Onze disques d'Or à ce jour. Tu dois être un homme heureux ?
C'est
vraiment une immense joie pour nous, parce que cela vient primer tout
le travail abattu depuis des années. Et aussi nous encourage à bosser
davantage pour ne pas décevoir ceux qui nous aiment et nous soutiennent
depuis le début.
Ça te fait quoi de savoir que tu fais partie des groupes
africains qui vendent le plus en France avec cette année, 135 000
exemplaires sur le dernier album.
Ça fait énormément
plaisir. en même temps, ça nous responsabilise, d'autant plus qu'on n’a
plus droit à l'erreur. Quand on vend plus de 150.000 disques sur un
album, on n'a plus le droit de vendre en dessous pendant toute sa
carrière, on doit faire plus et c'est ce qui est le plus dur. On
remercie le bon DIEU de nous avoir permis toujours de relever ce
défi-là depuis 2002.
Quand tu revois ton parcours depuis Anoumabo jusqu'à l'île Saint Denis, qu'est-ce qui a changé ?
Beaucoup
de choses ont changé depuis notre départ d'Anoumabo. Et je pense que
je n'ai pas besoin de retracer tout ce parcours, puisque les Ivoiriens
ont suivi Magic System du début jusqu'à maintenant. Ils nous ont vu
grandir.
Mais qu'est-ce que toi tu retiens de ce parcours ?
C'est
la persévérance malgré les moments difficiles que nous avons connus.
Notre parcours doit être un miroir pour toutes ces personnes qui sont
désespérées et qui se disent qu'il est trop tard. Je leur dirai d'avoir
espoir, de s'armer de courage. Il y a 6 ans nous étions à Anoumabo et
aujourd'hui, grâce à DIEU, nous avons réussi à nous faire un nom. Tant
qu'il y a la vie, il y a toujours l’espoir.
Magic System est le seul groupe Zouglou qui ne s'est pas disloqué.
Je
dirai plutôt que nous avons eu la chance. On se connait depuis
l'enfance. Et à force de rester ensemble, nous sommes devenus des
frères .C'est vrai qu'il y a des moments où on a de petites
altercations. Mais ça ne va pas plus loin que ça. Parce qu'après tout,
on a quelque chose en commun : notre passé. On a tellement vécu
beaucoup de choses ensemble que je ne pense pas que quelque chose
d'autre puisse nous séparer.
Est-ce qu'il vous est arrivé un instant de penser à faire
comme Kassav; faire chacun un album solo et se retrouver de temps à
autre pour Magic System ?
Non, jamais, ça ne nous a jamais
traversé la tête. Ce serait trahir l'esprit du groupe. Manadja, Tino et
Goudé ont eu confiance en moi, en m'acceptant comme leader vocal, et ce
sera abuser et profiter de cette situation où je suis le plus vu, pour
demander à chacun de faire un album solo. Vous ne pensez pas que
j'aurai une longueur d'avance et ce sera malhonnête de ma part.
Carrière solo ? Non, merci !
On te reproche de ne pas user de ta notoriété en Europe pour
faire connaître les autres formations Zouglou en les faisant jouer en
première partie des concerts du groupe.
Ecoutez, vous
croyez que c'est aussi facile ? Si c'était facile que ça, Youssou
N'dour déjà aurait emmené avec lui tous les Sénégalais qui font du
m'balax, Alpha Blondy aurait aussi emmené tous les reggaemen de Côte
d'ivoire. Les maisons de disques en France ne sont pas beaucoup
ouvertes à la musique africaine. Tu dois forcément faire tes preuves
sur le terrain avant qu'ils ne s'intéressent à toi. C'est du pur
business. On ne se lève pas du jour au lendemain pour imposer un
artiste à un major.
Mais quand-même, ils peuvent faire les Premières parties de vos concerts.
Au
début, nous avons cru que c'était facile. On a fait partir Les
Garagistes et Fitini, pour la première partie de notre concert au
Zénith en 2001 et cela n'avait rien donné. Personne ne parle de ça.
Alors que voulez-vous ? Qu'on se lève et qu'on dise à un groupe ou à un
artiste de venir nous remplacer? Je suis désolé ! La musique, ce n'est
pas le football. Et puis, personne n'est venu nous chercher à Anoumabo
pour nous emmener chez Virgin Music. On s'est battu pour être là où
nous sommes aujourd'hui. Si je n'ai pas pu imposer un groupe que je
produis moi-même à Show-biz, ma maison de disques ici même en Côte
d'Ivoire, vous devez comprendre que c'est encore plus compliqué en
France .Il faut que certains artistes arrêtent de croire que leur sort
est forcément lié au succès des autres.
Qu'est-ce que tu retiens de Douk Saga ?
Je
retiens de lui, quelqu'un qui aimait beaucoup s'amuser. Il croquait la
vie à pleine dent, comme s'il savait que son passage sur terre allait
être de courte durée. Je l'admirais, sa conviction dans ce qu'il
faisait. Même si je me suis toujours opposé à son concept de
"travaillement" qui, pour moi, n'était pas du tout un exemple pour nos
jeunes frères qui malheureusement, commençaient à s'y adonner.
Aujourd'hui, c'est l'artiste, l'ami, le frère que je pleure. Malgré
tout, on était toujours resté de bons amis. Il n'y avait pas
d'hypocrisie entre nous. On se disait ce que l'un pensait de l'autre.
Et il n'hésitait pas à m'appeler souvent. J'espère que ses amis
continueront l'œuvre qu'il a commencée (le Couper-Décaler et non le
"travaillement"). Que la terre lui soit légère et que son âme repose en
paix.
C'est quoi la prochaine actualité de Magic System ?
La
prochaine actualité de Magic Mystem, c'est évidemment la sortie de
notre single qui se s'intitule T'endors pas pour le mois ce décembre.
Tu as chanté Tikilipo (Politique) pour le retour de la paix
dans ton pays. Avec l'actualité récente n'as-tu pas le sentiment de
n'avoir pas été écouté ?
A mon humble avis, je pense qu'on
a été un tout petit peu écouté. Parce qu'il n'y a plus de guerre en
tant que tel. Maintenant, c'est une guerre politique entre les
politiciens. Et beaucoup n'ont pas compris qu'ils font de ça, leur pain
quotidien. C'est pourquoi, je soutiens le grand frère Alpha dans la
mission que lui a confiée l'ONUCI. J'ai foi qu'il accomplira cette
mission-là avec le soutien de tous les Ivoiriens. Que la guerre se
passe de façon politique entre politiciens !
Manadja est passé devant le maire, à quand ton tour ?
C'est pour 2007 si Dieu le veut.