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Salif Kéïta : “Aucun ministre malien ne vaut mieux que moi…” Saturday, 11.11.2006, 04:59pm (GMT)
En choisissant de s'installer dans l'Hexagone, plusieurs années durant, ''le Diable Rouge du Djoliba'' ne comptait pas s'éterniser hors de son mandingue natal. C'est pourquoi, après avoir écumé le monde entier, à partir de Montreuil (Paris), le descendant de Soundiata Kéïta est définitivement rentré au bercail depuis octobre 2004, les bras chargés de moissons (disques d'or, distinctions honorifiques des Nations Unies…). Face à la presse le 12 octobre dernier, les échanges ont d'abord porté sur le programme d'activité de l'artiste, son contrat avec la société de téléphonie mobile Ikatel qui deviendra bientôt ''Orange'', son entrée dans le ''Petit Larousse'' ainsi que son dernier album, ''Bemba''. L'occasion était donc bonne pour l'artiste d'évoquer également certaines difficultés, de parler de la fondation qui porte son nom et de l'immigration vers l'Europe. Sacré meilleur artiste de la Francophonie Sorti le 10 octobre 2005, ''M'Bemba'' le dernier album de Salif Kéïta a fait un carton tant au plan national qu'international. Selon Mamoudou Kéïta, administrateur de Wanda Records, “la cassette ''M'Bemba'' a dépassé toutes nos attentes, puisque plus de 100 000 exemplaires ont été vendus au Mali ; 70 000 en Côte d'Ivoire et 102 000 en Guinée Conakry. Sans compter le nombre de cassettes vendues dans les autres pays. Cet opus a permis à Salif d'être sacré meilleure artiste de la Francophonie de l'année 2006”. Toujours selon le patron du centre culturel ''le Mouffou'', sa plus grande fierté aujourd'hui est d'avoir été immortalisée par des gens que lui-même ne connaît pas. Il s'agit de l'entrée de son nom dans le dictionnaire ''Petit Larousse''. ''Tout n'est pas disque d'or, dit-il. Tout n'est pas profil musical. Il y a des gens qui sont dans l'ombre, qui remarquent les artistes. Peut-être se sont-ils renseigné sur moi, sur ce qu'on me fait subir au Mali. Ils ont compris que ce n'est pas bien de me traiter comme ça…'', a déclaré Salif Kéïta
''J'ai été chassé de l'aéroport de Bamako comme un mal propre'' Le ton était donné par Salif Kéïta de parler de ses déboires dans son pays. L'artiste, dans une convulsion, s'est subitement offusqué en martelant : ''Ce qui m'a le plus choqué, c'est lorsqu'on m'a chassé du salon d'honneur de l'aéroport de Bamako Sénou avec mon épouse. J'ai été humilié par des Maliens au milieu de gens qui venaient me demander des autographes''. Dit-il avant de continuer. ''Je suis sorti avec les larmes aux yeux. Tout de suite après, j'ai appelé le président de la République, Amadou Toumani Touré qui m'a dit qu'il allait prendre des dispositions. J'ai ensuite appelé le ministre de la Culture qui m'a à son tour rassuré qu'il fera quelque chose. Mais hélas ! Jusqu'à aujourd'hui, il n'y a pas eu de suite…''. Martela-t-il. Salif Kéita reste amer contre les autorités de son pays parce qu'après avoir passé le plus clair de son temps à défendre l'image du pays à l'extérieur, celles-ci ne font rien contre ceux qui se dressent contre son installation au pays et sa réussite. C'est pourquoi il prévient que ''Si des choses comme ça se répètent, ce n'est pas bien. Les musiciens ont beaucoup de choses à dire, mais on se modère parce que nous ne voulons pas mettre le feu au pays. Moi je ne vois aucun ministre qui vaut mieux que moi dans ce pays. S'ils continuent comme ça à humilier les artistes malgré tout ce qu'ils font pour le pays, ça va chauffer'', a-t-il dit. Après avoir été déposé de ses musiciens maliens (qui l'ont abandonné sous les menaces de Toumani Diabaté), le Domingo continue de porter sa croix dans la jungle musicale malienne.
Son contrat avec Orange-Mali Heureusement qu'il y a encore des gens, dans son pays qui le soutiennent. C'est le cas des responsables de la société de téléphonie mobile Ikatel, qui viennent de signer avec lui un contrat pour une série de concerts. ''Vous savez, la société Ikatel changera de nom très bientôt, a-t-il dit. Elle portera désormais celui de Orange. C'est dans ce cadre que je vais animer un concert gratuit pour le lancement le 24 décembre prochain au stade Modibo Kéïta de Bamako…''. D'autres informations telles que son implication dans la lutte contre la pauvreté mais surtout sa prise de position en faveur des immigrés maliens d'Europe parmi lesquels il a longtemps vécu à Montreuil dans la banlieue Parisienne ont été également abordées.
''J'ai un dossier sale à la police française ''Si je n'ai pas reçu beaucoup de trophées dans la musique, c'est aussi parce que je me suis comporté de façon très fâcheuse par rapport aux immigrés maliens. Si j'avais su les risques que je courais en faisant ça, je ne l'aurais peut-être pas fait. Un jour, ils ont amené un Malien menotté dans un avion où j'étais ; il avait même pissé sur lui. J'ai demandé à l'inspecteur qui l'accompagnait de le démenotter parce qu'on n'était pas en France. Il m'a répondu : qui tu es ? Je ne répéterais pas ce que je lui ai dit. Mais, ce n'était pas poli. C'est ainsi que je me suis énervé. J'ai dit au pilote : Si vous montez, nous allons descendre. Ou vous le démenottez ou vous le sortez de l'avion. C'est pour cela que depuis ce jour, j'ai un dossier sale en France, à la police. S'il faut choisir entre ce dossier sale et un rapatriement, je choisirai toujours la lutte pour les immigrés''. A conclu le Yellow-man du Mandé.
Diarra Cheick Adbul Diarra Cheick Adbul
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