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SALIF KEITA "On ne peut pas plaire à tous” Friday, 16.02.2007, 05:32am (GMT)
On le surnomme chez lui, le domingo de la chanson malienne. Un nom synonyme de grandeur pour Salif Kéita qui ne demeure pas moins l’une des têtes couronnées du show-biz africai A Bamako au Mali, il est de notorieté que Salif Keita est un personnage atypique. On lui prête même une vie d'hermite due, dit-on à son albinisme. Un handicap qui empêche le Domingo de la chanson malienne de voir la journée. Les tenants de cette thèse comparent ainsi ce griot manding à un vampire a qui les activités divines sont quasiment interdites. D'aucuns pensent aussi que l'artiste s'est forgé un caractère icônoclaste en se mettant au dessus de la mêlée. A la vérité, Salif Heita n'est pas d'une approche facile. Mais une fois sa confiance gagnée, l'homme n'hésite pas à ouvrir un pan de lui-même. Et la conservation avec l'artiste devient une séance didactique. Où l'on apprend beaucoup avec l'un des rares artistes du continent qui pratique depuis trente ans un expérience musicale féconde. • En trente ans de pratique musicale, on vous a vu faire beaucoup de recherches, de fusion de genres musicaux, cela respecte t-il un schéma que vous vous êtes tracé ? - Je crois qu’on est toujours à l’école jusqu’à la mort. On ne cesse d’apprendre et de connaître. On n’arrête pas de faire des comparaisons puis de tirer des leçons. Ainsi, chaque fois qu’on fait les choses, on cherche à aller plus loin en étant simple. Ce n’est pas facile. C’est une démarche très difficile, mais il faut y arriver. Les gens, ils sont simples quand ils écoutent de la musique. Le musicien, lui, doit être beaucoup plus compliqué, car il faut chercher et trouver cette simplicité que les gens recherchent afin de la mettre à leur service. Tant qu’on fait cette musique, on est en permanence à la découverte des choses. • Votre musique éclectique a fait le tour du monde, cela suppose une somme importante d’expériences, pourtant vous dites continuer d’apprendre… - Quand on est animé de cette volonté de modestie dans ce milieu, Dieu donne la chance d’apprendre et de trouver des solutions. Par exemple, j’ai fait «Mofôu», je n’aimerais pas en faire la copie. Il ne faudrait pas qu’on sente dans mon prochain album que le «Mofou» a existé. Pour moi, le fait d’être apprécié, c’est une lourde responsabilité qu’il faut assumer . C’est de la politesse bien rendue. Il faut bouger pour que Dieu continue de t’aimer. • On vous a vu récemment dans un featuring avec Richard Bona.Cela n’a pas été souvent le cas dans votre carrière… - Ce type de collaboration, je ne le fais jamais sans en avoir envie. Ça ne marche pas. Il y a eu beaucoup de propositions, mais je n’en ai pas eu l’habitude. Richard, je l’aime bien. J’aime sa façon de comprendre la musique, sa façon d’aborder la culture africaine malgré le fait qu’il soit intellectuellement bon musicien. Il a roulé sa bosse avec Javelin, avec les plus grand jazzmen du monde, il a joué sur des scènes très intellectuelles. C’est donc pour moi une vraie école et puis une occasion de travailler avec un jeune qui a beaucoup d’inspiration et pour qui j’ai beaucoup d’affection.
• Pour un grand nombre d’observateurs votre carrière a décollé réellement à partir de 1987, avec l’album «Soro»… - Il est difficile à une mère de préférer un enfant plus qu’un autre. C’est comme moi je n’aime pas choisir entre mes albums. Mais il faut le reconnaître, en 1987, il me fallait quelque chose comme carte de visite. C’était ma seule chance. Ça passait ou ça cassait.
• L’accouchement de cet album n’a semble t-il pas été facile ? - Non, ça c’est pas vrai. Ça a duré trois mois entre la maquette et la réalisation de l’album. J’avais déjà la maquette que j’ai fait écouter à Sylla (Le producteur de l’album). Je ne crois pas que ça ait été laborieux. • Ça a été une expérience marquante de travailler avec Jean Philip Rychiel un arrangeur non-voyant ? - Il faut préciser que sur un album, une de mes conditions est d’avoir mon mot à dire. Ou bien c’est moi ou bien ce n’est pas quelqu’un d’autre. Il peut même arriver que je ferme le studio pendant quinze jours quand je ne suis pas content. • Ah bon ? - Dès qu’on fait prendre à ma musique une direction que je n’apprécie pas, je dis non. C’est même arrivé plusieurs fois. Mais quand on revient à de meilleurs sentiments, on le fait. • Avez-vous répété cette expérience ? - Si, sur des coups ponctuels ! Je l'adore comme musicien, il a beaucoup de sensibilité. Je n’oublie jamais que je peux faire des coups avec lui et j’en ai déjà fait. • Ne pensez vous pas que la musique mandingue a une longueur d’avance sur les autres genres africains ? - La musique Mandingue est à la portée de tout le monde. Elle est sensible, avec des mélodies qui ne passent pas inaperçues et elle a une facilité à se faire comprendre des autres. Même si la langue ne leur est pas familière. Ils essaient de rentrer dedans par la mélodie, de tout petits gestes, qui ne disparaissent pas facilement. C’est l’alliage de trois cultures; la culture arabe, la culture espagnole et africaine. On peut même y retrouver du Flamenco. C’est donc beaucoup de choses qui se mélangent. • Et pour son aspect jazzy ? - Le Jazz n’est pas une nature. On peut faire du jazz dans la musique hindou, dans la musique bété. Le jazz est une façon de jouer, c’est différent. Ça n’a rien d’ethnique (rire) • Avec l’évolution et les tournures nouvelles de votre musique que pensent ceux qui vous ont connu trente ans en arrière ? - Pour me satisfaire, en tout cas j’ai fait ce que j’ai pu. Mais je ne saurais me juger moi-même ! C’est aux autres de me juger et de me dire ce que je suis. J’ai fait ce qui me plaît. Certains sont tombés d’accord avec moi, et d’autres pas. On ne peut pas plaire à tout le monde, ni même faire une chose qui plairait au monde entier. • Etes-vous fier d’avoir ouvert à cette musique les vannes de son évolution ? - Oui, évidemment ! On est toujours fier d’avoir fait de bonnes choses. • Comment voyez-vous la jeune génération d’artistes mandingues ? - Pour moi, le conseil qu’on peut donner à tout le monde, même à ceux qui ne sont pas musiciens, c’est qu’il faut avoir de la vocation pour le métier qu’on fait. Il faut l’aimer avant de le faire. Il ne faut pas y venir parce qu’on aime bien se voir à la télé ou dans la presse. Seul celui qui aime ce métier peut avoir une longue poussée. • Que souhaiteriez-vous qu’on retienne de vous ? - Je ne fais jamais mes albums de la même façon. Je voudrais que chacun de mes albums soit un univers à découvrir. Qu’on ne se lasse jamais. Et qu’on se demande pourquoi j’ai toujours voulu que chacun soit toujours différent.
Moses Djinko
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