Le dimanche 15 avril 2007, l'Asec et l'Africa sport se
livraient leur énième derby. Celui qui fut l'un des acteurs de ce PSG-OM, à
l'Ivoirienne se nomme Serges Alain Maguy. Que ce soit avec les Oyés ou les
Mimos, il a vécu ses moments intenses de sa carrière de footballeur. Et vint ce
contrat. De l'histoire d'un joueur évoluant dans le championnat ivoirien,
c'était le Jackpot. 320 millions de francs CFA. Transfuge de l'Africa Sports,
Maguy pose ses valises à l'Athlético de Madrid. L'aventure n'aura pas l'effet
escompté. L'ex-joueur de l'Africa est de retour au pays. Il signe à l'ASEC.
C'est le contre-pied parfait. Ayant pris rendez-vous avec le malheur, ce
come-back s'avère douloureux. Le gaucher de charme voit sa jambe fracturée. Et
depuis lors, ce virtuose du ballon rond s'est évanoui dans la nature. Evoluant
actuellement en Division 2, en Suisse, il a bien voulu nous accorder cet
entretien. C'était à Paris dans le 92. Une fois n'est pas coutume. Serges Alain
Maguy a décidé de rompre le silence. Et il n'y va pas par le dos de la cuillère.
Ça fait combien de temps déjà que tu ne t'es pas adressé à un
journaliste ivoirien ?
- Un bon moment. Je préfère rester dans mon
coin. Je n'aime pas les embrouilles.
Quelles sont les raisons profondes de ce silence ?
-
C'est par rapport aux gens. De nature, je ne suis pas bavard. Et puis, voilà, ce
qui est arrivé est arrivé. Cela pouvait arriver à une autre personne. Je mets
tout ça sur le compte de Dieu.
Qu'est-ce qui est arrivé au juste ?
- J'avais signé un
gros contrat à Madrid. Et les choses ne se sont pas passées comme il fallait.
J'ai eu des démêlés avec les dirigeants…
Ce sujet, tu en parles rarement. Mais on va essayer de le
décortiquer. Quelle est ta part de vérité.
- J'ai été berné par les
dirigeants de l'époque. Simplice De Messé Zinsou et sa famille. Ce sont eux qui
étaient à la base de ce contrat. Et moi, je n'étais au parfum de quoi que ce
soit. J'ai été naïf. J'étais plutôt heureux de mener une carrière en Europe.
Au-delà de ce que tu dis. Au chapitre des rumeurs. Il y a que sur le
plan occulte, des tours t'ont été joués.
- C'est archi-faux. Il n'y
avait rien de mystique. Le contrat avait été bien ficelé. J'étais super bien en
Espagne. J'ai été dupé par un gars qui s'appelle Simplice Zinsou. Le contrat a
été résilié, je ne sais pas pourquoi. Tout ce qui m'avait été dit à Abidjan,
avant de m'envoler pour l'Espagne, je n'ai rien vu de mes yeux. Même si on dit
que je suis maudit, je ne peux pas laisser un contrat de 320 millions en Europe,
et retourner jouer à l'ASEC en Côte d'Ivoire.
Excuse-moi d'être assez cru. Mais il aurait été question d'une
histoire d'homosexualité, qui a amené les dirigeants d'alors, à rompre ton
contrat.
- Il ne m'est jamais venu à l'esprit de m'adonner à de
telles pratiques. Je ne sais pas si les dirigeants le font. Cela n'a rien à
voir. Pas du tout.
Tu quittes Madrid, et de retour à Abidjan, tu vas signer
dans le camp adverse, l'ASEC. Pourquoi un tel agissement ?
- Si je
l'ai fait, c'était pour choquer M. Zinsou, et lui faire comprendre, que
l'argent, ce n'est rien. Il n'y a même pas eu de contrat entre moi et l'ASEC. Je
voulais juste faire mal au président Zinsou, et non à l'Africa Sports.
Avec du recul, si c'était à refaire…
- Avec quelqu'un
d'autre, j'allais reprendre tout à zéro.
Tu mets tout sur le compte de Dieu. Mais ces choses ne te
laissent-elles pas un arrière goût amer ?
- Ça a été un grand talent
gâché. Zinsou m'a foutu dans la merde. Mais tant que l'on vit, il y a de
l'espoir. Je regrette beaucoup. Mais la vie est faite ainsi.
Où en sont tes rapports avec Zinsou ?
- Je l'ai vu deux à
trois fois en Suisse. Mais, nous n'avons pas de rapports directs. Je l'évite au
maximum.
Vous n'avez pas eu à parler, de sorte à dissiper certains malentendus
?
- Je l'évite. Je ne veux avoir de contacts avec lui, ni avec sa
famille. Ils ont pris… ils ont pris… Je suis en vie. Je rends gloire à Dieu.
Malgré tout ce qu'ils ont, s'ils ont pris… je ne sais quoi dire.
Attends… quand tu dis, ils ont pris… C'est dire qu'ils ont empoché
les 320 millions, représentant le montant de ton contrat à l'Athlético Madrid
?
- Je n'ai reçu aucun centime. Vous pouvez aller le vérifier à
Madrid. Tous les contrats y sont. J'ai signé ce contrat en présence de M.
Vincent Zinsou. Le chèque lui a été remis, et après, je n'ai rien reçu. Jusqu'à
ce que le contrat soit résilié.
Tu n'as pas essayé de les ester en justice pour faire entendre raison
?
- A l'époque, j'étais très naïf. J'étais content d'être en Europe.
Et puis, au temps d'Houphouët, c'était des personnes intouchables. L'histoire
n'allait pas arriver loin. Au fait, le nœud gordien de l'histoire, c'est quand
j'ai commencé à réclamer mon argent, que les embrouilles se sont installées.
J'ai demandé s'il allait placer l'argent ou s'il m'avait payé une maison. Et
voilà. C'est à la suite de ces réclamations, qu'il y a eu des écarts. Jusqu'à ce
que la résiliation du contrat s'en suive.
C'est quand tu en as eu marre, que tu as quitté l'Espagne pour la
Côte d'Ivoire ?
- Oui. J'ai appelé Ouattara Hegaud, et je l'ai
informé que je venais à l'ASEC. Il n'était pas sûr. Ensuite, j'ai eu Me Roger
Ouegnin au téléphone. Il ne voulait même pas que je vienne. Mais j'ai insisté.
Et j'ai intégré l'équipe de l'ASEC, sans condition.
Ce contrat avec l'ASEC n'a pas fait long feu. Ensuite, l'on a appris
que tu évoluais au sein d'un club Suisse, avant que l'on ne te retrouve
aujourd'hui à Paris (ndlr : l'interview s'est réalisée à son domicile
parisien).
- Ça fait sept ans que j'évolue au sein d'un club Suisse.
Tout se passe bien. J'ai eu un malheur à l'ASEC. C'est Dieu qui l'a permis. Si
l'Africa voulait me faire du mal, il n'allait pas s'attaquer à ma jambe, mais
plutôt à ma vie. Je joue au club Chénois, en Suisse, en D2. Mon précédent club a
rendu le bilan. Je suis dans mon coin. Je mène ma petite vie. Tu es mon petit,
tu es bien, tu es gentil. C'est pourquoi je t'accorde cette interview, sinon
j'évite de m'ouvrir aux journaux. Pour moi, le passé, c'est le passé.
Ex-capitaine des Eléphants, avec l'émulation dans le milieu
footballistique ivoirien, on attend de voir Serges Alain Maguy jouer un rôle au
sein de l'encadrement technique. Alors, est-ce que tu y songes ?
-
Je suis en contact avec les dirigeants de la FIF. Ils m'ont demandé de fournir
un diplôme d'entraîneur, que je m'attèle à préparer. Kaba Koné ou Jacques
Anouman me fera appel. Je suis fier de la nouvelle génération. Et au moment
opportun, j'apporterai ma modeste expérience.
Que gardes-tu comme bons souvenirs dans ta carrière de Footballeur
?
- Sénégal 92, évidemment. Ensuite, j'ai été meilleur joueur de la
CAN 94. J'ai remporté pas mal de trophées. J'ai pratiquement tout eu.
Le Football étant aujourd'hui un véritable business. Le manque de
marketing autour de ta personne ne t'a-t-il pas joué un tour ?
L'on
est le résultat de son éducation. Moi, je n'ai jamais été bavard. Si je suis
dans mon coin, je sais pourquoi. Quand je jouais au haut niveau, j'accordais
rarement les interviews. Je parle maintenant parce que je n'ai plus peur de qui
que ce soit. J'ai perdu ma mère et mon père. Je me bats pour mes enfants. C'est
tout.
La pression médiatique au temps du contrat avec l'Athlético Madrid ne
t'a-t-elle pas porté préjudice ?
- Pas du tout. Tout avait été bien
planifié. En Espagne, j'ai livré de grands matches. J'ai participé à des derbys
contre le Real, le FC Barcelone. Moralement, j'étais forgé.
Quel regard jettes-tu sur la cuvée des Footballeurs de l'ère
Senégal 92 ?
- Nous ne sommes pas trop en contact. Mais ceux
dont j'ai les nouvelles ont leur modeste vie, qu'ils mènent en Europe. Par
contre, ceux qui sont à Abidjan, c'est la misère. Heureusement, Anouma Jacques
est arrivé pour donner un coup de pouce aux anciens joueurs. Je lui tire le
chapeau. Et je lui dis grand merci. Nous avons tout donné à la Côte d'Ivoire, et
si au soir de notre carrière, nous devons partir malheureux, ce n'est pas gai.
Quand tu vois les conditions dans lesquelles Miézan Pascal est décédé, tu te
dis, mais pourquoi tu as été Footballeur. J'ai tout donné à l'équipe nationale.
Je ne fais pas de fleur à Anouma Jacques parce que je veux intégrer l'équipe
nationale, mais le travail qu'il fait, est salutaire.
On te retrouve quand ?
- Cette année 2007 pourquoi pas.
Si je suis dans l'encadrement technique des Eléphants, on me verra aux bords des
stades. La Côte d'Ivoire, c'est mon pays. Je profite de votre lucarne pour dire
aux jeunes Footballeurs de mener leur vie comme ils l'entendent. Ne pas trop
écouter les gens. Que l'équipe nationale de Côte d'Ivoire continue de triompher
dans le monde entier. Que l'on évite les clans. Parce qu'en son temps, il y en
avait trop. Et cela freine l'avancement de l'équipe. Comme conseils, je leur
dis de se respecter. De ne pas rentrer dans les considérations, du genre, tel a
plus d'argent que un tel. Je ne fais pas la passe à celui-ci ou celui-là.
Quand tu parles de clans, à votre temps, quels sont ceux qui étaient
opposés ?
- Au Burkina Faso en 1998, chacun était dans son coin. Que
les jeunes de maintenant ne tombent pas dans ce même scénario. Qu'ils
sauvegardent la bonne ambiance.