
• Comment es-tu venu à la musique ?
J’ai commencé à faire la musique en
1994, auprès de mon cousin Bocoum, comme
batteur dans l’orchestre de Niafunké.
Parallèlement, je poursuivais mes études
à Katy, sanctionnées par le DEF (Diplôme
d’études fondamentales), avant de venir
à Bamako pour l’INA. Après mon cycle
(quatre ans), j’ai fait le concours
d’entrée au Conservatoire, où je suis
actuellement. Mais il faut dire que
quand je suis arrivé à Bamako,après mon
DEF, j’ai décidé d’abandonner la
batterie pour la guitare.
• Pourquoi la batterie et pourquoi
l’avoir laissée pour la guitare ?
- J’ai choisi de faire de la batterie au
départ, parce qu’à cette époque, il n’ y
avait pas de batteur à Niafunké. Comme
j’aimais bien cet instrument, j’ai
décidé de m’y essayer. Après, j’ai aussi
tenté avec la guitare. J’ai finalement
réussi à jouer des deux instruments.
• Que nous réserve Vieux Farka ?
J’ai un album qui sort (sortie mondiale)
le 13 février prochain. Il est produit
et sera distribué par des Américains.
• Comment as-tu vécu auprès de ton
père ?
- Au début, il n’était pas pour que je
fasse la musique. Il me disait que la
musique n’est pas un métier sûr. Il y a
trop d’égoïsme.
• Tu n’as pas tenu compte de ses
propos dissuasifs ?
- Selon l’adage : “ Vouloir, c’est
pouvoir.” Je lui ai dit que c’est ce que
je veux faire ! Je me suis lancé dans ce
métier. Après, en 2003, il s’est rendu
compte que mon choix n’était pas
hasardeux. Il m’a alors donné son o.k.,
sa bénédiction. On a un peu tourné
ensemble.
• Comment te sentais-tu à ses côtés ?
- Je me sentais bien. Parce que
j’essayais de faire la même chose que
lui.
• C’est-à-dire ?
Je suis le produit du folklore malien,
du nord du Mali. Mon père faisait tous
les styles - C’était un bosseur. C’est
ce que je vais m’employer aussi à le
faire. Mais en essayant d’apporter un
petit plus.
• Est-ce qu’il y a eu un jour des
altercations entre vous ?
- Non ! Au grand jamais ! Mais entre un
père et son fils, il peut avoir parfois
des divergences de vues. Mais
altercations pour altercations, non ! Il
m’a plutôt beaucoup conseillé.
• Que comptes-tu faire, pour mériter
son héritage ?
- Je dois toujours travailler. Appliquer
à la lettre tous les conseils qu’il m’a
donnés. Sans faire un faux pas. C’est ce
que j’essaie de faire.
• As-tu un groupe ?
- Je n’ai pas un groupe que j’ai créé
moi-même. Seulement, j’ai repris le
groupe de mon père. Avec tous les
musiciens qui le composent. Parce qu’ il
m’a dit un jour : «Si je venais à
quitter ce monde un jour, il ne faut pas
laisser les gens qui sont avec moi. Tu
les gardes». Je les ai récupérés et j’ai
gardé le même nom . (sous l’émotion,
Vieux Farka n’a pas pu me dire le nom du
groupe de son père). C’est avec ce
groupe que je vais tourner.
• Les gens vont à tes concerts en
Europe, à cause de leur qualité ou du
fait que tu es le fils d’Aly Farka Touré
?
Ça me fait trois ans que je tourne en
Europe. Je fais des va-et-vient entre le
Mali et l’Europe. C’est possible que les
gens viennent voir mes concerts parce
que je suis le fils de Aly Farka Touré.
Il y a aussi le fait qu’ils ont
découvert peut-être un petit plus que
j’essaie d’apporter. Il faut dire que
sans mon père, je ne suis rien. C’est
bien clair !
• Est-ce que tu veux t’identifier à
lui ? Ou tu veux avoir ton image à toi ?
- Je fais les deux. Je fais mon image.
Celle que les gens gardent, c’est le
fils à Aly Farka Touré. Ça, c’est
naturel. Mais il faut que je me batte
pour montrer aussi ce que je sais faire,
à côté du talent de mon père. Car
personne ne peut devenir comme l’autre.
Chacun est ce qu’il est.
• Comptes-tu faire plus que ton père
?
Ah oui ! C’est sûr ! Mais, ce n’est pas
facile de l’égaler, à plus forte raison
faire plus que lui. Mais tout est une
question d’inspiration et surtout de la
volonté de Dieu.
• Comment t’es-tu senti lors de la
soirée- hommage à ton père à l’occasion
des «Tamani 2006» ?
J’étais très ému et content. Je remercie
tous ceux qui étaient venus à cette
soirée. Maliens et étrangers venus des
pays voisins.