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Le Libanga, un phénomène qui résiste à l’usure du temps (Suite et fin)
Wednesday, 29.08.2007, 08:04pm (GMT)

La musique congolaise domine incontestablement l’arène musicale africaine à tel point que les musiciens d’autres pays ont rejoint leurs homologues congolais dans la pratique si controversée du « libanga ».

A chaque époque ses mœurs et ses fantaisies. Aujourd’hui, les musiciens qui ne vivent pas toujours de leurs oeuvres, chantent les louanges de leurs mécènes « ceux qui font que nous existons » comme ils aiment à le répéter. Cela va du diamantaire, désireux de voir célébrer sa fortune, a l’homme politique glouton en mal de pouvoir en passant par la femme d’affaires qui cherche à charmer des musiciens ou des débrouillards de tous bords vivant en Europe. Des dizaines voire plus dune centaine de noms peuvent être cités dans une même chanson. Le record revient à J B Mpiana qui a consacré un titre exclusivement au libanga dans « Lauréats »  de l’an 2000 » contenu dans l’album  «TH » (Toujours humble), cet artiste a aligné près de 200 noms. « C’est des Congolais vivant en Europe.

Ils nous gratifient de nombreux dons en habits, en voitures de luxe... », précise Roger Ngandu, l’attaché de presse du musicien.

Les dollars de la célébrité

Selon les témoignages, chaque nom cité dans un titre rapporterait de 200 à 300 dollars (ou euros). « Une chanson dédiée exclusivement à une personne, un diamantaire à un homme politique puissant, peut rapporter une jolie fortune, 1.000 dollars voire plus à son auteur- compositeur », révèle un musicien de Papa Wemba. Listé le plus de personnes possible est donc une opération hautement rentable. Par ailleurs, lors de l’enregistrement de son album « Tout le monde à la queue leu leu », le studio parisien de la star congolaise Werrason a été envahi par de nombreux Congolais. Chacun voulait placer son nom. «  Cela a créé un embouteillage et a beaucoup indisposé les techniciens », ont rapporté des chroniqueurs de la musique congolaise à Paris.

L’artiste lui-même a travaillé sous pression pour contenter tous ceux qui veulent entendre citer leurs noms. En Europe, des musiciens ont ainsi eu des démêlés avec certains de leurs compatriotes déçus de n’avoir pas retrouvé leurs noms dans un album alors qu’ils avaient payé. On comprend dès lors l’engouement que suscite la sortie de tout nouveau disque. Les uns, simples fans, se l’arrachent pour vibrer à son rythme les autres pour vérifier que leur nom a bien été repris... Mais ces litanies finissent par étouffer la musique jugée monotone et trop bruyante par la critique.

Le « Libanga » en kit complet

Actuellement, il ne suffit plus de prononcer le nom de la personne pour que celle-ci soit satisfaite.

De plus en plus des friands de cette pratique sont affublés, soit par eux mêmes soit par des musiciens, de surnoms pompeux et surréalistes. Ce qui a poussé l’artiste musicien JB Mpiana à estimer que le « libanga » devait se faire « en kit complet » pour qu’il conserve toute sa valeur.

A titre illustratif, l’on peut citer Serge Kasanda «  Fmi », Adam Bombole « Le grand saoudien » , JR Ikoli « Quai d’Orsay », Bianco Lukusa «  Petit mais costaud », Jean Marie Lukulansi « Eyadema 40 ans de pouvoir », Constant Omari « l’homme moderne » Dani Ndende «  Real de Madrid », Didi Kinuani « Le sauveur de l’humanité », José Kongolo Mibeko « Mère la loi », « Kongolo Fbi », Cardoso Muamba « Le Bill Gate congolais », Eric Tola « Empereur Hiro Hito », Patrick Bolonia « La couleur d’origine », Didier Ikoko « le parfum de marque », Laurène Smith « Jaune d’œuf », Laurent Lorenzo « Lenny Kravitz » Bado Martens « L’éléphant du Golfe » etc.

Internationalisation du libanga

La musique congolaise domine incontestablement l’arène musicale africaine à tel point que les musiciens d’autres pays ont rejoint leurs homologues congolais dans la pratique si controversée du « libanga ».

Actuellement, certains musiciens africains ont opté pour le « lancement », dans leurs chansons de certaines grandes personnalités de leur pays et de leurs connaissances.

C’est le cas de  notamment de l’artiste musicien Meiwey dans les chansons « Miss Lolo »  et « String ».

En outre tous les auteurs de chansons de style « Coupe décalé» une combinaison de la musique congolaise et ivoirienne sont entraînés dans ce phénomène.

Les propriétaires de certains établissements commerciaux profitent de cette aubaine que leur accordent les musiciens pour faire la publicité de leurs entreprises, dans les chansons ou pièces théâtrales, car elles touchent un grand nombre de personnes à travers le monde.

Boutiques d’habillement, salons de coiffure, entreprise de presse, etc. Tout y passe et tous les moyens sont bons pour s’offrir un peu de notoriété. A l’allure où vont les choses, certains analystes estiment que le «  Libanga » a encore de beaux jours devant lui.


Tshieke Bukasa et Dani Ndungidi/Uhuru/digitalcongo


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