Un échange Eto'o - Drogba ? Thursday, 17.05.2007, 05:42pm (GMT)
Samuel Eto'o troquera-t-il le maillot du Barça pour celui de Chelsea ? Didier Drogba effectuera-t-il le chemin inverse ? A l'heure où le monde du football bruisse de toutes les rumeurs y compris les plus folles et les plus incroyables, il faut le savoir, tout est possible. Mais les informations les plus sûres se révèlent souvent les moins sûres. Excitation paroxystique, assertions définitives, certitudes plus que certaines, surenchère médiatique. Le marché des transferts donne lieu chaque année à un formidable poker menteur où, à tour de rôle, les acteurs passent du statut de manipulateurs à celui de manipulés. C’est le monde du silence savamment orchestré, des chuchotements, des vraies rumeurs, des fausses confidences, des propos fermes et définitifs souvent démentis par les faits. Tous les échafaudages sont possibles, même les plus invraisemblables. A l’arrivée, c’est toujours le pouvoir financier qui tranche. Didier Drogba à l’été 2004 était intransférable. Le président de l’Olympique de Marseille l’avait clamé haut et fort. « Pas question de le laisser partir ». Deux années plus tard, même scénario à propos de celui qui, à l’époque, portait les couleurs de l’Olympique Lyonnais, Michael Essien. Intransférable est un adjectif qui n’existe pas dans le langage du football. D’ailleurs vous ne le trouverez pas dans les dictionnaires. Il a été inventé pour servir les intérêts d’un milieu où compte d’abord la puissance présumée des clubs. Les plus gros font leur marché à la recherche soit de la perle rare, soit de la valeur confirmée qu’il faut arracher aux autres prédateurs. C’est un combat sans merci auquel se livrent les clubs, leurs dirigeants, les intermédiaires incontournables que sont les agents. Les joueurs sont certes consultés, souvent en dernier, même s’ils ont leur mot à dire. Des offres qui ne se refusent pas International français très en vue depuis deux saisons, Florent Malouda ne fait pas mystère de sa position : " je n’ai pas décidé de partir. Je ne suis pas malheureux à Lyon, mais quand on vous propose une évolution dans votre carrière, ce serait mentir de dire qu’on reste insensible. J’ai beaucoup travaillé pour ça et on se demande si certaines opportunités se représenteront à l’avenir. Il y a des offres qui ne se refusent pas ". ce discours pourrait être celui de tous ceux qui, arrivés à un certain niveau, rêvent à leur tour de la reconnaissance accordée à ceux qui crèvent les plafonds salariaux. Leur choix, disent-ils régulièrement, est un choix sportif. Pourtant nombreux sont ceux qui, ayant fait le choix du départ, déchantent rapidement et se retrouvent régulièrement sur le banc de touche dans leur nouvelle équipe. Mais ils sont grassement payés. Comme leurs agents qui perçoivent la récompense de leurs efforts à chaque fois que le joueur qu’ils ont sous contrat fait mouvement. Personnages constamment en mouvement, oreille vissée au téléphone mobile, adeptes inconditionnels du secret, ils travaillent à longueur d’année à l’affût des bonnes affaires. S’ils vous lâchent une piste, vous avez tout intérêt à ne leur accorder qu’un crédit limité. Surtout quand vous êtes journaliste. Le journaliste est une proie facile. Il court derrière l’info que les uns ou les autres veulent bien lui refiler. Sans toujours en prendre conscience, il est le maillon faible. Avide du scoop qui crédibilisera le media auquel il appartient. Et même lorsqu’il entretient des relations – même complices – avec tel ou tel joueur de ce poker menteur - il doit savoir qu’il ne sera, si nécessaire qu’un vulgaire pion. La prudence est la règle. Ainsi un joueur qui a envie de quitter son club ou, tout simplement d’être augmenté glissera à l’oreille de son copain journaliste : " oui, j’ai des contacts avec telle équipe, mais surtout, c’est entre nous, tu ne l’écris pas, tu ne le répètes pas. Quand l’affaire sera conclue, tu seras le premier au courant " ; Sous-entendu, écris-le, dis-le. Le " moins on en dira, mieux ça vaut " est un leurre, un gros hameçon auquel mordent volontiers ceux qui partent à la pêche au gros. Les dirigeants décident Les dirigeants des clubs sont les premiers artilleurs de ce jeu très vicié. Parfois ils vous entraînent sur des pistes hautement improbables, affirmant qu’il s’agit de leur priorité, pour mieux viser la bonne cible dont rien ne laisse entendre que la proie c’est elle. Embrouiller le concurrent, plus sûrement l’adversaire, pour le pousser à l’erreur. Nous sommes dans un monde où le sport, l’équilibre de l’équipe, ne sont plus l’objectif premier. Un club doit aussi surprendre, aller là où on ne l’attend pas, penser aux opérations commerciales futures – vente de maillots, par exemple – qui peuvent rapporter gros. Samuel Eto’o va-t-il quitter Barcelone ? Vous lirez ça et là les mille et une raisons pour lesquelles l’attaquant camerounais a de bonnes chances d’aller jouer dans le foot made in England. Entre ses bisbilles avec Frank Rijkaard, son entraîneur, et avec Ronaldinho, son voisin de rectangle vert, et l’argent que Manchester United serait prêt à mettre sur le tapis (40 millions d’euros, première mise), rien ne peut être exclu. Tout est possible, sauf un mariage des deux joueurs. La rivalité est beaucoup trop forte pour qu’ils puissent jouer ensemble. Pour le reste ne croyez pas tout ce qu’on vous raconte. Toute parole sibylline, toute annonce péremptoire, sont des pièges destinés à masquer la réalité. Les secrets de foot sont parfois aussi lourds sinon plus lourds que les secrets d’Etat.
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