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Serges Alain Maguy (Footballeur) : “Mes 320 millions à Madrid”
Friday, 18.05.2007, 09:20pm (GMT)

Le dimanche 15 avril 2007, l'Asec et l'Africa sport se livraient leur énième derby. Celui qui fut l'un des acteurs de ce PSG-OM, à l'Ivoirienne se nomme Serges Alain Maguy. Que ce soit avec les Oyés ou les Mimos, il a vécu ses moments intenses de sa carrière de footballeur. Et vint ce contrat. De l'histoire d'un joueur évoluant dans le championnat ivoirien, c'était le Jackpot. 320 millions de francs CFA. Transfuge de l'Africa Sports, Maguy pose ses valises à l'Athlético de Madrid. L'aventure n'aura pas l'effet escompté. L'ex-joueur de l'Africa est de retour au pays. Il signe à l'ASEC. C'est le contre-pied parfait. Ayant pris rendez-vous avec le malheur, ce come-back s'avère douloureux. Le gaucher de charme voit sa jambe fracturée. Et depuis lors, ce virtuose du ballon rond s'est évanoui dans la nature. Evoluant actuellement en Division 2, en Suisse, il a bien voulu nous accorder cet entretien. C'était à Paris dans le 92. Une fois n'est pas coutume. Serges Alain Maguy a décidé de rompre le silence. Et il n'y va pas par le dos de la cuillère.

Ça fait combien de temps déjà que tu ne t'es pas adressé à un journaliste ivoirien ?
- Un bon moment. Je préfère rester dans mon coin. Je n'aime pas les embrouilles.

Quelles sont les raisons profondes de ce silence ?
- C'est par rapport aux gens. De nature, je ne suis pas bavard. Et puis, voilà, ce qui est arrivé est arrivé. Cela pouvait arriver à une autre  personne. Je mets tout ça sur le compte de Dieu.

Qu'est-ce qui est arrivé au juste ?
- J'avais signé un gros contrat à Madrid. Et les choses ne se sont pas passées comme il fallait. J'ai eu des démêlés avec les dirigeants…

Ce sujet, tu en parles rarement. Mais on va essayer de le décortiquer. Quelle est ta part de vérité.
- J'ai été berné par les dirigeants de l'époque. Simplice De Messé Zinsou et sa famille. Ce sont eux qui étaient à la base de ce contrat. Et moi, je n'étais au parfum de quoi que ce soit. J'ai été naïf. J'étais plutôt heureux de mener une carrière en Europe.

Au-delà de ce que tu dis. Au chapitre des rumeurs. Il y a que sur le plan occulte, des tours t'ont été joués.
- C'est archi-faux. Il n'y avait rien de mystique. Le contrat avait été  bien ficelé. J'étais super bien en Espagne. J'ai été dupé par un gars qui s'appelle Simplice Zinsou. Le contrat a été résilié, je ne sais pas pourquoi. Tout ce qui m'avait été dit à Abidjan, avant de m'envoler pour l'Espagne, je n'ai rien vu de mes yeux. Même si on dit que je suis maudit, je ne peux pas laisser un contrat de 320 millions en Europe, et retourner jouer à l'ASEC en Côte d'Ivoire.

Excuse-moi d'être assez cru. Mais il aurait été question d'une histoire d'homosexualité, qui a amené les dirigeants d'alors, à rompre ton contrat.
-  Il ne m'est jamais venu à l'esprit de m'adonner à de telles pratiques. Je ne sais pas si les dirigeants le font. Cela n'a rien à voir. Pas du tout.

Tu quittes Madrid, et de retour à Abidjan, tu vas signer dans le camp adverse, l'ASEC. Pourquoi un tel agissement ?
- Si je l'ai fait, c'était pour choquer M. Zinsou, et lui faire comprendre, que l'argent, ce n'est rien. Il n'y a même pas eu de contrat entre moi et l'ASEC. Je voulais juste faire mal au président Zinsou, et non à l'Africa Sports.

Avec du recul, si c'était à refaire…
- Avec quelqu'un d'autre, j'allais reprendre tout à zéro.

Tu mets tout sur le compte de Dieu. Mais ces choses ne te laissent-elles pas un arrière goût amer ?
- Ça a été un grand talent gâché. Zinsou m'a foutu dans la merde. Mais tant que l'on vit, il y a de l'espoir. Je regrette beaucoup. Mais la vie est faite ainsi.

Où en sont tes rapports avec Zinsou ?
- Je l'ai vu deux à trois fois en Suisse. Mais, nous n'avons pas de rapports directs. Je l'évite au maximum.

Vous n'avez pas eu à parler, de sorte à dissiper certains malentendus ?
- Je l'évite. Je ne veux avoir de contacts avec lui, ni avec sa famille. Ils ont pris… ils ont pris… Je suis en vie. Je rends gloire à Dieu. Malgré tout ce qu'ils ont, s'ils ont pris… je ne sais quoi dire.

Attends… quand tu dis, ils ont pris… C'est dire qu'ils ont empoché les 320 millions, représentant le montant de ton contrat à l'Athlético Madrid ?
- Je n'ai reçu aucun centime. Vous pouvez aller le vérifier à Madrid. Tous les contrats y sont. J'ai signé ce contrat en présence de M. Vincent Zinsou. Le chèque lui a été remis, et après, je n'ai rien reçu. Jusqu'à ce que le contrat soit résilié.

Tu n'as pas essayé de les ester en justice pour faire entendre raison ?
- A l'époque, j'étais très naïf. J'étais content d'être en Europe. Et puis, au temps d'Houphouët, c'était des personnes intouchables. L'histoire n'allait pas arriver loin. Au fait, le nœud gordien de l'histoire, c'est quand j'ai commencé à réclamer mon argent, que les embrouilles se sont installées. J'ai demandé s'il allait placer l'argent ou s'il m'avait payé une maison. Et voilà. C'est à la suite de ces réclamations, qu'il y a eu des écarts. Jusqu'à ce que la résiliation du contrat s'en suive.

C'est quand tu en as eu marre, que tu as quitté l'Espagne pour la Côte d'Ivoire ?
- Oui. J'ai appelé Ouattara Hegaud, et je l'ai informé que je venais à l'ASEC. Il n'était pas sûr. Ensuite, j'ai eu Me Roger Ouegnin au téléphone. Il ne voulait même pas que je vienne. Mais j'ai insisté. Et j'ai intégré l'équipe de  l'ASEC, sans condition.

Ce contrat avec l'ASEC n'a pas fait long feu. Ensuite, l'on a appris que tu évoluais au sein d'un club Suisse, avant que l'on ne te retrouve aujourd'hui à Paris (ndlr : l'interview s'est réalisée à son domicile parisien).
- Ça fait sept ans que j'évolue au sein d'un club Suisse. Tout se passe bien. J'ai eu un malheur à l'ASEC. C'est Dieu qui l'a permis. Si l'Africa voulait me faire du mal, il n'allait pas s'attaquer à ma jambe, mais plutôt à ma vie. Je joue au club Chénois, en Suisse, en D2. Mon précédent club a rendu le bilan. Je suis dans mon coin. Je mène ma petite vie. Tu es mon petit, tu es bien, tu es gentil. C'est pourquoi je t'accorde cette interview, sinon j'évite de m'ouvrir aux journaux. Pour moi, le passé, c'est le passé.

Ex-capitaine des Eléphants, avec l'émulation dans le milieu footballistique ivoirien, on attend de voir Serges Alain Maguy jouer un rôle au sein de l'encadrement technique. Alors, est-ce que tu y songes ?
- Je suis en contact avec les dirigeants de la FIF. Ils m'ont demandé de fournir un diplôme d'entraîneur, que je m'attèle à préparer. Kaba Koné ou Jacques Anouman me fera appel. Je suis fier de la nouvelle génération. Et au moment opportun, j'apporterai ma modeste expérience.

Que gardes-tu comme bons souvenirs dans ta carrière de Footballeur ?
- Sénégal 92, évidemment. Ensuite, j'ai été meilleur joueur de la CAN 94. J'ai remporté pas mal de trophées. J'ai pratiquement tout eu.

Le Football étant aujourd'hui un véritable business. Le manque de marketing autour de ta personne ne t'a-t-il pas joué un tour ?
 L'on est le résultat de son éducation. Moi, je n'ai jamais été bavard. Si je suis dans mon coin, je sais pourquoi. Quand je jouais au haut niveau, j'accordais rarement les interviews. Je parle maintenant parce que je n'ai plus peur de qui que ce soit. J'ai perdu ma mère et mon père. Je me bats pour mes enfants. C'est tout.

La pression médiatique au temps du contrat avec l'Athlético Madrid ne t'a-t-elle pas porté préjudice ?
- Pas du tout. Tout avait été bien planifié. En Espagne, j'ai livré de grands matches. J'ai participé à des derbys contre le Real, le FC Barcelone. Moralement, j'étais forgé.

Quel regard jettes-tu sur la cuvée des Footballeurs de l'ère Senégal 92 ?
- Nous ne sommes pas trop en contact. Mais ceux dont j'ai les nouvelles ont leur modeste vie, qu'ils mènent en Europe. Par contre, ceux qui sont à Abidjan, c'est la misère. Heureusement, Anouma Jacques est arrivé pour donner un coup de pouce aux anciens joueurs. Je lui tire le chapeau. Et je lui dis grand merci. Nous avons tout donné à la Côte d'Ivoire, et si au soir de notre carrière, nous devons partir malheureux, ce n'est pas gai. Quand tu vois les conditions dans lesquelles Miézan Pascal est décédé, tu te dis, mais pourquoi tu as été Footballeur. J'ai tout donné à l'équipe nationale. Je ne fais pas de fleur à Anouma Jacques parce que je veux intégrer l'équipe nationale, mais le travail qu'il fait, est salutaire.

On te retrouve quand ?
- Cette année 2007 pourquoi pas. Si je suis dans l'encadrement technique des Eléphants, on me verra aux bords des stades. La Côte d'Ivoire, c'est mon pays. Je profite de votre lucarne pour dire aux jeunes Footballeurs de mener leur vie comme ils l'entendent. Ne pas trop écouter les gens. Que l'équipe nationale de Côte d'Ivoire continue de triompher dans le monde entier. Que l'on évite les clans. Parce qu'en son temps, il y en avait  trop. Et cela freine l'avancement de l'équipe. Comme conseils, je leur dis de se respecter. De ne pas rentrer dans les considérations, du genre, tel a plus d'argent que un tel. Je ne fais pas la passe à celui-ci ou celui-là.

Quand tu parles de clans, à votre temps, quels sont ceux qui étaient opposés ?
- Au Burkina Faso en 1998, chacun était dans son coin. Que les jeunes de maintenant ne tombent pas dans ce même scénario. Qu'ils sauvegardent la bonne ambiance.

Guillaume Vergès, prestige mag


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