Un féroce derby avec une place en demi-finale de la FA Cup en jeu et
les passions du football locales sont à leur paroxysme. Mais quand le
Chelsea FC recevra le Tottenham Hotspur FC dimanche, Londres ne sera
pas la seule ville divisée par ses fidèles. A Abidjan, capitale de la
Côte-d'Ivoire, les fans aussi seront partagés entre deux géants
londoniens pris dans la bataille.
Des amis réunis
Sur
les pas de Kolo Touré, Emmanuel Eboué, Salomon Kalou et Didier Drogba,
Didier Zokora est devenu le cinquième international ivoirien à intégrer
la Premiership dans la capitale britannique, quand il a signé pour
Tottenham au départ de l'AS Saint-Etienne l'été dernier. Les derbys
londoniens sont depuis devenus des réunions pour l'élite ivoirienne et
Zokora a hâte de retrouver son vieil ami Drogba. "Chaque fois qu'on a
un match, la veille, on discute au téléphone et on se charrie, genre
'on va gagner, je vais marquer deux ou trois buts'", a confié le milieu
de terrain à uefa.com. "C'est marrant. Mais sur le terrain, je ne le
connais plus. C'est Tottenham contre Chelsea. Il risque de me tirer le
maillot sur un corner pour me mettre la pression, mais c'est rien de
sérieux, on rigole."
"Le meilleur est à venir"
Zokora
sourit, heureux de partager la blague. Il profite de la vie à
Tottenham, même si, pour lui, les fans des Spurs n'ont pas encore vu
tout ce dont il est capable. Parce que sa forme a eu des hauts et des
bas et il a souffert de la malaria alors qu'il trouvait ses marques
dans le championnat anglais. "Le meilleur est à venir", dit-il. "On ne
peut pas s'évaluer après deux ou trois bons matches, il faut aussi être
régulier. Ça joue tellement plus vite que dans le championnat que j'ai
connu en France. Quand on n'a pas l'habitude de cette cadence, ça peut
être dur de s'adapter."
"Bien installé"
Et
c'est là que les connexions ivoiriennes entrent en jeu. Il s'est très
facilement adapté à la vie anglaise, comparé au passage de l'Afrique à
l'Europe, quand il a signé au KRC Genk au départ de la célèbre académie
de l'ASEC Mimosa à Abidjan, il y a six ans. "J'étais seul, j'avais 18
ou 19 ans, je ne connaissais personne. Cette fois, j'ai eu des amis qui
m'ont aidé ici. J'ai demandé à Drogba et à Kolo Touré ce qu'ils en
pensaient et ils avaient une très bonne opinion de Tottenham et de la
ville. Ils m'ont aussi aidé à m'adapter au championnat anglais. Là, je
me sens très bien, j'ai l'impression de m'être bien installé ici. On
joue bien et j'espère que ça va continuer."
Le défi
Les
fans de Tottenham sont du même avis. En FA Cup, le club s'est illustré
et les soirées européennes illuminent à nouveau White Hart Lane.
"Tottenham est un grand habitué de la Coupe UEFA et on aimerait que le
club renoue avec le trophée. C'est un important défi pour nous et on
fait tout pour le gagner. Quand on joue devant un stade plein, on veut
faire ses preuves et on donne tout ce qu'on a." Et Zokora a l'habitude
des feux de la rampe. Ses performances en Coupe du Monde de la FIFA ont
convaincu Tottenham de débourser 12 M€ pour lui et lui ont permis de
décrocher une place dans l'équipe africaine de l'année. On ne peut
pourtant pas dire que l'année a été facile pour ce joueur de 26 ans.
Clairement considéré comme remplaçant de Michael Carrick, celui qu'on
surnomme le Maestro a dû endosser un rôle défensif plus en profondeur.
Il y a aussi eu l'incident contre le Portsmouth FC. Cela dit, Zokora a
mis ça derrière lui. "Je ne suis pas un tricheur", conclut-il.
La fierté des siens
Zokora
sait qu'il est important de profiter de la chance qui lui a été
offerte. Son frère Armando s'est noyé et il porte son nom tatoué sur
son bras, rappel de la fragilité de l'existence. Zokora maintient un
contact étroit avec l'ASEC Mimosa et il fait tout pour que la
génération suivante profite des mêmes occasions qui ont été les
siennes. "J'y retourne tout le temps pour dire bonjour. Ils sont fiers
de nous. Tout le monde devrait avoir les mêmes chances. Dès que je peux
aider un autre joueur africain, je le fais avec plaisir."
Des fans divisés
Dans
un même temps, Zokora est un étendard de Tottenham. "Quand je retourne
à Abidjan, j'emmène une trentaine de maillots de Tottenham pour les
offrir. Mes amis sont heureux de porter le maillot Zokora de Tottenham,
c'est le plus beau cadeau que je peux ramener." Certains de ses
collègues londoniens pourraient ne pas être d'accord. Zokora le
reconnaît : "On soutient un club et un homme. Les fans de Zokora
soutiennent Tottenham, ceux de Kolo et Eboué soutiennent Arsenal, ceux
de Chelsea suivent Drogba, donc Abidjan est divisée en trois parties."
Et si Zokora aide Tottenham à venir à bout de Drogba dimanche puis à
éliminer le SC Braga en Coupe UEFA, il risque de devoir remplir plus
d'une valise de maillots, pour sa prochaine visite au pays.