. Nous sommes dans une période de crise dans mon pays, et mes fans ont aussi besoin de moi pour passer la fin d’année ensemble.
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