
• Alors, tu as un nouveau nom ?
- Oui, c'est Benoît XVI (Rires). Ce sont des amis, à Paris, qui m'ont donné ce surnom. Mais, il faut prendre ça avec humour. C'est tout juste marrant, voilà ! Et puis, ça ne me change pas.
• Okay ! Parlons de cette affaire qui fait du bruit à Abidjan : on te reproche d'avoir chanté les noms de rebelles impliqués dans la crise ivoirienne.
- D'abord, je voudrais préciser que je n'ai pas chanté ces noms. J'ai cité des noms, comme j'en cite toujours dans mes chansons. Mais je pense que les Ivoiriens sont plus intelligents qu'on veut le faire croire.
• …
- On m'a dit, après la sortie de l'album, que les noms que j'ai cités sont ceux de gens impliqués dans des histoires politiques. Mais je voudrais simplement qu'on demande à ces gens-là si on se connaît, si on s'est déjà parlé, si on s'est vus. Vous savez, je ne sais pas de quel bord ils sont. Quand je fais mes albums, la moitié des noms que je cite sont des noms de gens que je ne connais pas.
• Comment ça se fait ?
- Quand je fais mes albums, on me fait parvenir de l'argent de partout, de New-York, d'Australie, d'Abidjan, etc., pour que je cite des noms. Quand je dis Bokolobango, par exemple, je ne le connais pas !
Alors, un jour, David Monsoh que je considérais jusque-là comme un ami, même plus qu'un ami, est venu avec une liste de noms et de l'argent. Le principe, c'est que lorsqu'on me paie pour citer des noms, je fais mon travail. Je ne demande pas aux gens d'où vient leur argent, qu'est-ce qu'ils font dans la vie, etc. Moi, je suis un chanteur, je fais mon travail sans analyser ce que font les gens, les uns par rapport aux autres. Et puis, moi, je ne maîtrise pas la situation politique en Côte d'Ivoire pour vouloir prendre position d'un côté ou de l'autre.
• Alors donc…
- (Il coupe) J'imagine même que ce ne sont même pas les gens que j'ai cités qui ont demandé à David (Monsoh) de faire cette liste. Il est peut-être un de leurs partisans, et il a sans doute voulu leur faire de la publicité !! Je n'en ai pas la preuve, mais c'est ce que je pense.
Moi, je ne souhaite qu'une chose : que la paix revienne dans ce beau pays. Mais je n'ai pas à me mêler des affaires politiques de la Côte d'Ivoire. Je suis quoi ?...
• Bon, passons. Ton dernier album, tu l'as baptisé " Monde arabe ". Pourquoi ?
- (Silence) Pour que la question me soit posée à chaque interview. Pour que ce titre ne passe pas inaperçu.
Mais comme tu le sais, il n'y a aucune affaire politique dedans. Il ne s'agit pas de Sadam Hussein, ni de Ben Laden… Il ne s'agit que de chansons d'amour. D'ailleurs, je n'ai jamais autant chanté l'amour que dans cet album. 18 chansons dont au moins 16 qui parlent d'amour.
• Oui mais, tout de même, quand tu dis "Monde ya nko, monde ya béton, monde ya bénéfices" (Un monde de méchancetés, un monde en béton, un monde de bénéfices), ce n'est pas gratuit !
- Oui ! je dis que le monde où nous vivons est un monde ingrat. Il y a des gens qui souffrent et qui ne gagnent rien ; pendant qu'il y a d'autres, des milliardaires, qui continuent de s'enrichir. Il y a aujourd'hui beaucoup d'enfants dans la rue qui quémandent. Et tout le monde s'en fout. Alors je dis "monde ya nko !!". Donc, c'est plus social que politique.
• Depuis l'album "Effrakata", il y a un changement total dans ta musique : le travail technique est plus dense et tu sembles être revenu au style de tes débuts ?
- Moi, j'écoute le public. J'écoute ceux grâce à qui je suis ce que je suis. J'écoute donc leurs remarques, et j'essaie de faire mon travail avec tout mon cœur, sans suivre la mode pour la mode. Quand je fais un album, c'est pour durer dans le temps. Donc des chansons qu'on peut écouter dans dix ans et plus avec le même plaisir.

• Tu disais, il y a un instant, que dans cet album, tu as beaucoup chanté l'amour. Mais, ce qu'on remarque, c'est que tu ne dis jamais " je t'aime " dans tes chansons.
Je suis comme ça. J'ai toujours pensé que quand on aime vraiment, on peut le dire autrement qu'en utilisant la formule consacrée.
• C'est pour ça que dans tes histoires d'amour tu es toujours la victime ?
- Ça ne sert à rien de dire "je suis heureux, tout va bien, on m'aime". Ça n'intéresse pas. D'ailleurs, d'après les sondages, la plus belle chanson d'amour, c'est "Ne me quitte pas". Où Jacques Brel pleure en disant à sa bien-aimée : " Laisse-moi devenir l'ombre de ton ombre, l'ombre de ton chien …"
Donc, tant qu'à chanter l'amour, autant ne pas se vanter d'être aimé. Il vaut mieux chanter les moments heureux des autres.
• …
- Mais, quand je le dis,ce n'est pas que dans toute ma vie d'amour, je n'ai que des malheurs ! Cependant, il y a des moments où on me tourne le dos, où on ne fait pas suffisamment attention à moi. C'est ce que je préfère chanter.
• Il arrive souvent que ta bien-aimée te laisse tomber ?
- Il n'y a que ça qui m'arrive. Tout le temps !! Je ne suis pas comme toi !...
• Pauvre de toi !
- (Rires) Oui, tu as raison, pauvre de moi !...
• Pourtant, tu as une belle réputation de collectionneur de femmes.
- Non ! Encore un grand mensonge sur moi.
De tout temps, à Abidjan, on ne m'a connu qu'un seul amour. Je ne dirai pas le nom ; ceux qui savent comprendront. Et pourtant, il n' y a que de belles femmes à Abidjan !...
• Quelle est pour toi la plus belle de tes chansons ?
- Oh !... Qu'est-ce que tu veux que je dise ? On me contredira si je dis le titre d'une chanson. Je ne fais pas les chansons pour moi. Je suis mal placé pour le dire. Je sais qu'il y a beaucoup de chansons, telles que Ngobila, Zéro faute, etc. Mais aujourd'hui, au Congo, la chanson la plus aimée, c'est Eputsha.
• Ton meilleur album ?
- Un album ? "Monde arabe". C'est l'album de Koffi Olomidé où je me suis investi le plus. C'est aussi celui que je suis à l'aise pour écouter. J'ai moins de reproches à lui faire.
• Dis, où est passé Béninko Zéro Faute ?
- Je me pose la même question depuis quelque temps. (Silence) Mais, à cet âge-là …
“Un jour, David Monsoh est venu avec une liste de noms et de l'argent”
• Comment ? Il a disparu ?
- Non, il n'a pas disparu ! Il est quelque part.
Tu sais, Béninko, c'est un homme à qui je dois beaucoup. Il a fait beaucoup pour moi, pour le Quartier Latin. Il est un musicien que je considèrerai toujours comme le plus grand guitariste du continent.
• Il était ton chef d'orchestre ?
- Béninko était bien plus que ça ! Pour moi, c'est un frère. On a passé du temps ensemble, à deux. Un album comme "Diva", on l'a fait à deux. Je me rappelle, on travaillait chez moi, dans la maison de mes parents. Il m'a beaucoup appris, musicalement.
“La moitié des noms que je cite sont des noms de gens que je ne connais pas”
• Alors pourquoi est-il parti ?
- Tous ceux qui étaient partis et qui sont revenus disent la même chose : ils ont été trompés. Lui (Béninko), je n'ai pas encore parlé avec lui. Mais les autres qui étaient allés former le groupe Académia, ils ont reconnu qu'ils ont été trompés. Les Dolce Parabolique, Bochi et autres sont en ce moment à Paris. Ils m'attendent.
Il faut dire aussi que Top Visages leur a monté la tête.
• Pourquoi Top Visages ?
- Attends ! quand je dis que c'est Top Visages, ce n'est pas pour te flatter. Vous avez un magazine majeur dans la planète musicale africaine. Même quand Top Visages parle de toi dans un entrefilet, dans les potins, c'est quelque chose ! Donc, en voyant ça, ils ont pensé qu'ils étaient devenus des super stars.
Mais, de toutes les façons, ceux qui ont servi le Quartier Latin auront toujours ma gratitude.