|
Tiken jah faloly : «Je ne retournerai pas en Côte d’Ivoire sans demander la route aux Maliens» Sunday, 26.08.2007, 03:36pm (GMT) C'est
un Tiken Jah Fakoly très optimiste pour le retour de la paix en Côte
d'Ivoire et reconnaissant envers le peuple malien, qui l'a accueilli
pendant cinq ans, qui nous a accordé une interview, en prélude à la
sortie de son huitième album intitulé "L'Africain". Cet artiste dioula
originaire du nord de En France, ses albums «Françafrique» et «Coup de Gueule» ont été certifiés disques d'or et, en 2003, il décrocha une Victoire de De Bamako à Londres en passant par Paris, la réalisation de Kevin Bacon et de Jonathan Quarmby (producteurs anglais du premier album de Finley Quaye) donne à l'opus une étonnante touche "roots" futuriste faisant de L'Africain l'album le plus traditionnel et le plus contemporain en même temps de Tiken à ce jour. Cela résonne comme une promesse de retour et d'unité, un acte de foi en l'avenir par un héros d'aujourd'hui. Tiken nous parle de cet album, du retour de la paix dans son pays, Bamako Hebdo : Cela fait longtemps qu'on ne vous voit plus à Bamako? Tiken Jah Fakoly : Je travaille sur mon nouvel album qui s'appelle "L'Africain".
Il doit sortir le 24 septembre 2007, partout dans le monde à la même
date. J'y parle beaucoup de l'Afrique, j'y défends l'Afrique. Quand je
critique les hommes politiques africains dans mes chansons, j'ai
remarqué que c'est quelquefois mal interprété. Les gens, à l'extérieur
de notre continent pourraient penser que c'est toute l'Afrique qui est
comme ça. J'ai donc décidé, à travers cet album, de montrer un autre
visage de l'Afrique. C'est vrai, il y a le mauvais comportement des
politiques, il y a la corruption. Certes,
il y a beaucoup de choses qui vont mal, mais l'Afrique est un beau
continent, accueillant, fraternel. Il me fallait donc vraiment montrer
tous les bons côtés de l'Afrique et parler du nécessaire rassemblement
des Africains. Quant je dis des Africains, je parle aussi des
Antillais, des Jamaïcains, des gars de Dans
cet album, je leur lance un appel afin qu'ils regardent vers l'Afrique.
Je préfère m'arrêter là pour le moment. Après la dédicace de l'album,
je donnerai les autres détails. Comment s'est déroulé l'enregistrement? L'album a été enregistré, je dirais à 90%, à Bamako. Ce qu'on appelle la partie " basse-batterie ",
qui est le soubassement d'un album, a été enregistrée ici, dans le
studio H Camara (du nom d'un comédien ivoirien qui m'a hébergé à mes
débuts et qui depuis a été assassiné par les Escadrons de la mort).
Après, on est partis à Paris. On a retravaillé ce qu'on avait fait ici.
Après, on est revenus ici pour ajouter tout ce qui est instruments
traditionnels. Toumani Diabaté a joué ici. Le
guitariste mandingue très, très connu qui s'appelle Petit Kondé a joué
ici. Le jeune qui joue du kamalen n'goni, franchement je ne me rappelle
pas son nom, a joué ici. On a aussi du sokou, qui a été utilisé sur un
titre qui s'appelle Soldier. Donc disons que l'album a été enregistré
en grande partie dans mon studio. Quand les gens écouteront le son, ils sauront la valeur du studio que j'ai monté à Bamako. A combien d'albums en êtes-vous aujourd'hui? J'en
suis maintenant à huit. Après Djely, Misiri, Mangercratie (1996), Cours
d'Histoire (1999), Le Caméléon (2000), Françafrique (2002) et Coup de
Gueule (2004), avec l'Africain cette année ça fait huit. Sur
l'Africain, il y aura seize titres en Afrique et douze seulement en
France. J'ai
décidé de mettre seize titres pour l'Afrique parce que je suis Africain
et engagé. Je suis un panafricain, je le dis. Je fais d'abord ma
musique pour les Africains. Les autres peuvent aussi en bénéficier
après, mais ma priorité c'est l'Afrique. On dira que je ne gagne pas
d'argent ici, mais je m'en fous. Quand
je commençais à faire de la musique, je ne pensais pas que j'allais
gagner de l'argent avec. Donc je le fais parce que j'ai envie de faire
passer un message. Il n'y aura donc pas de double sortie pour cet album? Non,
non. Les Africains écouteront l'album le même jour que les Français,
les Américains, les Canadiens, les Suisses. Partout, tout le monde ira
au magasin le même jour, le 24 septembre 2007. Que représente Bamako pour Tiken aujourd'hui? Bamako ? Je dirai le Mali. Le premier jour que je suis arrivé ici, le message qu'on m'a dit c'est "tu es parti de chez toi, tu es venu chez toi". On me l'a dit et on me le prouve tous les jours, même quand nous avons eu des problèmes avec des gens. Le
Chef de l'Etat lui-même m'a prouvé que j'étais ici à la maison. Je dis
que pour moi c'est très très important. Je suis chez moi au Mali et je
profite de vos colonnes pour saluer tous les Maliens, je dis bien tous
les Maliens, parce que même quand je vais dans un petit village du Mali
tout le monde me connaît. Ma Maman venait souvent me voir. C'est
pourquoi je lui ai acheté un 4x4 pour qu'elle se déplace à l'aise. Avant,
elle voyageait avec des camions de transport. Un jour, son véhicule est
tombé en panne dans le Wassoulou. Là-bas, elle a marché deux kilomètres
pour arriver dans le village le plus proche. Quand on a su que c'était
la maman de Tiken Jah, les gens ont fait la cuisine pour elle. Le
lendemain, tout le monde est venu la saluer, elle devenue une star.
Vraiment, je suis chez moi au Mali et je ne finirai pas de remercier
les Maliens. Des rumeurs faisant état de votre retour imminent à Abidjan circulaient dernièrement… La
guerre semble enfin être finie. Il y a des politiques qui ont fait des
gestes. Même s'il n'est pas sûr que ce soient des gestes sincères, ce
sont des gestes qu'il faut apprécier. Je suis aujourd'hui un artiste
qui a la chance de faire la fierté de toute l'Afrique. Les Ivoiriens
aimeraient bien que je revienne, mais, moi, cela fait cinq ans que je
suis au Mali, que j'ai été traité comme un fils du Mali. Je dis donc
qu'avant de repartir m'installer en Côte d'Ivoire, il y a beaucoup de
procédures à respecter. Je dois d'abord faire un concert au cours
duquel je vais demander à mon public l'autorisation d'aller faire un
tour en Côte d'Ivoire et de revenir. Avant, je demanderai audience au
chef de village, qui est le Président de Donc votre départ du Mali n'est pas pour demain? Ah
! Disons qu'il y a cette procédure que je dois suivre. Et puis bon, au
niveau sécurité en Côte d'Ivoire, il faut que toutes les conditions
soient réunies pour que j'y revienne. J'ai acheté une maison au Mali.
Quand on a acheté une maison quelque part cela veut dire qu'on a un
pied là-bas, cela veut dire qu'on y a des racines, une base. C'est vrai
qu'il y a eu des rumeurs disant que je voulais repartir, parce qu'une
délégation était venue de Côte d'Ivoire pour me demander de rentrer.
Quand les gens se déplacent pour venir te voir, il y a des manières de
les satisfaire. Donc je dis que j'irai en Côte d'Ivoire mais qu'il y a
des choses à faire avant, pour rester correct avec les Maliens. Que pensez vous des accords de Ouagadougou? Je pense qu'aujourd'hui Bédié
n'était pas là, Alassane n'était pas là. Concernant les raisons
invoquées pour leur absence, il paraît qu'ils auraient exigé que les
élections soient supervisées par un représentant de l'ONU, ce qui est
vrai. Dans un pays en convalescence comme Si
l’on veut une paix durable, il faut que ça soit une paix composée de
justice, d'égalité. Une paix composée de justice et d'égalité est une
paix qui serait obtenue après une élection libre et transparente. Pour
moi, des élections libres et transparentes aujourd'hui, sans une
supervision des représentants de la communauté internationale, qui vont
jouer le rôle d'arbitre, c'est pratiquement impossible. Je suis content
que Soro et Gbagbo s'entendent bien, mais je reste un tout petit peu
sur ma faim. Mais je me dis : les Ivoiriens veulent la paix, les
Africains veulent la paix, parce que la guerre en Côte d'Ivoire ça
concerne toute l'Afrique. Tout le monde veut la paix, donc tout remède
qui peut nous amener un tout petit peu d'espoir est bon à prendre. Je
suis content et je félicite tous les signataires des accords de
Ouagadougou. Mais, pour que Est-ce que les élections pourront se dérouler en 2008, comme souhaité par le Président ivoirien? C'est
possible si les promesses sont respectées, si les raisons pour
lesquelles les jeunes Ivoiriens ont pris les armes sont résolues. Parce
qu'il y a des raisons qui ont poussé ces jeunes-là à prendre des armes.
Ils ont pris les armes parce qu'ils n'ont pas de cartes d'identité,
parce qu'ils sont regardés comme des étrangers dans leur propre pays et
surtout parce que les richesses de Ceux
qui ont été au pouvoir pendant trente trois ans, tout le monde sait
comment ils ont privilégié une partie du pays par rapport aux autres.
Il y a des zones qui ont été électrifiées et bitumées alors que, quand tu arrives dans certaines localités de Côte d'Ivoire, il y a des escaliers partout sur les routes. Il y a plein de villes et de
villages qui ne sont pas électrifiés. Je pense que c'est d'abord à
cause du partage inéquitable du gâteau que certains ont pris les armes. Si
les vrais problèmes sont résolus, si l'identification est faite, si les
listes électorales sont bien établies et bien révisées, je pense que
c'est possible. Mais tout ça dépendra de l'arbitrage de ceux qui vont
organiser les élections. Je sais que En
RDC, il a fallu l'arbitrage de la communauté internationale pour que
les élections se passent bien. Je pense qu'aujourd'hui, si Bédié gagne
sans un arbitrage international, Alassane et Gbagbo diront que ce n'est
pas bon. Si
Gbagbo, surtout si Gbagbo gagne, ils vont dire qu'il a triché. Je pense
que Gbagbo a posé des actes qui sont à saluer. Maintenant, il faut
qu'il essaye d'aller jusqu'au bout, qu'il accepte la présence d'un
représentant de l'ONU qui soit là pour simplement arbitrer, pour éviter
qu'au lendemain des élections il n'y ait pas une autre rébellion. Parce
que c'est possible, car on n'est pas encore sorti de l'auberge. Ces
élections sont décisives. Si elles se passent bien, on deviendra un
pays bien avancé en matière de démocratie, comme le Mali, comme
certains autres pays africains. Mais si les élections se passent mal,
on risque de retourner à la case départ. Revenons à la musique. Avant la sortie de l'Africain, avez-vous des concerts en vue? Avant,
bien sûr, j'ai des dates. Ensuite, après la sortie de l'album, à partir
de novembre, je ferai cinq concerts par semaine jusqu'au 28 novembre. Le
1er décembre, je serai au Stade Omnisports Modibo Keïta et le 2 à
Kayes. J'aimerais aussi faire un concert le 4 décembre, soit au CCF
soit au Palais de Abidjan n'est pas au programme? Abidjan va
être au programme. Cela dépendra de l'évolution de la situation et du
contexte dans le quel le concert va être organisé, parce que je ne veux
pas faire un concert parrainé par Soro Guillaume ou Laurent Gbagbo. En fait, ça peut être un concert parrainé par Soro ou Gbagbo, mais je ne veux pas que les gens prennent de l'argent à Le
concert pour la paix qui a été organisé en Jamaïque, à l'époque, avait
été financé par les jeunes de deux partis politiques qui étaient en
guerre. Je souhaite aujourd'hui que les jeunes des Forces Nouvelles
mettent de l'argent, que les jeunes de Blé Goudé à Abidjan mettent
aussi de l'argent. Qu'ils se mettent tous ensemble pour organiser un
concert à Abidjan et à Bouaké pour la paix. Il ne faut pas que les gens
profitent du concert pour la paix pour se faire de la publicité.
J'attends des gens qu'ils viennent me voir et qu'ils me donnent des
garanties. Même si Gbagbo et Soro président le concert, ça ne sera pas
un concert financé par eux, parce que dès qu'ils vous donnent de
l'argent, ils viennent en patrons. Ils ne nous donnent pas à manger,
donc je veux qu'ils viennent s'asseoir au stade comme tout le monde.
Nous nous serons là pour faire passer notre message, pour dire : voilà,
maintenant là c'est bon. Je ne veux pas faire un concert avec des
discours politiques, mais un concert avec de la musique, où tous les
jeunes sont invités, où le Président est là, où le Premier ministre est
là, où tout le monde est là. C'est la musique qui fera passer les
messages de paix. Les politiques ont déjà fait passer leurs messages à
Bouaké et à Abidjan, ils sont toujours à la télé. Ce jour-là, ce sont
les artistes qui devront faire passer leurs messages. Le mot de la fin? Je
dis merci au peuple malien pour l'accueil qui m'a été réservé pendant
tout mon séjour. Je suis ici chez moi et je m'y sens très bien. Tous
les Ivoiriens qui sont venus me voir ici m'ont trouvé à l'aise. Je salue toutes les populations maliennes, du plus petit village à Bamako.
Si
je pouvais passer dans toutes les familles pour dire merci, je l'aurais
fait avec plaisir. Je profite donc de votre journal pour le faire. Je
le répète : si je dois repartir pour |
|
| © Copyright Africa Hit Music TV. All rights reserved. online users |