Wednesday, 23.05.2012, 12:53pm (GMT)
All News
Cote D'Ivoire
Congo(R.D.C)
Football
Politique
Hip Hop
Nigeria, Ghana
Soccer
Others(English)
Divers
Mali
Senegal
Cameroun
Hip Hop Africain
Others(Francais)




Mali

Interview : Rokia Traore
Saturday, 21.05.2005, 02:50pm (GMT)





Vous produisez vous-même votre troisième album Bowmboï, pourquoi ?
- Je l’ai produit seule parce que j’en sentais l’envie. Je m’en sentais capable. J’ai préféré créer mon label en association avec mon manager pour produire l’album et avoir plus de liberté. Quand on est dans une maison de disques, c’est toujours compliqué de prendre certains risques. Les maisons de disques pensent toujours à l’argent qu’elles pourraient perdre. Je me suis dit que j’assumerai personnellement si l’expérience n’était pas concluante. C’était plus facile de travailler comme cela avec l’esprit libre.

• Avec les majors, il y a le risque de vendre aussi son âme…
- De toute façon, pour le genre de musique que je fais, ce n’est pas une bonne chose. Il vaut mieux ne pas être avec une major partout. On a tendance à être formaté. Pour un petit label, le budget de mon album aurait été trop lourd à supporter. Alors que pour une major, il n’y aurait aucun problème financier mais les interférences sur le plan artistique ne sont pas supportables pour moi. En plus les majors dépendent de qui les dirigent. Et ça change à tout moment. Il était donc préférable que je produise l’album moi-même et que je donne par la suite la licence ailleurs. Mon but, aujourd’hui, n’est pas de faire une musique populaire.

• Avec du recul, quel a été l’impact du prix RFI sur votre
carrière ?

- Le prix RFI a beaucoup servi pour la promotion du premier album. La bourse de 100 000FF (10 millions Fcfa) a été utile pour les tournées. Il faut savoir que ce n’est pas de l’argent que l’artiste touche directement. Cet argent sert de subvention pour compléter les frais engagés lors d’une tournée comme louer des chambres d’hôtel, acheter les billets des musiciens. La bourse ne suffit pas à elle seule pour faire une tournée. Mais quand on a déjà un système de management et une agence de tournée, le prix RFI sert bien. C’est pourquoi, aujourd’hui, seuls les artistes qui ont déjà un producteur et un album ont le droit de participer au concours. En 1998, cet argent a débloqué pas mal de situations pour moi. Ensuite, le spectacle s’est vendu à un prix à peu près honnête.

• Bowmboï, évoque un thème qui vous est cher : l’enfance. Quels souvenirs gardez-vous de cette période de votre vie ?
- Des souvenirs fantastiques ! Quand on est d’Afrique et qu’on a connu une vie à peu près normale par rapport à l’Occident, c’est-à-dire une famille nucléaire, on ne peut dire qu’on ignore ce que c’est qu’une enfance seule. On a des copains dans la rue qui vivent la situation. On héberge également chez soi toujours trois ou quatre cousins qui n’ont personne d’autre. Lorsqu’on n’est pas soi-même dans une situation de pauvreté, on côtoie de très près la pauvreté parce que les gens sont solidaires. En Afrique, on ne peut pas se contenter de construire sa petite vie parfaite. J’ai donc de très beaux souvenirs de mon enfance. En même temps, des souvenirs d’avoir réalisé très tôt que ce n’était pas facile pour tout le monde.

• Vous avez également flirté avec le rap au lycée…Surprenant ?
- C’était sympa! Tout a commencé pour moi à partir de cette expérience. C’est le clip vidéo qu’on avait réalisé pour la télévision nationale du Mali qui m’a donné conscience que j’avais du potentiel. Le public a trouvé que j’avais une belle voix. En plus, c’était le premier groupe rap malien. C’est vrai qu’on chantait en anglais sur la musique instrumentale préenregistrée. À l’époque, j’avais proposé qu’on travaille avec des instruments acoustiques maliens. Mais le groupe a refusé mes idées. On les trouvait ringardes. Si on avait accepté ma proposition, je crois que je serais restée dans le rap. L’introduction des instruments africains a commencé bien plus tard avec des groupes comme Positive Black Soul, au moment où j’avais déjà ma carrière solo. Mon groupe de rap s’est disloqué au sortir du lycée. Dommage !

• Votre nouveau look avec la tête dégarnie a suscité la polémique au Mali. On n’a pas accepté cette transformation. Vous tenez tête malgré tout. Pourquoi ?
-Ce n’est pas nouveau. Au collège et pendant toute la première partie du lycée, j’étais coiffée ainsi. C’est vers l’âge de 17 ans que je me suis laissé pousser les cheveux. Ceux qui me connaissent savent que les tresses, ce n’est pas ma tasse de thé. En plus, je ne vois pas ce que mon look a de mal. En général, quand je n’ai pas le sentiment de faire du mal à quelqu’un, je fais ce que je veux. C’est aussi pour moi une manière d’inciter les gens à accorder de l’importance à l’essentiel et non aux futilités. Dans un pays où il se passe tellement de choses graves, c’est sidérant de voir que les gens réagissent à une banalité qu’est le choix de coiffure d’une personne. Je ne vois vraiment pas où est le problème par rapport à des fonctionnaires qui se remplissent les poches au détriment de l’État, qui se construisent des villas qui coûtent cent fois plus que leur salaire mensuel. Tout le monde le sait mais ils sont respectés et on ne dit rien.


Aujourd’hui à Bamako, c’est une débauche incroyable! (…) Le pays est en train de pourrir. Ils n’ont rien d’autre à faire que de s’occuper de mon crâne rasé ? (elle s’énerve). S’ils arrivent à me dire pourquoi c’est mal de se raser le crâne, j’arrêterais. On me dit “non, ce n'est pas bien parce que c’est pas respectueux pour une femme“. Je suis mariée et mon époux me respecte comme ça. Je crois plutôt que c’est moins respectueux de s’engager avec un mari et de suivre le premier homme qui se présente. Ce que font 60% de femmes maliennes pour l’argent. Pourtant on ne dit rien. C’est aussi plus mal de s’éclaircir la peau. 70% des chanteuses maliennes s’éclaircissent la peau. C’est laid et ça fait du mal à la peau. Mais là encore, on ne dit rien. Certains me reprochent de m’être occidentalisée. Les Bobos, les Minianka sont-ils français ? Chez tous ces peuples au Mali, les femmes ne se tressent pas. Elles se rasent le crâne. Même dans mon ethnie Bamanan, les femmes se rasent la tête.
C’est simple, je ne fais de mal à personne. Je respecte les valeurs que sont celles de ma culture et de mon ethnie qui m’ont été inculquées par mes parents, notamment l’honnêteté. Et je suis foncièrement honnête avec mon public. J’ai 30 ans. Je suis mariée et honnête. Ma tête m’appartient et je fais ce que je veux avec.

• Vous affirmez ne pas vouloir ressembler à l’image que les Occidentaux se font de la chanteuse africaine. Êtes-vous à l’aise avec votre africanité ?
- Il n’y a pas de souci. Justement, je ne crois pas que l’image qu’on se fait de la chanteuse africaine corresponde à l’Afrique actuelle. Une image un peu folklorique. L’Afrique actuelle, ce n’est pas du tout cela ! Moi, les grands boubous, j’en porte quand je le sens. Je n’ai pas envie de me donner une image qui n’est pas la mienne, que ce soit au Mali ou en Europe. On me prend comme je suis. Les gens n’ont pas les mêmes raisons de faire de la musique. Ce n’est pas tout le boucan autour qui m’intéresse. Je veux faire de la musique. Une musique internationale qui gagne à être écoutée partout. Bien sûr que j’aime ma culture. Je n’ai aucun complexe heureusement. Si je veux promouvoir ma culture, ce n’est pas en m’enfermant dans les ghettos. Me mettre en grand boubou quand je vais voir des journalistes occidentaux alors qu’il fait 0 degré, ce n’est pas mon truc. Je me le suis fait reprocher. On me dit “une telle est en grand boubou. C’est bien parce que cela fait la promotion de la culture“. Je leur dis, ça fait la promotion de ce que vous pensez de l’Afrique et ce que vous voulez que l’Afrique soit. L’Afrique, ce n’est pas que le folklore. Celles que vous voyez en grand boubou, elles portent des jeans et des chemises dans la vie de tous les jours sur le continent. Les cultures se rencontrent. Je sais très bien d’où je viens et qui je suis. J’assume totalement le fait d’être entre deux cultures.



Karim Djinko | Top VIsage







Rating (Votes: 0)
Comments (0)  Tell friend  Print





BlogBang


Related Articles:
» Toumani Diabaté: "Cheick Modibo Diarra est la personne qui a fait jouer ma musique à la NASA"
» Babani Koné : Son ancien gars l’a kidnappée
» Musique malienne - Nostalgie ou décadence ?
» Babani Koné répondant aux photographes : ‘’ J’ai droit à la protection de mon image’’
» KEMIN FANTA: La nouvelle voix du mandingue
» Dédicace de Fantani TOURE : Un pari réussi
» Toumani Diabaté : la kora au coeur de la tradition et de la modernité
» Musique Malienne: Un trésor négligé
» Mariétou Diabaté, étoile montante de la musique malienne : "Bien qu’il soit le père de ma fille, je ne vis plus aujourd'hui avec Salif Kéïta"
» Maciré Sylla, la nouvelle diva de la musique Guinéenne!!
» Balla Tounkara : UN VIRTUOSE DE LA KORA QUI CREUSE SON TROU AUX ÉTATS-UNIS
» KANDIA Kouyaté se confie à Bamako-Hebdo : "Dire qu'on m’a jeté un mauvais sort est pour moi un péché"
» KOUMBA DJENEBA Du sang jeune dans le mandingue









Paperblog