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Toumani Diabaté (artiste musicien) - "Je ne suis pas l'héritier d'Ali Farka Touré" Saturday, 12.08.2006, 03:29pm (GMT)
Votre album en collaboration avec Ali Farka Touré "In the heart of the moon" vient de remporter un grammy award. Etes-vous surpris par ce succès? Je tiens d'abord à rendre gloire à Dieu et à son prophète, paix et salut sur lui. Je remercie mes parents, les autorités du Mali, tous les artistes et tous les Africains. Je pense que c'est un fait de Dieu. Et je m'attendais à cela, compte tenu du travail que j'ai abattu avec Ali. C'est un disque que nous avons enregistré en deux heures, et en deux jours à Bamako ici à l'hôtel Mandé. La maison World Circuit a déplacé ici à Bamako, un studio mobile, qui a été installé dans la grande salle de la conférence de l'Hôtel Mandé. Et nous l'avons fait sans répétition. Ali et moi avons pensé automatiquement à faire une musique qui date des années 40, 50, 60 et 70. C'était l'époque d'Ali. En écoutant l'album, on sent le recul qu'Ali a pris par rapport à ça, en me laissant me balader, aller là où je veux. Je n'étais donc pas surpris du grammy Award que nous avons reçu. Aussi, j'avoue que j'ai confiance en la musique malienne et en général africaine. Et il n' y a pas une grande distinctio n dans le monde de la musique que les artistes maliens n'ont pas remportée. Le Mali détient par exemple le record du grammy Award en Afrique, grâce notamment à Ali Farka Touré ( 3). Que retenez-vous justement de votre collaboration avec lui? Je retiens principalement la simplicité d'Ali. C'était un grand musicien très ouvert, très généreux. Quand on rencontrait Ali, on avait l'impression de l'avoir connu dix ans auparavant. La musique, vous savez, est la langue la plus parlée dans le monde. Je n'ai pas besoin de parler le baoulé pour jouer avec un baoulé ou encore le swahili pour jouer avec un swahili. Et musicalement parlant, Ali était un grand. Je retiens sa simplicité dans le travail, le courage dont il a toujours fait preuve. Il aimait dire que ce n'était pas sorcier ce qu'il faisait. Il répétait que seul le travail paie. Et moi, je crois en cela. Je pense que c'est une réalité Pourquoi ; "In the heart of the moon" ? C'est un nom qu'Ali a donné. Je me souviens du concert qu'on a donné à Bruxelles (Belgique) en février 2005 au Palais des Beaux-Arts. Juste après le concert, on a demandé à Ali ce qu'il pensait de cette musique, il a répondu que la musique de Toumani et d'Ali va vous emmener jusqu'au coeur de la lune. C'est de là qu'est parti le titre «In the Heart of the Moon». Comme Ali (Farka Touré), vous jouissez d'une grande notoriété dans le monde. Considérez-vous comme son digne héritier? Je suis d'abord le griot d'Ali Farka Touré, comme tant d'autres. Je n'ai pas le droit d'être un héritier d'Ali Farka Touré. J'ai été son ami, son collaborateur et j'ai eu la chance d'être le dernier artiste dans le monde à travailler avec lui. J'ai eu aussi cette chance d'être le dernier artiste griot aux côtés d'Ali durant ces dernières heures. Quand je l'ai quitté, il est mort deux heures plus tard. Son fils Bouréima dit Vieux Farka Touré, assure déjà la relève. Nous avons fait son album avec une compagnie américaine. Il va sortir bientôt. Son fils fait également de la guitare, à la même allure que son père. Je ne sais pas moi-même pourquoi j'ai été choisi par Ali Farka Touré. Quand je le lui demandais, il me répétait toujours que je le méritais. D'un côté, je fais partie des héritiers. De l'autre, l'héritier Vieux Farka, qui est un de mes élèves au conservatoire des arts et des métiers multimédias de Bamako, se prépare. Ali m'a dit, avant sa mort, «c'est ton fils,prends le et garde le». C'est plutôt lui qui perpétuera l'oeuvre d'Ali. Vous êtes réputé un grand joueur de kora. Est-il vrai que votre père, qui a manié également la kora, ne vous a pas appris à jouer de cet instrument? Je suis de la 71ème génération de joueurs de kora de ma famille, de père en fils. C'est vrai que je n'ai pas appris la kora directement avec mon père. Au lendemain de l'indépendance, le gouvernement malien a décidé d'élargir un peu le cercle de la musique malienne en Afrique. Donc, mon père, paix à son âme, et certains amis ont formé l'ensemble instrumental du Mali pour mettre en évidence la qualité et la richesse de la musique traditionnelle des griots du Mali. Pendant mon enfance, j'écoutais les cassettes de mon père et de mon grand-père ainsi que d'autres musiciens comme le Rails Band ou encore le Bembeya jazz international qui étaient au top à cette époque là. J'écoutais aussi Otis Redding, Johnny Hallyday, Jimmy Hendrix. Depuis ce temps, j'ai voulu ouvrir une porte universelle pour la kora. Cela dit, j'ai été influencé par le jeu simultané que faisait mon père. C'est à -dire jouer la basse, l'accompagnement et le solo à la fois. C'est quelqu'un qui a mis cela en valeur s ur la kora. On dit de vous que vous êtes le meilleur de la kora au Mali, voire en Afrique Mon souci n'est pas d'être le meilleur joueur de la kora en Afrique ou dans le monde. Je veux simplement être un bon joueur de kora. Je suis très content et fier d'avoir obtenu un grammy award en tant que joueur de kora et griot. Et je remercie le bon Dieu d'avoir inscrit déjà mon nom dans l'histoire. Car j'ai réalisé en 87 le tout premier solo CD de l'histoire de la musique de la kora dans le monde. L'album s'intitulait «Kaïra». Il y a eu par le passé des duos, des quartets. Mais le premier solo de kora n'avait jamais auparavant existé en CD. Je suis également le premier à avoir, en tant que griot, ce trophée. J'en suis fier également. Cela dit, on ne finira jamais de connaître la musique et moi je continue d'apprendre. A propos, que deviennent votre propre groupe «Asymetric Orchestra» et votre structure Mandinga Kora Production? Le groupe va bien. Il est composé de plusieurs sensibilités. Il réunit tous les musiciens qui constituent l'empire mandingue entre autres ressortissants du Sénégal, de la Gambie, du Burkina Faso, de la Guinée Nous venons de sortir notre dernier CD qui est sur le marché depuis le 27 mars dernier et s'intitule «Boulevard de l'indépendance». Nous sillonnons beaucoup l'Europe pour des concerts. Quant à Manding Kora Production, il continue de s'atteler à la production des musiciens et des groupes de rap. De même, nous préparons le festival international de la Kora dont la deuxième édition est prévue en décembre prochain. Il rassemblera tous les grands joueurs de kora de la sous-région.
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