
Quelles sont les activités qui vous occupent en ce moment ?
- Je bouge beaucoup ces temps-ci en vue de solliciter la collaboration de certains artistes pour la préparation de mon prochain album.
• Pourquoi ?
- D’abord, j’ai été impressionné par ma collaboration avec Meiway. Maintenant, je cherche à travailler avec des artistes chanteurs et musiciens de la sous région. Je veux sortir un album avec la participation des artistes de la CEDEAO pour valoriser la culture de l’Afrique de l’Ouest.
• Comment s’est passée la collaboration avec Meiway ?
- Elle s’est bien passée dans la mesure où j’ai participé à l’enregistrement du cinquième titre Kudum Beach qui figure sur son album. Maintenant, je m’attelle à la préparation de mon propre album sur lequel Meiway est invité à son tour à travailler avec moi.
Il y a plus d’un mois, nous avons achevé le tournage du clip de Kudum Beach. Quand cette vidéo va sortir, vous verrez les images de cette belle chanson.
• Quels buts voulez-vous atteindre en vous lançant dans ce genre de collaboration avec les artistes de la sous région ?
- En Afrique de l’Ouest, nous sommes liés d’une façon ou d’une autre. Les frontières ne servent pas vraiment de barrière en tant que telles entre nous. Nous sommes un melting pot de cultures. Autant les politiciens cherchent à se rapprocher les uns des autres en instaurant le système de la CEDEAO, nous, artistes devons réfléchir dans ce sens pour créer l’unité entre nous. Et je pense qu’à travers la musique, nous pourrons parvenir à cette union.
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- Au lieu de chercher à franchir forcément le marché européen, nous pouvons nous mettre ensemble pour créer des marchés du disque dans la sous région et les développer. Par exemple, Meiway fait une musique qui a un marché potentiel au Ghana, nous nous retrouvons pour développer cette musique. Si j’ai un marché en Côte d’Ivoire ou Burkina Faso, je m’associe avec d’autres artistes pour travailler cette musique afin de la rendre authentique. De sorte que les Occidentaux se déplacent pour acheter notre musique chez nous.
• Vous êtes adulé en Europe et particulièrement en Angleterre. Ne pensez-vous pas que vous vous faîtes oublier en vous installant au Ghana ?
- Je vis chez moi au Ghana. De là, je vais en Angleterre, aux Etats-Unis à la recherche de nouveaux sons et matériels qui entrent dans le cadre des nouvelles technologies. J’ai besoin de voyager pour perfectionner ma musique. Mais je préfère résider au Ghana. Etant originaire du pays, je ne perds jamais mes racines.
• Aujourd’hui, Kojo Antwi c’est combien d’albums ?
- J’ai à mon actif onze albums.
• Quel est l’album qui, selon vous, reflète mieux votre talent artistique ?
- Je ne peux pas exclure un album parmi tous ceux que j’ai réalisés. C’est l’ensemble de toutes ces œuvres qui définissent ma personnalité artistique, mon parcours et la suite de ma carrière. Chaque album contient quelque chose de particulier et du meilleur de moi-même. Alors je ne peux pas dire qu’un album me tient à cœur par rapport à un autre. Car il ne peut résumer mon parcours. C’est la totalité de tous mes albums qui fait aujourd’hui Kojo Antwi.
• N’avez pas peur que votre musique soit noyée parmi celles de la pléiade d’artistes ghanéens qui s’inspirent de votre style ?
- Le plus important pour moi, c’est d’avoir créé un style musical qui puisse inspirer les jeunes artistes. Pour eux, je suis le porte-flambeau qui doit léguer un héritage avant de quitter la scène. Alors, je dois leur transmettre cette flamme avant de partir. C’est déjà un privilège pour moi que les jeunes essaient de faire comme moi. Je prends ça comme une perche que je leur tends.
• Pensez-vous être suivi dans votre façon de voir les choses ?
- C’est une lutte qu’on mène toujours. Au lieu de chercher à faire la musique authentique africaine, les jeunes sont plutôt branchés sur les musiques des chaînes étrangères. Je veux dire que nous, musiciens africains, avons une lutte à mener.
Le rap par exemple est une musique noire. Mais nous ne pouvons pas continuer à accepter cette musique que les enfants imitent en regardant les chaînes étrangères.
Moi, par exemple, la façon dont les gens réagissent en venant voir ma musique montre déjà que j’ai un certain pouvoir, une certaine influence. Quand les gens m’observent, ils y voient quelque chose d’africain.
• Que reprochez-vous au rap ?
- Au départ, le rap dénonçait les problèmes sociaux et politiques, les mauvaises conditions de vie et les souffrances des Noirs. Aujourd’hui, après avoir appris tout cela, le rap ne montre qu’une musique qui ne parle que de sexe sur les chaînes de télé. Ce n’est pas ce genre de problèmes qu’il nous a été donné de débattre dans le rap à ses débuts.
De nos jours, nous sommes confrontés aux situations telles que le SIDA et pas mal de fléaux en Afrique. Si en plus des campagnes de sensibilisation nous nous trouvons en face des musiques obscènes qui déshabillent les filles et encouragent la débauche, c’est que nous devons mettre en place des systèmes pour aller en guerre contre cette sorte d’invasion culturelle.
• Qu’auriez-vous voulu voir exactement ?
- Vous savez, la soul, le funk, le jazz, le reggae et le blues étaient des musiques black qui nous incitaient à sortir de nos galères. Elles étaient typiquement destinées aux Noirs.
Aujourd’hui, tous ces genres musicaux ne nous donnent pas entièrement ce que nous attendions réellement d’eux. C’est dommage que nous en arrivons là. Nous devrions nous servir de ces musiques pour éduquer le monde. Mais quand les Occidentaux, utilisent nos propres musiques et styles pour la retourner contre nous sous différentes formes, cela nous déstabilise complètement.
• Vous avez fait des prestations récemment avec des marionnettes géantes. Est-ce la nouvelle innovation de Kojo Antwi ?
- Vous ne me verrez jamais faire une chose deux fois de suite. Les marionnettes que vous avez vues sur la scène lors des Kundé sont juste une innovation pour la circonstance. C’est aussi une façon de montrer mon humour sur une scène de spectacle.
• Quelle est votre solution contre la piraterie qui sévit dans le show-biz africain ?
- En effet, la musique africaine est sérieusement victime de la piraterie. Nos dirigeants doivent se concerter pour trouver des solutions à ce fléau pour sauvegarder nos cultures et nos musiques en particulier. Aux Etats-Unis par exemple, des artistes comme Michaël Jackson ou Beyoncé arrivent à vendre facilement des millions d’albums sur le marché du disque. Quand ils sont piratés, ils ne le sentent pas.
Mais chez nous, c’est l’inverse. Ce sont les pirates qui causent le plus de dégâts. L’artiste en sort les mains vides. Il n’y a pas que la musique. La piraterie sous toutes ses formes est condamnable.
• Avez-vous un programme immédiat dès votre retour au Ghana ?
- J’ai pas mal d’engagements en été en Europe. Je suis en studio pour la préparation de mon prochain album.
• Dans combien de temps sera-t-il prêt ?
- Au maximum dans six mois. Mais il se pourrait qu’avant cette date, vous ayez le nouvel album de Kojo Antwi sur le marché.
• C’est tout pour votre saison artistique ?
- Non. Je suis en train de réaliser une compilation de clips vidéo qui va sortir en même temps que l’album.