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CHEICK TIDIANE SECK, Trente ans de piano Wednesday, 03.01.2007, 07:02pm (GMT) 03/01/07
En plus d’un demi-siècle d’existence et
plus de 30 ans de carrière, on peut dire
que le pianiste virtuose Cheick Amadou
Tidiane Seck, a réussi à faire sien
l’univers musical en y associant toutes
les tendances. Né le 11 décembre 1953 à Ségou, au Mali, d’un père commerçant très croyant et d’une mère chanteuse, ce natif du signe Sagittaire n’a pas trop de mal à se frayer un chemin dans cet univers combien difficile de la musique. Tout en faisant ses études, il gamberge à côté de sa chanteuse de mère. Son instinct musical l’oriente vers l’école des Beaux Arts de Bamako après le BEPC. Ensuite, il intègre l’orchestre de Koutiala avec Abdoulaye Diabaté. Puis il rejoint, peu après, Mori Kanté. Avant de devenir un pion essentiel dans l’orchestre les Ambassadeurs aux côtés de Salif Kéïta avec qui ils feront le tour des grands bars abidjanais entre 1979 et 1983. Ses amis se recrutent justement au sein des doyens qui, comme lui à cette époque, haranguaient les foules tous les week-ends dans les points chauds de la capitale ivoirienne. Ce sont entre autres Amédée Pierre, Wedji Ped, Reine Pélagie, ainsi que feus François Lougah et Ernesto Djédjé… Tous de la vieille école, mais dont les œuvres suscitent encore de l’administration. Le succès et la marche ascensionnelle de Cheick Tidiane Seck commencent avec l’aventure européenne, dans les années 84-85. Il côtoie d’éminentes figures du jazz aux États-unis où il enseigne la musique dans les universités. Derrière sa forte corpulence, ses nombreuses bagues (presque une à chaque doigt), son visage tout rond où brillent deux petits yeux malicieux, on découvre tout simplement un homme naturellement humble et très attentif. Autant de qualités qui sont la marque des grands. • Comment peut-on définir ce que vous faites ? - Certains appellent ça afro-jazz, parce que j’ai des influences jazz. Mais en même temps, plus on écoute ce que j’ai fait, plus on se dit : il n’est pas classifiable puisque j’ai aussi des influences R&B, soul, gospel même. Donc tout ce qui est en rapport avec la culture africaine et américaine. Mais tout est basé sur la culture africaine. Tu peux entendre des accents de ziglibity ou de high-life parce que j’ai collaboré avec beaucoup de personnes : Féla Anikulapo Kuti, Ernesto Djédjé, Mamadou Doumbia, les Ambassadeurs, le Bembeya Jazz. Le Raï Band… Donc dans la sous-région, j’étais là au début de tout ce qui est musique moderne et surtout africaine. • Que pensez-vous du travail des jeunes, et celui des anciens ? - Je pense que c’est bien. Mais aux jeunes, je leur conseillerais d’être plus exigents quant au contenu. De ne pas rester dans la facilité. Par exemple, un tel a trouvé une recette qui marche, alors tout le monde fait la même chose. Les jeunes devraient se demarquer de cela. A chaque morceau sa vie. Chaque musique son énergie. Donc qu’ils prennent aussi le temps de bien écouter : qu’est-ce que la mélodie apporte ou qu’est-ce que le rythme apporte ? Ainsi, on aura différents rythmes à chaque fois et on se renouvellera. L’être humain n’a jamais fini d’explorer tous les rythmes sur lesquels on pourrait danser. • Vous voulez dire que la musique, c’est une continuité ? - Exact. • Quand on fait le genre de musique comme le vôtre, on est obligé de jouer beaucoup sur scène? - Exact. Parce que, c’est la scène seulement qui me donne une vraie traçabilité. Dans les autres genres on sort des albums, des disques qui sont vendus dans les discothèques, les night-clubs, etc. C’est bien. Mais ma musique est beaucoup plus organique. Elle joue sur l’instinct, sur l’être. Quand on joue en live, un solo peut aussi bien haranguer une foule qu’un pas de danse. Donc ma musique est bien plus orientée vers le live. La preuve est que je n’ai jamais accepté des faire des play-back. • C’est peut-être là, la différence entre les chanteurs et vous les instrumentistes ? - Voilà ! Mais il faut dire certains artistes chanteurs. Parce qu’il y a plein d’artistes qui préfèrent le live. C’est dans le live qu’ils ont plus de chaleur. Mais d’autres aiment les play-backs malheureusement, parce que les structures qui les accueillent ne peuvent leur offrir autre chose que les play-back. Un orchestre, c’est assez lourd maintenant. • Vous, vous êtes dans quels instruments ? - Mon instrument principal reste le clavier. Je suis pianiste, organiste et tout ce qui est synthétiseur. Mon premier instrument, en réalité, c’est la guitare. Puisque je suis souvent guitariste et aussi percussionniste. • Vous souvenez-vous encore de votre toute première scène ? - Ma toute première scène, c’était à Sikasso (au Mali) en 1967 ou 1968. J’étais tout jeune… De 1953 à 1967, le calcul est vite fait. J’avais 14 ans. • Il y a des thèmes qui vous inspirent particulièrement dans vos compositions ? - Il y a pleins de thèmes. Je veux dire, tout ce qui est dénonciation d’injustice à l’échelle planétaire. Etant donné que dans mon jeune âge j’étais un guévariste. J’étais un pro-Che Guevara (révolutionnaire cubain, tué en 1967 au cours d’une guérilla, ndlr). Tout ce qui dénonce une injustice de quelque forme que ce soit est un thème qui m’inspire. Aussi, j’aime les thèmes anciens. Qui parlent de l’origine, de la force du peuple noir. • L’Afrique a donc une importance majeure dans votre culture musicale? - Sans l’Afrique je n’existerais pas, musicalement. Je me revendique pro-panafricaniste parce que je suis quelqu’un qui est toujours resté nostalgique de Kwamé Nkruma, de Lumumba, de Stefen Biko… Eux qui ont voulu, qui ont crié et prié pour qu’il y ait une Afrique unie. Sans l’Afrique, je ne vois pas ce que je pourrais faire. En 35 ans de musique bientôt, j’ai joué tous les styles africains. J’ai participé dans des orchestres ici où j’ai joué dans les bidonvilles. Avant d’intégrer les Ambassadeurs, j’ai accompagné Alex, Doh Albert, Won Pierre… Et dans les années 80 - 90 chaque fois que le grand frère Amédée Pierre venait à Paris, je l’accompagnais. Wedji Ped aussi. •… - J’ai toujours gardé un rapport avec mes amis en Côte d’Ivoire et de l’Afrique en général. Chez Youssou Ndour, c’est pareil. Que ce soient Habibi Faye, Angan Bi et tant d’autres. Ce qui fait que malheureusement on ne connaît que ce côté sur ma personne. On dit : «il a joué avec tous les grands de ce monde». Par exemple, Carlos Santana, Coleman l’inventeur du free-jazz, Georges qui a créé le jazz-rock, Chico Freeman … Enfin, je ne pourrai pas te les citer tous. • Tous ceux-là ne vous ont-ils pas influencé quelque part ? - Disons que j’ai échangé avec eux. Je leur ai apporté mon héritage d’Africain.
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