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Mali

Trois questions à BABA MAAL à l'occasion du Festival de l’eau
Monday, 10.04.2006, 06:04am (GMT)





Bamako Hebdo : Quelle est votre appréciation du festival?

Baaba Maal : Les rencontres de ce genre sont des cadres de concertation, de discussion, d'échanges et de perspectives pour l'avenir de nos Etats. C'est pourquoi je dis merci à monsieur le ministre de la Culture du Mali, Cheick Oumar Sissoko, pour cette initiative et merci au Mali qui l'abrite. Nous sommes des artistes qui voyagent beaucoup. Nous savons ce qui se passe dans le monde et nous voyons que le Mali met énormément en avant la culture, pas celle seulement du Mali, mais de l'Afrique tout entière, singulièrement de notre sous-région et cela grâce aux initiatives de votre actuel ministre de la Culture. Chacun d'entre-nous se sent chez lui au Mali. Merci beaucoup à tous ces groupes qui sont venus, de la Mauritanie, du Sénégal, de la Guinée et du Mali.

Manantali a été un festival de haut niveau, vu les prestations des artistes, comme mon frère Habib Koité du Mali, Ousmane Hamadi Diop de Mauritanie, de même que le noir américain Archie Shepp et tous les autres. Nous avons donné le meilleur de nous-mêmes pour que ce festival soit une réussite. Au-delà de la musique, cela a été une rencontre entre les responsables de nos pays sur l'avenir et la gestion du barrage, qui est l'élément intégrateur qui nous a réuni pendant cinq jours.

Le festival nous a invité au partage et à la générosité. L'eau est un bien public, un bien culturel. Je suis sûr qu'au fil des années, comme l'avaient souhaité nos chefs d'Etat en inaugurant ce barrage en 1990 "les générations futures utiliseront l'eau et l'énergie de ce barrage pour continuer de forger le destin commun de paix et de prospérité que l'Afrique appelle de toute son âme". Je suis fier parce que le barrage, en plus de son caractère économique, a permis de tisser des relations entre les communautés riveraines. Le festival a été une fête réussie pour les artistes, les participants et les populations de Manantali qui, il faut le souligner, ont fait de l'événement leur affaire. Malgré la distance qui sépare la ville du lieu de spectacle, elles étaient présentes tous les soirs pour rehausser l'éclat du festival et soutenir les artistes. C'est un public charmant. Cela nous a permis de vivre quelque temps ensemble, dans la paix et la stabilité, ce qui est nécessaire et indispensable pour nos Etats. Je salue tout le monde et rendez-vous l'année prochaine.

La culture et l'eau. Comment liez-vous cela ?

J'ai rencontré ici les ministres maliens de l'Agriculture, du Tourisme, de l'Environnement. Celui de l'Energie, des Mines et de l'Eau a présidé la cérémonie d'ouverture. Tout cela dénote l'importance que les autorités maliennes accordent à l'événement. La culture, l'agriculture et le tourisme sont des parties d'un même tout, ce qui explique notre présence à Manantali. L'eau est l'élément moteur de ce festival, je dirais même de la vie, car l'eau est vie.

Votre orchestre a changé de visage ?

Cet orchestre s'appelle le Dandè Lènyol, la voix du peuple. Nous ne faisons pas seulement des compositions peuls. Nous composons pour la race noire, le peuple noir, le continent noir, tout les peuples, tous les êtres humains qui peuvent se retrouver dans ce genre de musique. Je n'ai rien changé à mon orchestre, parce que je veux reste moi-même, original.

Par Kassim TRAORE

Les potins du Festival de l’eau de Manantali

Situé sur le fleuve Bafing, à 1195 km de la mer et à 90 km au sud-est de Bafoulabé, dans le haut bassin du fleuve Sénégal, Manantali est un village qui compte six quartiers ou cités, comme celles des ouvriers, des cadres, des mariés, des célibataires, le village et Niafa. Ce village qui a vu les travaux de construction du barrage démarrer en juin 1982 pour se terminer en 1988, avec une réception définitive de l'ouvrage en 1990.

Une très longue attente

Les participants au festival de l'eau venant de Bamako n'oublieront pas de sitôt le voyage sur Manantali. Alors qu'un départ groupé était prévu pour 9 heures du matin, les artistes, invités et autres journalistes ont finalement passé la journée au Palais de la Culture.

Ce n'est qu'à 18 heures que le départ a pu être donné. Les organisateurs ont expliqué avoir été trahis par les loueurs de bus et avoir été obligés de négocier avec d'autres sociétés pour obtenir des véhicules. Au final, ce sont des 4x4 qui ont assuré le transport des Bamakois. Les chauffeurs de ces tous terrains s'y sont mis eux aussi, en exigeant des organisateurs d'être mis dans leurs droits avant de démarrer. Inorganisation, quand tu nous tiens!

Un calvaire routier

Sur la route, les participants en ont vu de toutes les couleurs. Cela a commencé juste après Kati, quand les véhicules ont emprunté des voies non bitumées. Ce fut un festival de crevaisons et de pannes techniques.

Au plan sanitaire, certains passagers ont rendu tripes et boyaux parce qu'ils avaient consommé des sandwichs de mauvaise qualité. C'est aux environs de quatre heures du matin que les premières voitures sont arrivées à Manantali. Heureusement, le service d'accueil était présent au grand complet.

Des absents de marque

Lors de la cérémonie d'ouverture du festival de l'eau, quatre ministres du gouvernement étaient dans la loge officielle. Ahmed Diane Semega de l'Energie, Nancouma Kéïta de l'Environnement, Seydou Traoré de l'Agriculture et, naturellement, le ministre de la Culture, Cheick Oumar Sissoko.

Mais l'on a regretté les absences du Haut commissaire de l'OMVS, du maire de la Commune de Bamafélé et du Directeur de la société ESKOM, qui gère l'énergie produite par le barrage de Manantali qui s'étaient tous fait représenter. Mieux les discours étaient tous basés sur le dossier de presse distribué à tout un chacun, ce qui a entraîné un lot de répétitions.

Archie Shepp, le difficile

Le jazzman noir américain a participé au festival de l'eau et posé d'énormes problèmes aux organisateurs. Tout d'abord, il ne voulait pas de la villa qui lui avait été attribuée.

Ensuite, l'homme du pays de l'oncle Sam ne supportait pas la chaleur accablante et ne cessait de cracher partout. Les chauffeurs ne voulaient pas le transporter, car cela les dérangeait. Vers la fin du festival, Archie Shepp est revenu à de meilleurs sentiments et a même déclaré qu'il serait présent pour la seconde édition.

Mangala, l'idole démystifiée

Le chanteur et musicien Mangala Camara était, au départ, le chouchou des jeunes et des femmes de Manantali. Mais, au fur et à mesure, ses fans ont été déçus par son comportement peu en accord avec nos bonnes manières traditionnelles.

Il montait sur la scène une bouteille de bière à la main et, l'alcool aidant, se montrait même insupportable. Lors de la cérémonie de clôture, Mangala a semé le désordre. N'eût été l'intervention de Habib Koité, la fête aurait été gâchée, tant notre gnôleur a dérangé tous les artistes réunis pour le chant d'au revoir.

Des ministres dérangeants

Il y avait aussi un festival des ministres à Manantali. Certains sont arrivés sans en aviser les organisateurs, d'autres ont exigé des lits à deux places, au lieu de ceux à une place initialement programmés.

Au nombre de cinq, les ministres se montraient à toutes les soirées culturelles. Le jour, ils menaient des activités plus politiques, proximité des élections de 2007 oblige. C'est ainsi qu'ont a pu les voir aussi mettre en place des coordinations de partis politiques et autres sections.

Sacré Seydou, l'ami des artistes peuls

Le ministre de l'Agriculture, Seydou Traoré, est un fan de Baba Maal, de même que son épouse. C'est pourquoi, après la prestation du musicien sénégalais, le ministre a tout fait pour le mettre en contact avec Madame Traoré, par l'intermédiaire de son téléphone portable.

Selon nos sources, la douce moitié du ministre de l'Agriculture est Peul et Baba Maal chantait les louanges de ses illustres ancêtres, ce qui a comblé d'aise " Sacré Seydou ", qui a voulu faire partager ce bonheur à Madame. La prochaine fois, soyez sûrs qu'il effectuera le déplacement en sa compagnie, pour qu'elle ne loupe rien de la prestation du Dandè Lèynol !

Bougouba, l'autre site du festival

Manantali est une ville qui compte de nombreuses cases, dont une, immense, baptisée Bougouba. C'est la seule boîte de nuit de Manatali. Après chaque soirée culturelle, tous les festivaliers se retrouvaient donc à Bougouba pour continuer la fête, chacun à sa manière. A Bougouba, tout était permis : femmes, alcool, danse, bref, le défoulement total.

Selon un autochtone, profiter des charmes tarifés des belles de nuit coûte, normalement, de 750 à 1000 FCFA. Mais les Bamakois sont venus " gâter le coin ", en proposant à ces dames plus d'argent que les Locaux ! Résultat, les filles étaient devenues inabordables pour les Manantalois.



Kassim Traoré, Bamako Hebdo







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