Garba 50 “ On ne peut pas se passer du “fumoir” Thursday, 09.09.2010, 11:46am (GMT) Depuis quelques semaines, ‘’Jeune Africain Moderne’’, la deuxième galette du groupe rap, Garba 50, est dans les bacs. Plus incisif que jamais. Oly et Soo, les deux membres du groupe causent… ![]() • On dit quoi, le duo ? - Oly et Soo : ça va très bien, grâce à Dieu. • Vous n’habitez plus dans le ghetto à Yopougon-SICOBOIS? - Oly : Dieu merci, on n’habite plus dans ce quartier. On est maintenant dans un cadre mieux que SICOBOIS. Mais, nous sommes toujours à Yopougon. - Soo : C’est une question de choix. Tu peux avoir les moyens et ne pas vivre dans un bon quartier. • Mais, vous avez quand-même les moyens à présent, non ? - Soo : On peut le dire car notre premier album s’est bien vendu. Mais, on a passé deux ans à SICOBOIS quand-même. • Que devient le ‘’fumoir’’ et tout vos amis de là-bas ? - Soo : On va toujours au ‘’fumoir’’ pour causer et échanger. C’est le lieu de nos rencontres pour prendre un pot, mais pas pour fumer la drogue. Notre ‘’fumoir’’ à nous, est positif. On ne peut pas s’en passer. On voit les mêmes amis. Et nous ne sommes pas loin d’eux. On habite à Niangon-Sud à droite. • Vous n’êtes plus dans le ghetto, ça ne pose pas de problème pour l’inspiration ? - Oly : Non! L’inspiration est toujours là. Et on n’a pas coupé avec la source qui est le “fumoir”. Sauf que nous avons changé de cadre, c’est tout. • Vous vivez toujours ensemble… - Oly : On est toujours ensemble dans la même maison. • Vous êtes ‘’pédés’’ ou quoi ? - Soo : Non, pas du tout ! Quand on a des go, on ‘’gère’’. L’un de nous bouge un peu. • Vous êtes dans un appartement ou un studio ? - Soo : Nous sommes dans un grand studio. Chacun a son lit. • Votre nouvel album, ‘’Jeune Africain moderne”, est sur le marché. Les messages sont très durs… - Soo : Cet album, c’est le résultat de toutes les expériences acquises. Après le premier opus qui a eu du succès, il fallait se préparer pour revenir encore plus incisif. • Quand un album marche, il y a les retombées financières et/ ou médiatiques. Qu’est-ce qui s’est passé dans votre cas ? - Soo : Pour l’argent, c’est relatif. Ça aurait dû marcher plus, peut-être qu’on n’a pas su gérer. On a produit notre premier album nous-mêmes. On ne s’attendait même pas à ce succès-là. Nos parents, nos amis pensent qu’on a eu beaucoup d’argent. En réalité, ce n’est pas le cas. Même si on a eu une grosse cote auprès des populations. • Qu’est-ce que vous auriez dû faire et qui ne l’a pas été ? - Oly : C’était de continuer à faire la promo. Et peut-être qu’on aurait dû signer avec une grosse maison de distribution. Mais nous, on était dans notre chambre et on décide de sortir un album. Grâce à celui-ci, on est quand-même hyper connus aujourd’hui. Il y a beaucoup de choses qui ont été dites aussi sur nous. Du genre nous sommes gonflés et tout. • Pourquoi les gens ont pensé cela de vous ? - Oly : Peut-être qu’au début on n’était vraiment pas disponibles pour le public et les médias. On était cachés. • Mais votre devise : c’était de ne pas vous montrer, non ? - Soo : C’était une stratégie et elle s’est imposée à nous. Maintenant, on est avec un producteur et une maison de distribution (Labise et Independance Day, NDLR). • Votre musique a été faite à l’extérieur ? - Oly : Nous avons des potes qui sont dans la production et qui ont composé notre musique. C’est de la musique que nous aimons. Elle est plus élaborée par rapport à ce que nous avions composé sur notre précédent album. Pour l’évolution de notre carrière, nous les avons sollicités. • Est-ce qu’on peut dire que leur musique vous a été imposée ? - Soo : Ce n’est pas ça. Ce sont des Ivoiriens qui ont fait la musique. Ils sont au Canada et en Afrique du Sud. Ils connaissent la musique ivoirienne et le goût musical des jeunes Ivoiriens. Nous sommes des reporters de la rue. Il n’y a pas de tabou. Nous, on dit ce que les gens pensent dans les ghettos, dans les ‘’ garbadromes’’ et dans les ‘’gbêlêdromes’’. • Des endroits auxquels vous êtes habitués… - Soo : Bon… on s’assoit là-bas pour discuter. Pourquoi on va refuser de prendre ce que la plupart des Ivoiriens boivent. • Parmi vous deux, il y a quelqu’un qui a déjà pris de la drogue ? - (Ils répondent ensemble) Non ! Si nous avons appelé notre ‘’posse’’ (lire : poussi) ‘’le fumoir’’, c’est parce que nous sommes dans un ghetto avec des amis. Sinon, on n’a jamais touché à la drogue. • On ne vous en a jamais proposé… - Oly : On voit ça dans le milieu. Nous sommes allés à l’école. Il y a une conscience qui est là. - Soo : Nous sommes des rêveurs. On est dans un pays où le rap ne marche pas. On se lève et on laisse tomber nos études pour former un groupe ‘’Garba 50’’. C’est un rêve ! Nous n’avions pas de producteur et on part dans la chambre d’un ami pour le son. On grave les CD et on part les vendre à pied. Les gens n’ont pas voulu montrer ce rêve-là aux jeunes Ivoiriens. C’est un rêve américain que nous voulons inculquer à Abidjan. On peut partir de rien et devenir quelqu’un dans la vie. • Que représente l’argent pour vous ? - Soo : Sur terre, ça te donne la possibilité de faire ce que tu veux. On se dit qu’il faut que des gens intelligents aient ça pour faire de bonnes choses avec. • Entre vous, comment vous partagez l’argent que vous gagnez ? - Oly : (Rire) On fait un partage équitable. Comme on vous a dit que nous sommes des rêveurs. Il y a beaucoup de choses qu’il nous reste à accomplir. L’argent va nous donner les capacités de réaliser nos rêves. De bons rêves qui vont servir à la société. • Qu’est-ce qui peut vous séparer un jour ? - Soo : C’est la mort qui peut nous séparer. Comme on dit : ‘’La vie nous éloigne, mais c’est la mort qui nous sépare’’. • Garba 50 et les femmes ? - Oly : Les femmes, c’est plus l’intérieur qui nous intéresse. Il faut qu’elle soit très accueillante. • Comme vous avez dit que vous dormez ensemble, vous faites tout ensemble. Est-ce que vous êtes déjà sortis avec des filles ensemble ? - (Les deux) Non ! • Dites, comment vous vous êtes rencontrés ? - Oly : On était dans le même groupe de rap à l’université qu’on appelle le CRAC. Comme on avait la même passion du rap, tout est parti comme cela. • Oly, à quoi as-tu renoncé pour Garba 50 ? - Oly : Les études. J’étais en licence de Physique-chimie. Soo, lui était en maîtrise de Droit. • Dans un de vos textes, vous dites : ‘’On a bouffé tout l’argent de cacao. On veut doubler Garba 50’’. Qu’est-ce vous voulez dire par là ? - Soo : Il ne faut pas voir la chose de façon superficielle. C’est pour dire qu’on a sorti un album qui a eu du succès. Et puis on constate qu’on nous bloque. Alors qu’on lance de bons messages. C’est dommage ! Il y a des gens qui diffusent des rumeurs sur nous pour nous empêcher d’évoluer. C’est tout ça qu’on veut dire. C’est dans le titre ‘’Côte d’Ivoire Kabako’’. Cela rentre dans tout ce qui nous étonne. • Depuis votre premier album sorti en 2006, vous critiquez beaucoup. Est-ce que vous avez l’impression que les choses évoluent dans la société ? - Oly : Le constat est net : Rien n’a changé. Et ça empire. L’Ivoirien est devenu opportuniste. Il n’y a plus de valeur. Pour avoir quelque chose, tout est basé sur la corruption. C’est la négativité qui est prônée. On célèbre les fanfarons, les médiocres… Il faut une évolution des mentalités. Et cela doit passer par la musique, par l’enseignement, par le sport. Il faut reprendre tout à zéro.
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