La
diva de la musique mandingue, Amy Koita, était récemment à Abidjan.
Cette grande voix de la musique mandingue, véritable bibliothèque de la
culture et de l’histoire de son peuple, a bien voulu accorder une
entrevue à Top Visages. Entretien bilan.
• Cela fait 30 ans que vous êtes sur la scène musicale. Quel bilan, quoi- que vous n’aviez encore dit votre dernier mot ?
- De 1978 à aujourd’hui, par la grâce de Dieu, je suis - si je ne
m’abuse - à mon 15ème album plus un Best of. Le chemin est parsemé
d’embûches, mais avec le courage, la détermination, j’ai pu atteindre
un résultat qui donne à croire que je ne me suis pas trompée de choix.
Je ne dis pas que j’ai atteint le sommet. Mais je pense, honnêtement,
qu’en faisant une rétrospection, je me rends compte que quelque chose a
été fait. Et je peux même affirmer, aujourd’hui, sans exagération, que
la musique m’a surprise. Agréablement !
• C’est-à-dire ?
- Aujourd’hui, je ne roule pas carrosse. Mais je ne mendie pas. Mon
métier m’a donné ce à quoi tout un chacun aspire dans la vie :
c’est-à-dire gagner son pain quotidien. Grâce à la musique, j’ai pu me
bâtir une résidence, des maisons à Bamako. J’ai réalisé beaucoup de
choses. Et je n’oublie pas aussi les démunis. J’en déduis que mes
albums m’ont donné un grand bonheur.
• Avec ces albums, vous avez fait le tour du monde.
- En effet, grâce au succès de mes œuvres, j’ai pu aller loin. La
profondeur des textes de mes chansons a été un tremplin pour moi. J’ai
rencontré beaucoup de personnes : des Africains, des Européens. Je me
suis aussi fait des relations dans le milieu des hautes personnalités
du monde. Des chefs d’Etat et autres. La preuve, j’étais récemment en
tournée à Paris. Je ne suis rentrée au pays que le 1er août. Ensuite,
je suis venue à Abidjan. Si tu ne plais pas aux gens, ou s’ils t’ont
oublié, ils ne t’invitent pas. Ç’a été un passeport qui m’a fait
voyager partout dans le monde.
• Mais on attend toujours votre nouvel album.
- Ça me fait 3 ans que je n’ai pas fait de disque. Mais je suis en
studio où je travaille sur mon prochain album. Il y a que les tournées
m’absorbent énormément. Je suis sollicitée en Angleterre, en Belgique,
aux Etats-Unis, etc. Mais je retourne en studio après le mois de jeûne.
Je suis avec Djati Diawarra (Production-Bolibana à Paris). Il s’occupe
de beaucoup de choses me concernant depuis environ dix ans. C’est un
homme sérieux qui m’estime. En plus, on a quelques liens de parenté. Je
me produis moi-même.
Ce silence s’explique aussi par les problèmes que pose la piraterie
qui sévit avec acuité au Mali. Il me faut marquer un arrêt pour voir
comment les contrecarrer. Si tu dois faire des cassettes pour être
piratées par la suite, je crois que ce n’est pas la peine. Mon prochain
viendra un peu plus tard. Que mes fans patientent encore. Ils ne seront
pas déçus !
• Que disent les autorités face au piratage ?
- Les ministres, les responsables du bureau des droits d’auteur malien,
la police économique, en tout cas, tous ceux qui travaillent à freiner
ce fléau disent ne plus savoir à quel saint se vouer pour juguler ce
fléau. Que doit-on faire maintenant ? Nous n’avons pas d’autres moyens
de coercition pour arrêter cette pratique. On est obligés de marquer
des arrêts. Pour voir quelle stratégie mettre en place pour être moins
piratés.
• Amy et les jeunes artistes maliens ?
- J’ai produit pas mal d’artistes maliens ainsi qu’un Comorien:
Djanguenin Kouyaté, Awa Diabaté (fille de Koné Koumaré), Fatoumata
Kouyaté, alias Djélini, Cessé Doumbia, Alissé Kouyaté… Mais il y a une
chose que je voudrais faire remarquer : en Afrique, l’ingratitude est
monnaie courante. Quand tu dis à quelqu’un qui a été méchant que tu
apprécies son acte, il l’aggrave. Mais il y a des exceptions. Certains
ont été reconnaissants. D’autres ne l’ont pas été.
• Que vous inspire Djoliba ?
- Je suis fière de Djoliba, mon village natal, situé à 40 km de Bamako,
tout comme de Kirina, haut lieu de la célèbre bataille de Soundiata
Kéita et Soumangourou Kanté au 13ème siècle. Je voudrais vous
apprendre aussi que l’Almamy Samory Touré a échoué en voulant prendre
ce village. Le peuple l’a repoussé. Kirina est un petit village. Avec
un peuple très courageux et respecté au Mali pour sa résistance, sa
bravoure. Il m’inspire dans mes chansons.
• Vous
qui êtes une bibliothèque vivante de la société traditionnelle de votre
pays, parlez-nous de Wa Kamissoko, ce grand nom dans l’histoire du
Mali.
- Je vais vous apprendre que Wa Kamissoko était mon
oncle. C’était le frère aîné de ma mère. C’était un historien qui a eu
une renommée internationale pour avoir écrit deux ouvrages sur
l’histoire du Mandingue. Ses propos ont été recueillis par Youssouf
Tata Cissé et publiés sous le titre «Les Grands gestes du Mali». Ce
livre sert de référence à d’éminents professeurs d’Histoire en Afrique
et dans le monde. En plus, c’est lui qui s’est occupé de peaufiner mon
éducation. C’était un homme intelligent. Qui connaissait l’Histoire.
Il était aussi un homme de parole, de vérité ; un homme très fort !
Car un griot ne doit pas avoir peur. Le griot est auprès du roi pour le
conseiller. Mais si tu n’es pas juste, toi le griot, comment le roi
peut l’être ? Mon oncle Wa Kamissoko m’a enseigné l’Histoire. Je
n’étais pas là au moment où les faits se déroulaient, mais
aujourd’hui, je connais bien l’Histoire de mon pays grâce à ce que m’a
appris mon oncle. Ça me sert énormément dans mon travail et dans ma vie
de tous les jours. Quand je suis en face d’un problème, je regarde dans
ce que j’ai appris de mes parents pour trouver la solution. On ne peut
pas être comme les hommes d’autrefois. Mais en s’appuyant parfois sur
l’Histoire, on arrive à se tirer d’affaire.
• Votre mère également vous a enseigné des choses, puisque, petite, vous la suiviez.
- Ma mère et ma grand-mère m’ont appris les rudiments du métier. Ma
maman, c’étaient les chants et les fluctuations vocales. C’est
important pour les griots. Aujourd’hui, Dieu merci ! Je rends
fidèlement ce que j’ai appris. C’est ce qui explique, je pense, la
pureté de mes chansons et la fierté du Malinké. Parce que, malgré le
modernisme, la culture n’a pas été abâtardie. Quant à ma grand-mère,
elle m’a enseigné le comportement, la sensibilité, le respect de la
tradition.
Mais aujourd’hui, les jeunes n’approchent pas les gens pour apprendre.
Ils n’interrogent pas les aînés, les devanciers sur telle ou telle
chanson à faire. Car chanter pour chanter ne signifie rien. Il faut
dire qu’il y a des différences entre nous. Tout le monde ne peut pas
être méchant. Certains sont ouverts. D’autres ne le sont pas. Même à
présent, quand je ne connais pas quelque chose, je vais me renseigner
auprès des autres.
Petite, je chantais quand je voyais ma mère chanter. Les gens riaient
de moi. Parce que je n’arrivais pas à prononcer les mots comme le
faisait ma mère. J’avais le souci de connaître, d’apprendre.
Aujourd’hui, elle m’a rendu service. Tu peux bien chanter, mais si tu
n’as pas eu un bon enseignement de base, tu es foutu !
• Est-ce faux d’affirmer qu’Amy Koita est une bibliothèque ?
- Non ! Mais disons que je connais un peu l’Histoire du Mandingue.
Parce que je l’ai apprise auprès de mes parents. Qui eux-mêmes étaient
des références nationales et internationales.
• Cela fait 30 ans que vous êtes sur la scène musicale. Quel bilan, quoi- que vous n’aviez encore dit votre dernier mot ?
- De 1978 à aujourd’hui, par la grâce de Dieu, je suis - si je ne
m’abuse - à mon 15ème album plus un Best of. Le chemin est parsemé
d’embûches, mais avec le courage, la détermination, j’ai pu atteindre
un résultat qui donne à croire que je ne me suis pas trompée de choix.
Je ne dis pas que j’ai atteint le sommet. Mais je pense, honnêtement,
qu’en faisant une rétrospection, je me rends compte que quelque chose a
été fait. Et je peux même affirmer, aujourd’hui, sans exagération, que
la musique m’a surprise. Agréablement !
• C’est-à-dire ?
- Aujourd’hui, je ne roule pas carrosse. Mais je ne mendie pas. Mon
métier m’a donné ce à quoi tout un chacun aspire dans la vie :
c’est-à-dire gagner son pain quotidien. Grâce à la musique, j’ai pu me
bâtir une résidence, des maisons à Bamako. J’ai réalisé beaucoup de
choses. Et je n’oublie pas aussi les démunis. J’en déduis que mes
albums m’ont donné un grand bonheur.
• Avec ces albums, vous avez fait le tour du monde.
- En effet, grâce au succès de mes œuvres, j’ai pu aller loin. La
profondeur des textes de mes chansons a été un tremplin pour moi. J’ai
rencontré beaucoup de personnes : des Africains, des Européens. Je me
suis aussi fait des relations dans le milieu des hautes personnalités
du monde. Des chefs d’Etat et autres. La preuve, j’étais récemment en
tournée à Paris. Je ne suis rentrée au pays que le 1er août. Ensuite,
je suis venue à Abidjan. Si tu ne plais pas aux gens, ou s’ils t’ont
oublié, ils ne t’invitent pas. Ç’a été un passeport qui m’a fait
voyager partout dans le monde.
• Mais on attend toujours votre nouvel album.
- Ça me fait 3 ans que je n’ai pas fait de disque. Mais je suis en
studio où je travaille sur mon prochain album. Il y a que les tournées
m’absorbent énormément. Je suis sollicitée en Angleterre, en Belgique,
aux Etats-Unis, etc. Mais je retourne en studio après le mois de jeûne.
Je suis avec Djati Diawarra (Production-Bolibana à Paris). Il s’occupe
de beaucoup de choses me concernant depuis environ dix ans. C’est un
homme sérieux qui m’estime. En plus, on a quelques liens de parenté. Je
me produis moi-même.
Ce silence s’explique aussi par les problèmes que pose la piraterie
qui sévit avec acuité au Mali. Il me faut marquer un arrêt pour voir
comment les contrecarrer. Si tu dois faire des cassettes pour être
piratées par la suite, je crois que ce n’est pas la peine. Mon prochain
viendra un peu plus tard. Que mes fans patientent encore. Ils ne seront
pas déçus !
• Que disent les autorités face au piratage ?
- Les ministres, les responsables du bureau des droits d’auteur malien,
la police économique, en tout cas, tous ceux qui travaillent à freiner
ce fléau disent ne plus savoir à quel saint se vouer pour juguler ce
fléau. Que doit-on faire maintenant ? Nous n’avons pas d’autres moyens
de coercition pour arrêter cette pratique. On est obligés de marquer
des arrêts. Pour voir quelle stratégie mettre en place pour être moins
piratés.
• Amy et les jeunes artistes maliens ?
- J’ai produit pas mal d’artistes maliens ainsi qu’un Comorien:
Djanguenin Kouyaté, Awa Diabaté (fille de Koné Koumaré), Fatoumata
Kouyaté, alias Djélini, Cessé Doumbia, Alissé Kouyaté… Mais il y a une
chose que je voudrais faire remarquer : en Afrique, l’ingratitude est
monnaie courante. Quand tu dis à quelqu’un qui a été méchant que tu
apprécies son acte, il l’aggrave. Mais il y a des exceptions. Certains
ont été reconnaissants. D’autres ne l’ont pas été.
• Que vous inspire Djoliba ?
- Je suis fière de Djoliba, mon village natal, situé à 40 km de Bamako,
tout comme de Kirina, haut lieu de la célèbre bataille de Soundiata
Kéita et Soumangourou Kanté au 13ème siècle. Je voudrais vous
apprendre aussi que l’Almamy Samory Touré a échoué en voulant prendre
ce village. Le peuple l’a repoussé. Kirina est un petit village. Avec
un peuple très courageux et respecté au Mali pour sa résistance, sa
bravoure. Il m’inspire dans mes chansons.
• Vous
qui êtes une bibliothèque vivante de la société traditionnelle de votre
pays, parlez-nous de Wa Kamissoko, ce grand nom dans l’histoire du
Mali.
- Je vais vous apprendre que Wa Kamissoko était mon
oncle. C’était le frère aîné de ma mère. C’était un historien qui a eu
une renommée internationale pour avoir écrit deux ouvrages sur
l’histoire du Mandingue. Ses propos ont été recueillis par Youssouf
Tata Cissé et publiés sous le titre «Les Grands gestes du Mali». Ce
livre sert de référence à d’éminents professeurs d’Histoire en Afrique
et dans le monde. En plus, c’est lui qui s’est occupé de peaufiner mon
éducation. C’était un homme intelligent. Qui connaissait l’Histoire.
Il était aussi un homme de parole, de vérité ; un homme très fort !
Car un griot ne doit pas avoir peur. Le griot est auprès du roi pour le
conseiller. Mais si tu n’es pas juste, toi le griot, comment le roi
peut l’être ? Mon oncle Wa Kamissoko m’a enseigné l’Histoire. Je
n’étais pas là au moment où les faits se déroulaient, mais
aujourd’hui, je connais bien l’Histoire de mon pays grâce à ce que m’a
appris mon oncle. Ça me sert énormément dans mon travail et dans ma vie
de tous les jours. Quand je suis en face d’un problème, je regarde dans
ce que j’ai appris de mes parents pour trouver la solution. On ne peut
pas être comme les hommes d’autrefois. Mais en s’appuyant parfois sur
l’Histoire, on arrive à se tirer d’affaire.
• Votre mère également vous a enseigné des choses, puisque, petite, vous la suiviez.
- Ma mère et ma grand-mère m’ont appris les rudiments du métier. Ma
maman, c’étaient les chants et les fluctuations vocales. C’est
important pour les griots. Aujourd’hui, Dieu merci ! Je rends
fidèlement ce que j’ai appris. C’est ce qui explique, je pense, la
pureté de mes chansons et la fierté du Malinké. Parce que, malgré le
modernisme, la culture n’a pas été abâtardie. Quant à ma grand-mère,
elle m’a enseigné le comportement, la sensibilité, le respect de la
tradition.
Mais aujourd’hui, les jeunes n’approchent pas les gens pour apprendre.
Ils n’interrogent pas les aînés, les devanciers sur telle ou telle
chanson à faire. Car chanter pour chanter ne signifie rien. Il faut
dire qu’il y a des différences entre nous. Tout le monde ne peut pas
être méchant. Certains sont ouverts. D’autres ne le sont pas. Même à
présent, quand je ne connais pas quelque chose, je vais me renseigner
auprès des autres.
Petite, je chantais quand je voyais ma mère chanter. Les gens riaient
de moi. Parce que je n’arrivais pas à prononcer les mots comme le
faisait ma mère. J’avais le souci de connaître, d’apprendre.
Aujourd’hui, elle m’a rendu service. Tu peux bien chanter, mais si tu
n’as pas eu un bon enseignement de base, tu es foutu !
• Est-ce faux d’affirmer qu’Amy Koita est une bibliothèque ?
- Non ! Mais disons que je connais un peu l’Histoire du Mandingue.
Parce que je l’ai apprise auprès de mes parents. Qui eux-mêmes étaient
des références nationales et internationales.