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Hip Hop Ivoirien: Garba 50 "On n'est pas là pour aller jouer les fanfarons dans les médias"
Friday, 01.06.2007, 03:51pm (GMT)








Le groupe Garba 50 a débarqué comme un ovni dans les oreilles des mélomanes. A travers ses textes, le duo rappologique a su exprimer le vécu de bien des jeunes. Un an après la sortie de «Ya en pour les oreilles», leur premier disque, Sooh et Oly nous ont reçu dans leur quartier.


• Là, on est où ?
- Oly : Ici, nous sommes au Sicobois à Yopougon, au quartier Doukouré.

Sooh : C'est ici que Garba 50 est né. C'est ici qu'on a vécu toutes les galères. C'est ici qu'on puise notre inspiration, notre motivation…

• Après le gros carton de votre premier album vous vivez toujours dans ce quartier précaire ?
- Sooh : Nous vivons toujours ensemble, dans notre baraque de départ. Nous ne vivons pas chez nos parents, nous vivons à notre propre compte.

Oly : Effectivement nous vivons dans une cour commune ici à Yopougon-Sicobois. Mais c'est pour que l'interview se passe bien que nous sommes venus te recevoir dans ce koutoukoudrome.

• Le nom de votre groupe Garba 50, c'est très atypique…
- Oly : C'est un nom qui se veut le miroir de la vie des Abidjanais, de toutes les générations qui ont grandi avec le garba.

Sooh : Comme nous voulions faire une musique qui parle de la réalité ivoirienne, il fallait un nom qui colle à cela. Le garba, c'est la réalité de tout jeune abidjanais.

• C'est qui les membres de Garba 50 ?
- Sooh : Moi, c'est Vazoumana Diomandé, j'ai 26 ans et j'ai le niveau maîtrise en droit. Je n'ai pas encore eu la maîtrise.

Oly : Moi, je m'appelle Christian Djibro, j'ai 25 ans et j'ai le niveau licence en Physiques.

• C'est quoi le «fumoir» dont tout le monde parle ici ?
- Sooh : Le fumoir ? Je ne sais pas ce qu'on fume là-bas, mais pour nous, c'est un symbole de notre lutte contre la galère. C'est aussi notre label de production que nous allons créer avec nos amis.

• Pourquoi n'avoir pas pris le temps de finir vos études avant de faire de la musique ?
- Oly : On a remarqué qu'à l'école ça avance difficilement. Pour une année scolaire, tu peux passer trois ans. Or nous savons que nous avons du talent, alors on s'est dit pourquoi ne pas s'essayer à la musique pour avancer. Tout compte fait, le but c'est d'arriver à Rome, même si on passe par Ménékré.

• …
- Sooh
: Nous avons fait cet album avec les moyens de bord. Avec des potes, on s'est cotisés pour l'enregistrer, dans des conditions rudimentaires. Notre objectif au départ, c'était pour satisfaire nos potes au quartier, le public hip-hop.

• Pourtant de l'extérieur, on a l'impression que vous êtes sous la coupe de M. François Konian…
- Sooh
: Ce n'est pas vrai. Nous avons produit notre album avec nos potes. Nous avons commencé la promo et M. Konian est arrivé à un moment donné de l'histoire. Avec les revenus des premières ventes, nous avons payé la playlist sur Radio Jam, et M. Konian qui aime la bonne musique nous a reçus pour nous féliciter. Depuis lors, nous avons avec lui des rapports de parrainage. Il essaie de nous soutenir. Mais il n'a jamais été notre mentor.

• C'est volontairement que vous ne vous faites pas voir dans les médias?
- Sooh
: Au début, c'était parce que nous n'avions pas les moyens pour payer 800 000 f à RTI Music pour faire notre promo à la télé. Nous n'avions pas non plus les moyens pour payer les autres grands médias. Après, notre absence dans les médias a été une attitude de révolte, de défiance face à la façon dont le show-biz fonctionne. C'est une affaire d'enfants de riches en pantalon serré qui veulent dépenser de l'argent et se faire voir à la télé. Un peu plus tard, on a choisi d'être en retrait pour créer un certain mythe autour de nous, suscité la curiosité…

• …
- Sooh
: Nous, on veut passer un message, on n'est pas là pour aller jouer les fanfarons dans les médias. On ne se voyait pas en train de passer dans une émission pour donner un texte conscient après dix artistes qui sont venus faire danser les gens sur du non-sens. Pour nous, ce n'est pas une obligation de rentrer dans ce système-là.

Dans nos choix, nous avons fait des erreurs. Mais des erreurs que nous assumons. Nous tenons à présenter nos excuses à nos fans en premier. Nous présentons aussi nos excuses aux médias qui ont pu interpréter notre attitude comme celle de quelqu'un qui a attraper la grosse tête. Or ce n'est pas du tout ça. On est entrés dans le show-biz par accident. On ne s'attendait pas à un tel succès. Aujourd'hui, on se sent plus expérimentés. Nous avons perdu en célébrité, en contrat avec notre attitude, mais on assume.

- Oly : On a plein dans le ventre. Tout ce qui est arrivé nous laisse un goût amer. Mais pas le temps pour les regrets, c'est l'avenir qui compte.

• Certains trouvent vos textes très pessimistes, notamment avec le refrain «on va faire comment ?»
- Sooh
: Nous faisons une description de ce que nous voyons. Mais notre autre refrain, «ça va aller» ne veut pas dire qu'il faut rester chez toi et attendre que quelqu'un claque des doigts pour que tu descendes dans la rue pour empêcher le pays de fonctionner.

Oly : Ca ne va pas aller si tu ne te rebelles pas contre ta situation misérable. Nos textes sont des invitations à la révolte contre la situation minable dans laquelle vivent les jeunes.

• La musique sur cet album n'est pas à la hauteur de vos textes…
- Sooh
: C'est vrai, on savait que notre son avait des défaillances. Mais tu vas faire comment ? Notre ambition c'était de tirer un coup de feu en l'air avec nos textes. Alors même si on devait chanter sur des coups de pilon, on allait le faire pour que notre message passe. Tu n'as pas l'argent pour aller payer David Tayorault, tu vas faire comment ?

- Oly : Pourquoi chercher à avoir l'arrangeur de Johnny Halliday alors qu'au fond de toi-même, tu sais que tu n'as pas les moyens de te le payer ? Tu fonces en attendant les moyens pour améliorer ta musique.

• Et maintenant ?
- Sooh
: On n'est pas devenus millionnaires avec notre premier album, à cause des pirates. Mais au moins, notre nom est installé dans la musique ivoirienne. Et puis on n'a pas l'intention de rester muets jusqu'à notre prochain album. On va faire des mixtapes, des compilations d'inédits, de freestyle qu'on va faire pour créer un buzz. En tout cas, on a les moyens pour faire parler de nous. Le titre d'un de nos prochains morceaux, c'est «Génération gros cœur». Parce que nous sommes dans un système où il faut toujours taper du point sur la table pour se faire entendre. Tu vois, ceux qui ont taper du point sur la table qui onot pris les armes, il y en a qui sont devenus premier ministre, ministres…Les autres qui descendaient dans la rue, pour empêcher le pays de fonctionner, sont devenus millionnaires. C'est ça la génération gros cœur, c'est un titre qui arrive.

• Vous parlez de galère, mais quelle est cette galère que vous vous avez vécue ?
- Sooh
: Notre galère, c'est le manque d'argent, les études sans financement. On crève la dalle. Nous vivons dans un environnement où les gens mangent une fois par jour. Mais il ne faut pas que les gens nous cataloguent comme des artistes qui chantent seulement la galère, ça nous met mal à l'aise. Parce qu'il y a plus malheureux que nous. Notre album parle de la vie en Côte d'Ivoire. C'est peut-être parce qu'il est arrivé au moment où la Côte d'Ivoire était en guerre, dans un état de pauvreté extrême qu'il y a cette odeur de galère qui ressort, sinon nous on n'a jamais voulu focaliser les gens sur la galère.

Oly : Nous ne sommes pas des artistes qui chantent seulement la galère. Notre album ne compte que trois titres sur la galère.

• …
- Oly
: Nous avons une attitude de rebelle. On ne peut pas accepter de vivre dans la poche de nos parents à cet âge-là. C'est après le bac que nous avons décidé de quitter nos parents.

• Vous vivez ici, au Sicobois, avec vos copines ?
- Oly
: Djo, on n'a pas de copine, il y a des occasions, on en profite. Mais on ne connaît pas d'histoire d'amour.

Sooh : En plus, il y a les tchoins (les prostituées) à 1000 f , djo (il rit). Pour être sérieux, on va dire que pour le moment, on cherche l'argent. C'est le cash qui est nécessaire en ce moment.

• …
- Oly
: Pour nous ce qui importe, c'est la situation sociale. Quand tu as l'argent, les filles se mettent en rang pour toi, et là tu peux choisir. Mais pour le moment, on cherche l'argent.

• Vous êtes en train de me dire que pour vous, il n'y a que l'argent qui compte ?
- Sooh
: Ecoute, ceux qui disent que l'argent n'est pas important, qu'ils nous donnent le leur et qu'ils viennent habiter au Sicobois ici. Après on continuera le débat.

• Dernière chose : on m'a dit que le président de la République vous écoute et qu'il vous a même reçus…
- Oui, c'est vrai. Il nous a rencontrés, il nous a dit qu'il nous cite des fois. Il a même dit que nous étions ses «amis».



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