A Saint-Etienne, il est le maître à jouer
des Verts. Au Sily National, la sélection de football de Guinée, on
l’appelle “Président”. De passage à Abidjan, récemment, avec l’équipe
guinéenne, Pascal Feindouno a bien voulu causer à Top Visages.
• Te souviens-tu de ton enfance ?
- Mon enfance a été un peu difficile comme tous les autres enfants
africains. Au départ, il n’y avait pas de centre de formation. On
jouait comme ça dans les rues, à Conakry. C’était vraiment difficile
pour nous. On voyait les autres enfants de l’étranger sur les chaînes
de télévision jouer sur une bonne pelouse. Alors que nous, c’était sur
un terrain nu. Mais on faisait avec. C’est la vie, hein ! Mon premier
club à Conakry : Les Hirondelles de Conakry. Après, ça a été au CIK
(club industriel de Kamsar). De là, j’ai été sélectionné en équipe
nationale cadette. • Comment le foot est arrivé dans ta vie ?
- C’est avec mon père, Feindouno Jean Lamanté, ancien footballeur
(gardien de but) que j’ai appris à aimer le football. Et puis, chaque
fois, on me disait que j’avais une famille de footballeurs. Parce qu’un
de mes frères joue à Lens, sans oublier les autres qui sont dans les
petits clubs.
• Quels sont tes objectifs, cette saison, avec Saint-Etienne ?
- Notre objectif, c’est d’être parmi les cinq premiers. On sait que ce
n’est pas de tout repos. Au début de la saison, on avait bien commencé.
Je crois qu’il y a encore des réglages à faire. A cause surtout de
l’arrivée des nouveaux. Il nous faudra attendre un peu pour que
l’équipe puisse tourner à plein régime. De toute façon, j’ai confiance
en l’équipe. Parce qu’elle est jeune.
• Qui es-tu hors des stades ?
- Je suis toujours le même Pascal Feindouno. Je ne change pas. C’est
vrai que sur le terrain, c’est le boulot. C’est différent. Il faut se
donner. Mais au-delà, je reste moi-même, quoi ! Je ne fais pas la
grosse tête, je respecte tout le monde. Du plus petit au plus grand.
…
- Hors des stades, je reste avec ma famille, mes parents. A part ça,
avec mes amis, je vais jouer au basket-ball. Je vais aussi à la plage.
J’aime bien chanter, rigoler, danser.
• Feindouno chanteur, un jour?
- Peut-être ! Pourquoi pas ? Déjà, j’ai chanté sur un disque de 3
titres en France, il y a un an et demi aujourd’hui. Le titre de cet
album : «Un cœur. Une main» (il parle du contraste). C’est en compagnie
de mes amis de Bordeaux, des chanteurs, qui m’ont appelé pour qu’on le
fasse ensemble.
• Tu comptes continuer plus tard ?
- Je ne sais pas encore. Pour le moment, c’est un point d’interrogation
! Sinon, j’aime bien chanter. Je voudrais aussi dire que je connais le
«coupé-décalé» depuis longtemps. Je le danse facilement. J’ai des amis
ivoiriens Chico, Zokora, Didier Drogba… qui m’ont initié.
• Tu connais beaucoup de joueurs ivoiriens ?
- Je connais à peu près tout le monde. Parce qu’on se rencontre parfois
à Paris ou ailleurs et on discute en famille. Souvent, c’est au cours
des matches amicaux, en sélection ou dans nos clubs respectifs. Quand
Zokora était à Saint-Etienne, on partageait, au vert, la même chambre
d’hôtel. Maintenant, j’ai Siaka Tiéné. Je suis donc un peu ivoirien,
quoi ! (rires) !
• Didier Drogba ?
- Oui ! Je le connais bien. Il m’appelle : Président. Comme m’appelle
tout le monde dans l’équipe nationale de la Guinée. Parce que je suis
le capitaine. Dans le groupe, quand je ne suis pas là, il n’y a pas
trop d’ambiance. La preuve, je ne suis pas arrivé à Abidjan en même
temps que les autres joueurs. Je ne les ai retrouvés que le mardi soir.
C’était la joie, le fête. Ça a ravivé l’ambiance. Ils étaient tous
contents de me voir.
• Qu’est-ce qui vous rapproche, Didier et toi ?
- On a un ami commun : Mohamed Sylla. Il est aussi en équipe nationale
de la Guinée. C’est à travers lui qu’on se voit de temps en temps.
• Revenons encore à la musique. Quelle est ta musique préférée ?
- En ce moment, c’est le «coupé- décalé» qui domine, hein ! (rires) En
France, je danse ça toujours. J’ai des CD. Pas piratés. Mais origuigui
! (rires)
• Côté cuisine, quel est ton plat préféré ?
- Le riz avec la sauce feuille guinéenne. Sinon, j’ai découvert avec délices l’attiéké au poisson, l’alloco à Abidjan.
• Dans l’avion, il paraît-il que tu refuses de manger. Pourquoi ?
- Je mange un peu seulement. Parce que j’ai peur de l’avion. Je crie fort quand il y a des trous d’air.
• Si le football n’existait pas. Quel sport ferais-tu ?
- Peut-être le basket, avec ma petite taille. Parce que le basket, c’est physique. Tout comme le football.
• Quel est ton principal défaut ?
- L’oubli. J’oublie parfois de rappeler les gens quand on me laisse des
messages. J’oublie parce que mon téléphone sonne toujours. Je ne peux
pas quantifier le nombre de coups de fil que je reçois par jour.
• Généralement, que disent les messages que tu reçois ?
- Souvent, il s’agit des messages sur le football. Il y a aussi des
filles qui m’appellent. Mais c’est juste pour avoir de mes nouvelles.
• Comment réagit ton épouse face aux multiples appels des filles que tu reçois ?
- Apparemment, elle n’est pas jalouse. Mais je sais que les femmes le
sont. Il faut aussi dire que quand les femmes sont très amoureuses,
elles deviennent dangereuses.
• Ton épouse a-t-elle découvert un jour, un de tes nombreux appels de femmes ?
- Un jour, cela est arrivé. Parce qu’une fille avec qui j’avais rompu
depuis longtemps m’a appelé. Mon épouse a découvert ça. Elle m’a
attrapé, quoi ! En tout cas, elle n’a pas apprécié. Ça a fait des
histoires. Mais finalement , elle s’est maîtrisée. Elle a géré le
problème ! En disant que ce qui est passé, est passé.
• Quelles sont les dispositions d’avant-match que tu prends pour un meilleur rendement ?
- Comme chaque fois, on entre au vert la veille, il est donc interdit
d’être avec une femme. Je ne touche à rien. Je ne peux pas. Si je
pouvais, je le ferais avec mon épouse. Pour être bien moralement.
Sinon, j’écoute la musique dans les vestiaires pour me décontracter.
• On dit aussi que aller parfois avec sa femme avant un match motive. Est-ce ton cas ?
- Oui ! C’est mon cas. Quand je suis sur place à la maison avec elle .
Avant d’aller au vert. C’est mon épouse. Un petit «au revoir» quand
même, pour être bien dans la tête, ce n’est pas mauvais ! Ça galvanise
! Et c’est normal ! Mais quand je suis en déplacement, ce n’est pas
possible. C’est interdit. Je ne le fais pas.
• Vas-tu souvent au village ?
- Je suis allé une fois pour trois jours. C’était à l’occasion d’un
match de championnat. J’étais encore en Guinée. J’avais profité de
cette circonstance pour voir ma famille. Je ne connaissais pas tout le
monde. J’étais heureux. J’avais rencontré des amis d’enfance. Au
village, je suis avec tout le monde. Mais j’aime bien rester avec les
vieux. Parce qu’ils donnent des conseils. Ils sont source de sagesse.