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Salif Keita entend faire de l'environnement la priorité de sa première campagne électorale.
Monday, 23.04.2007, 01:33pm (GMT)





On raconte que le Mandingue est fatigué. Salif Keita confirme: «Oui, c'est vrai. Ça fait longtemps que je suis sur la route, depuis 1983. Vous savez, il n'y en a pas beaucoup, des musiciens de ma génération qui tournent autant. » Soyez sans crainte, Salif Keita sera bel et bien des nôtres, et sans demi-mesures demain soir au Spectrum, dans la série hors-saison du Festival de jazz.

Après avoir constamment tourné ces deux dernières décennies, le célèbre musicien malien entend se tenir loin des scènes pour quelque temps. Dans ses plans, la réactivation de son label Wanda, la direction de son studio d'enregistrement et, plus significatif encore, une première incursion dans la vie politique du Mali.

La nouvelle est de taille: Salif Keita, musicien engagé s'il en est, passe de la parole à l'acte en se lançant dans la course pour les élections législatives maliennes, dont la date du premier tour a été fixée au 1er juillet prochain. La nouvelle a été récemment confiée à un journaliste de la RFI, qui rapportait que l'aspirant-député Keita désirait se présenter sous la bannière indépendante.«En fait, je me suis rallié à un jeune parti politique qui vient de voir le jour», confirme le musicien. Il n'en dira pas davantage, puisqu'une annonce officielle sera faite bientôt.

Salif Keita entend faire de l'environnement la priorité de sa première campagne électorale. «J'adore la nature. Et avec tous les scandales qu'on entend, il est grand temps qu'on commence à avoir le réflexe de penser davantage à la Terre.»

Les questions environnementales - les problèmes de l'accès à l'eau et du réchauffement climatique en tête - sont au coeur des préoccupations du peuple malien, affirme Keita. «Ils connaissent les problèmes de sécheresse, et se soucient des changements de saisons. Les agriculteurs ont perdu leurs repères à cause des saisons qui changement, c'est comme ça partout en Afrique, d'ailleurs. Ils voient bien que les cultures étaient meilleures avant, ils sont donc très conscients des problèmes environnementaux, ils les vivent au quotidien.»

Si Salif Keita a souvent abordé des questions sociales et politiques dans ses chansons, les questions environnementales n'ont jamais fait directement l'objet d'un de ses textes, «mais j'ai toujours parlé de l'eau dans mes textes, insiste-t-il. J'ai été élevé au bord d'un fleuve qui arrose le pays. Notre civilisation a grandi aux abords de ce fleuve.»

En attendant l'occasion de pouvoir siéger au parlement malien, Salif Keita entend s'occuper de son label, Wanda (distribué en Europe par Universal Music) et des trois nouveaux artistes qu'il a invités dans ses studios: Ibrahim Nabo, «il fait du folklore, mais un folklore très étrange, mais très riche, qu'il faut écouter attentivement«, le vieux Sina Siyanoko, « un ami de mon papa qui fait de la musique depuis longtemps», et le jeune Adama Coulibaly. «Il a beaucoup de talent; sur scène, il dégage énormément d'énergie.»

«Oui, c'est une manière pour moi de passer le flambeau à une nouvelle génération de musiciens, ajoute Keita. Surtout que je connais à fond le métier, je comprends leurs problèmes, je suis équipé pour les aider, leur fournir les outils pour enregistrer, leur faire aimer leur métier. C'est mon devoir de leur faire comprendre qu'être musicien est un métier et qu'il y a moyen d'en vivre.»

Une phrase qui a d'autant plus de signification que Salif Keita, issu d'une famille de dignitaires, avait d'abord été rejeté par sa famille lorsqu'il l'a informé de son rêve de devenir musicien, une fonction qui incombe aux griots et non aux princes

Avec son label et son studio, Salif Keita affirme le rôle privilégié de son pays dans le développement de la musique et des traditions de l'Afrique.

«Dieu merci, le Mali, pour l'instant, ressemble au paradis, explique-t-il. Il y a la paix chez nous. Évidemment, personne ne veut rester dans un endroit qui brûle - ils cherchent un endroit qui se construit, et beaucoup de musiciens sont venus s'établir dans mon pays, vraiment, on ne s'ennuie pas!»

«Je crois que tout ce qu'un homme politique peut apporter de bon dans un pays, c'est le calme, dit-il, comme pour faire se rejoindre l'engagement musical et politique. Les gens sont calmes parce qu'ils ont à manger, parce qu'on ne les a pas mis dans la merde, et parce que le " patron " a bien fait son travail.»


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