Le Togolais d'Arsenal Emmanuel Adebayor est aujourd'hui considéré comme l'un des meilleurs attaquants africains.
A seulement 21 ans, il est l'un des
meilleurs joueurs d'Afrique. L'attaquant Emmanuel Adebayor s'exprime
sur la sélection du Togo, son club actuel, Arsenal, ses objectifs et
explique pourquoi il envisage de bientôt mettre un terme à sa carrière
internationale.
Comment vit-on avec la responsabilité d'être le meilleur joueur du Togo ?
Je suis heureux et fier d'avoir cette responsabilité.
Quand j'étais plus jeune, j'avais des idoles : Nwankwo Kanu, Abedi Pelé
et Kalusha Bwalya. Ils étaient ceux que je souhaitais copier et je suis
heureux d'être où je suis aujourd'hui. J'adore la façon dont mes
compatriotes m'ont montré leur affection pour ce que je fais. Quand
vous pensez que je n'ai que 21 ans et que j'ai tellement de chance
d'avoir déjà disputé une Coupe du Monde, la Coupe d'Afrique des Nations
et une finale de Ligue des Champions de l'UEFA. Je ne pourrais être
plus satisfait de la direction que prend ma carrière.
Si on vous avait dit quand vous jouiez dans les rues de Lomé que vous accompliriez tout cela, l'auriez-vous cru ?
A vrai dire, si l'on m'avait dit il y a cinq ans que
j'atteindrais ce niveau, je ne l'aurais pas cru. Pour moi et mes amis,
qui avons regardé jouer Dennis Bergkamp et Nwankwo Kanu à la
télévision, c'était un rêve d'être comme eux. Mais aujourd'hui, je joue
à Arsenal, j'ai beaucoup de choses à prouver et je vais montrer ce dont
je suis capable.
Votre physique et votre style de jeu ont été comparés à ceux de votre idole, Kanu...
C'est vrai. Les gens me disent toujours que je joue comme lui. En fait,
j'ai été surnommé Kanu au début de ma carrière. Mais cela ne me gênait
pas parce que j'étais fier d'être comparé à lui. Je ne dis pas cela
parce que je suis à Arsenal, mais Kanu a été mon héros et le restera
jusqu'à la fin de ma carrière.
Vous êtes
jeune, mais vous semblez porter les espoirs de tout votre pays lorsque
vous jouez pour le Togo. Comment gérez-vous la situation ?
Je remercie Dieu de me donner la faculté de gérer cette
situation mais je dois dire que j'ai beaucoup de soutien de la part de
mes coéquipiers et du staff. Je suis fier de représenter mon pays et je
suis conscient de devoir donner mon meilleur à chaque fois. Il est
important que notre peuple soit heureux lorsque les gens nous voient
défendre l'honneur du Togo.
Vos parents viennent de l'Etat d'Osun au Nigeria. Aviez-vous envisagé pouvoir jouer pour les Super Eagles ?
Bien sûr ! Quand j'étais plus jeune, j'ai pensé jouer
pour le Nigeria. J'ai aussi joué au football au Ghana, quand j'y allais
à l'école. Mais lorsque j'étais en France, j'ai été appelé en sélection
nationale du Togo à 16 ans et j'ai décidé d'accepter. Je savais qu'il
serait difficile pour moi d'être sélectionné pour le Nigeria, j'aurais
dû jouer à un très haut niveau car la compétition est rude en raison
des nombreux joueurs qui évoluent en Europe. Mais au Togo, les chances
sont plus grandes pour un jeune joueur évoluant en Europe, même s'il ne
joue pas dans un grand club. Dans tous les cas, j'ai grandi au Togo,
donc je ne regrette pas ma décision de porter ses couleurs.
Racontez-nous
comment vous êtes tombé amoureux du football, lorsque vous jouiez avec
vos amis et votre famille dans les rues de Lomé. Quels souvenirs
gardez-vous de cette époque ?
J'ai tellement de bons souvenirs, notamment avec mon
frère aîné. Nous jouions beaucoup dans des compétitions de football de
rue, dont je finissais souvent meilleur joueur, ce dont je suis
toujours fier. J'avais un tel amour pour le football que je faisais
l'école buissonnière pour jouer au foot. Le matin, je mettais mon
uniforme et prétendais me rendre à l'école. Mais finalement, je jouais
toutes sortes de tournois au Ghana, à Aflao (une ville à la frontière
togolaise) ou ailleurs. J'avais le football dans la peau et il n'y
avait rien à faire.
Vos parents n'étaient certainement pas satisfaits de votre attitude par rapport à l'école...
Lorsque mes parents me prenaient à sécher les cours, ils me punissaient
sévèrement. Mais ils ont arrêté de me frapper lorsqu'ils se sont rendus
compte que rien ne me ferait changer d'attitude. Quand j'ai dit à ma
mère que je n'avais rien à faire à l'école, elle n'était pas contente
mais elle a fini par comprendre ma décision de me concentrer sur le
football. Mon père n'a pas été si facile à convaincre. Mais lorsque
j'ai été invité à jouer pour la sélection nationale des moins de quinze
ans, ils ont plus facilement accepté ma décision.
Lors de la
dernière Coupe d'Afrique des Nations en Egypte, vous vous êtes disputé
avec Stephen Keshi, votre ancien sélectionneur, en raison de sa
décision de vous laisser sur le banc pour quelques matches. Lorsque
vous repensez à votre comportement, croyez-vous avoir eu une conduite
professionnelle ?
Ce qui s'est passé lors de la CAN est de l'histoire
ancienne. Mais lorsque j'y pense, je me dis que je suis mal comporté en
ne respectant pas sa décision. Je suis un joueur et je dois accepter
les décisions du sélectionneur. Mais je voulais tellement jouer et
prouver que je faisais partie des meilleurs joueurs africains. Notre
performance générale a été décevante et j'espère que nous ferons mieux
en 2008 au Ghana. Keshi est comme un grand frère pour moi. En tout cas,
il était plus qu'un simple coach. Ce sera toujours un plaisir de
prendre de ses nouvelles.
La
qualification du Togo pour la Coupe du Monde de la FIFA 2006 a été
historique, mais ne pensez-vous pas que le comportement de votre équipe
en coulisses a porté préjudice à l'image de votre pays et au football
africain ? Le litige financier entre les joueurs et votre fédération
était tout de même gênant...
Cela a été une période difficile pour moi et je
regrette ce qui s'est passé. Un joueur participant à la Coupe du Monde
veut montrer ses qualités et représenter l'Afrique avec fierté, pas se
disputer pour des questions d'argent avec la fédération. Mais c'est le
football et nous devons passer à autre chose.
Pensez-vous
que les joueurs pourraient être de nouveau poussés à avoir recours à
des mesures extrêmes pour recevoir l'argent qui leur est dû par la
fédération ?
Ce qui s'est passé a été malheureux, mais nos actions
(menace de boycott du match du groupe G contre la Suisse) ont forcé les
gens à réaliser que les choses doivent changer au Togo.
En regardant
comment le football est géré au Togo, pensez-vous que votre équipe
pourra bâtir sur les fondations de ce que vous avez déjà accompli ?
Je l'espère. Nous avons de bons joueurs malgré les
problèmes administratifs. C'est difficile, mais avec de la
détermination, nous pouvons accomplir de grandes choses.
Le
changement constant de sélectionneur au Togo doit être inquiétant.
L'équipe en a eu trois en un an. Votre pays peut-il progresser ainsi ?
Evidemment pas, mais nous sommes des joueurs
professionnels et nous devons mettre de côté les problèmes au sein de
la fédération. Il est difficile de bien jouer lorsque l'on ne sait pas
à long terme qui sera le sélectionneur ou quelle sera la situation à la
fédération.
Ne pourriez-vous pas influencer la façon dont le football est géré dans votre pays ?
Si, mais je ne sais pas vraiment comment. Si l'on me demande des idées,
je leur en donnerai. Mais si les choses ne s'améliorent pas dans les
six prochains mois, je pourrais abandonner ma carrière internationale.
C'est une décision importante...
Oui. Mais je dois penser à moi en premier lieu même si j'attache une
grande importance à la sélection. Je suis prêt à tout donner à mon
pays, mais si la fédération n'est pas capable de s'organiser
correctement, je serai contraint de prendre la meilleure décision pour
ma vie.
Quelle importance revêt une bonne performance de l'Afrique lors de la Coupe du Monde de la FIFA 2010 en Afrique du Sud ?
C'est l'occasion rêvée pour qu'une équipe africaine atteigne les demi-finales. C'est maintenant ou jamais.
Votre premier club européen a été le FC
Metz, à un très jeune âge. Comment avez-vous vécu le changement
d'environnement et l'absence de soutien familial ?
C'était difficile. Je suis arrivé en octobre et il
faisait très froid. Ndiaye, un joueur sénégalais, m'a donné des
vêtements chauds ou j'aurais pu mourir de froid. Un matin, j'en avais
tellement assez du temps que j'ai dit à l'entraîneur que je ne voulais
plus vivre en Europe et que je voulais rentrer chez moi. Je ne sentais
plus mes mains ni mes pieds. Il m'a simplement dit que j'étais maître
de mon destin et que je devais décider si je voulais rester ou partir.
De retour dans ma chambre, après quelques pleurs, j'ai réalisé que
j'avais une occasion en or de faire quelque chose de ma vie et que je
ne pouvais pas me permettre de tout gâcher.
Vous avez
entre autres été impliqué dans un accident de la route controversé
lorsque vous étiez en France, ce qui a donné à beaucoup l'impression
que vous étiez une personne à problèmes. Est-ce justifié de dire cela
de votre personnalité ?
Je conduisais de Monaco à Metz, ce qui constitue une
dizaine d'heures en voiture. J'aurais dû prendre l'avion. J'ai de la
chance d'être encore en vie pour en parler mais parfois, les jeunes
doivent connaître certaines expériences afin d'en tirer les leçons de
la vie...
Beaucoup pensent que vous êtes une personne difficile qui n'a pas de respect pour l'autorité...
Je suis comme je suis. Je dis ce que je pense. Je
respecte ceux qui ont du respect pour eux-mêmes. Les autres n'auront
pas mon respect. Seuls ceux qui me connaissent peuvent me juger. Malgré
mes différents avec Keshi, il ne dirait jamais de mal de moi. Il sait
quel genre de personne je suis : un mec cool qui aime rire et veut
profiter de la vie. Voilà ce que je suis.
Vous avez
marqué dès votre premier match sous les couleurs d'Arsenal mais être
titulaire est plus difficile. Cela vous contrarie-t-il ?
Ce n'est pas facile mais la compétition fait partie du
jeu. J'ai connu cette situation à Metz et Monaco et c'est la même chose
ici. Avec des joueurs du calibre de Robin van Persie et Thierry Henry,
il sera toujours difficile d'être titulaire. Henry n'est pas devenu une
star du jour au lendemain. Je dois travailler et écouter l'entraîneur,
et je sais qu'avec le temps je deviendrai l'un des meilleurs joueurs du
club.
Arsenal
compte de nombreux jeunes dans ses rangs. Pensez-vous que l'équipe
puisse devenir redoutable au point de dominer la Premier League ?
Je pense que d'ici deux saisons, nous serons irrésistibles. Avec des gars si talentueux qu'Emmanuel
Eboué, Cesc Fabregas, Johan Djourou et Theo Walcott, nous sommes l'avenir du football de clubs anglais.
Maintenant
que vous avez connu le succès dans le football, vous rencontrez
sûrement de nombreuses personnes qui tentent de profiter de vous.
Est-ce difficile de rester humble lorsque vous êtes constamment
félicité ?
Je sais que certaines personnes autour de moi sont là
en raison de mon métier et de ce que j'ai. C'est difficile de savoir si
une personne m'apprécie vraiment pour ce que je suis. La seule chose
que je puisse faire, c'est de me conduire le mieux possible, parce que
sinon, je le paierai cher dans les prochaines années.
Vous avez de nombreuses années devant
vous dans le football, mais avez-vous réfléchi à ce que vous aimeriez
faire quand vous ne jouerez plus ?
Je tente de me créer une situation afin d'être sûr de
pouvoir profiter de mes enfants lorsque je ne jouerai plus. J'aimerais
aider les joueurs africains à réaliser leur rêve de jouer en Europe.
Mais je ne serai jamais entraîneur... C'est un métier difficile et je
ne voudrais pas de la responsabilité qui va avec. Je préfèrerais suivre
le jeu en tant que spectateur quand j'arrêterai.
Nom : Emmanuel Sheyi Adebayor
Né le : 26 février 1985 à Lomé (Togo).
Nationalité : togolaise
Taille : 1,90 m
Poids : 75 kg
Poste : attaquant
Clubs : 1999-2003 : FC Metz (France). 2003-2006 : AS Monaco (France). Depuis février 2006 : Arsenal (Angleterre).
Palmarès : 2004 : finaliste de la Ligue des Champions de l'UEFA. 2006 :
participation à la Coupe du Monde de la FIFA en Allemagne (meilleur
buteur des éliminatoires de la CAF avec 11 buts) et à la Coupe
d'Afrique des Nations en Egypte. 32 sélections et 12 buts pour le Togo.
Etat au 10 novembre 2006