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Césaria Evora: 70 ans et toujours amoureuse Tuesday, 10.04.2007, 01:38pm (GMT) Après son concert du jeudi 22 mars au Palais des congrès de l’Hôtel Ivoire, Césaria Evora s’est accordé un petit temps de repos pour profiter de son séjour ivoirien. Un petit moment de détente qu’elle a bien voulu accepter de partager avec nous.
![]() C’est une Césaria Evora un peu vannée mais tout de même radieuse que nous avons rencontrée ce samedi, à 19 heures, dans le piano-bar du Golf Hôtel d’Abidjan. Enfin ! On disait cette dame inacessible. En réalité, il n’en est rien. Mais du moins, ce dont nous pouvions être sûrs, c’est ce que nous a révélé plus tard Angelo Spencer (bras droit de José Da Silva, le producteur de la chanteuse qui n’a pas pu venir) : «Césaria a horreur d’une chose: le manque de ponctualité. Quand elle a rendez-vous avec un journaliste et que ce dernier arrive en retard, elle refuse de parler. Une fois, c’est arrivé en Europe, je ne me souviens plus dans quel pays c’était. Mais le journaliste était venu avec une minute de retard, elle n’a pas accepté l’interview. Il y a eu beaucoup d’autres cas similaires. Pour le reste, elle est très sympa. Elle aime la compagnie des gens. Elle adore être entourée». En effet, c’est ce qu’il nous sera donné de voir lorsque Angelo nous introduit auprès d’elle. Cize ne pipe pas un mot français, mais nous lance quand même un cordial «sientate» (asseyez-vous !) en nous invitant à sa table. Flanquée de Julieta, son interprète, l’impératrice de la morna fumait tranquillement une cigarette. Un verre d’eau devant elle. Surprise ! Nous qui nous attendions à la voir siroter un bon verre de rhum, ou autre vin rare. Mais non. Sachez simplement que pour cette femme, désormais, l’alcool n’est plus qu’un vieux souvenir. • Vous êtes venue pour un concert mais aussi pour parrainer les 20 ans de carrière de Mathey ? - Oui, Mathey est une artiste que j’avais déjà eu l’occasion de rencontrer au cours de l’un de mes passages ici, à Abidjan (elle était à son 4ème passage en Côte d’Ivoire, ndlr). C’est à cette occasion qu’elle m’a invitée. En dehors de cela, je trouve que c’est une personne assez sympathique. J’aime sa voix, sa musique et sa façon d’être. C’est ma filleule. A travers cet acte, j’estime que c’est aussi un soutien pour sa carrière. • A plus de 60 ans, n’êtes-vous pas fatiguée de parcourir le monde ? - Le jour que je me sentirai vraiment fatiguée, j’arrêterai. • Vous n’êtes pas prête à arrêter la musique ? - Si vous me voyez ici… (Elle rit). • Peut-on avoir une idée du nombre de concerts que vous donnez en moyenne par an ? - Je ne les compte pas vraiment, mais je passe deux saisons en tournée et deux autres en vacances au Cap-Vert. • Cela vous laisse-t-il assez de temps pour vous occuper de votre famille ? - Quand je suis en vacances, je suis tout le temps avec ma famille. Je m’occupe d’elle pendant tout ce temps-là. J’en profite aussi pour récupérer des forces. Je me repose suffisamment et puis je repars. • Depuis que vous tournez, quelle est la destination qui vous a le plus marquée ? - Je pense que la France occupe une place très particulière. Dans la mesure où c’est là que ma carrière internationale a débuté. Et c’est de là que je me suis fait connaître dans le monde entier. • Je suis curieux de savoir pourquoi vous chantez les pieds nus ? - C’est un peu naturel. C’est original. Vous savez, mon pays le Cap-Vert, est un pays tropical où il fait chaud et on marche souvent pieds nus. En ville ou quand on est à la plage. C’est une habitude que j’ai gardée et qui traduit aussi l’attachement à mon pays, à mes racines. • Vous arrive-t-il souvent d’aller chanter dans les anciens bars où vous aviez débuté ? - Evidemment ! Vous savez j’ai chanté dans les bars dans le temps. J’ai chanté dans les grands bateaux qui passaient par le port. J’ai chanté dans les cours des gens. J’ai chanté dans toutes les îles du Cap-Vert. Disons maintenant que c’était une autre époque. Et quand je rentre aujourd’hui au Cap-Vert, c’est pour me reposer. Donc il ne m’arrive pas d’aller chanter dans les bars. Mais c’est une autre époque que je ne vais pas oublier. Une époque qui a eu son temps et maintenant je vis une autre époque. • Après des artistes comme Salif Kéita, Régis Gizavo, Ismaël Lô, ça vous dirait de collaborer avec d’autres artistes africains ? - Pour les collaborations, c’est pas moi qui le décide. Ça se passe entre mon producteur et celui des artistes qui souhaitent faire un duo avec moi… Pour moi, tous ces artistes se valent. Je les met tous sur le même pied d’égalité. Ce sont des gens avec qui on est toujours en bonne compagnie. Et puis, j’ai chanté avec eux. J’ai découvert qu’ils avaient beaucoup de qualités. Pour cela, je ne peux pas dire que certains m’impressionnent plus que d’autres. • Suite à de nombreux problèmes, vous aviez «décroché» pendant dix. Qu’est-ce qui vous a rassurée pour que vous reveniez ? - J’avais décidé d’arrêter la musique. J’ai passé dix ans loin de la chanson. Et puis après, j’ai pris la décision de recommencer. C’est à la suite de l’invitation d’une organisation de femmes au Cap-Vert qui m’avait demandé d’aller avec d’autres chanteuses à Lisbonne (capitale du Portugal) pour une cérémonie. C’est à cette époque que j’ai redémarré. Voilà comment je suis revenue à la musique. • Il se raconte aussi que vous recevez du monde chez vous à Mindelo à chacun de vos séjours au Cap-Vert. Ce sont des occasions de grandes réjouissances, paraît-il ? - Vous savez, s’il y a des gens qui viennent chez moi, cela ne veut pas dire que c’est moi qui vais les nourrir. Ou bien que c’est moi qui vais prendre soin d’eux. Non. C’est vrai que je reçois de la visite comme quiconque au Cap-Vert, parce que c’est dans notre culture, c’est dans notre sang de bien recevoir les gens. Mais je le fais quand je me sens en mesure de le faire, parce que j’aime la compagnie des gens. • Qui y recevez-vous généralement ? - Tout le monde. Les gens viennent très souvent. Que ce soit des Capverdiens, que ce soit des étrangers… Si je suis disponible, je les reçois. Sinon, quand je suis fatiguée, je décline l’invitation. • Quelles sont vos occupations à la maison ? - Ce n’est pas que je n’ai rien à faire. Il y a beaucoup à faire dans une maison. J’inspecte les coins des pièces, j’essuie, je nettoie. Je donne des ordres. Et puis je dois honorer mes visites. En tout cas, j’ai toujours une ou deux choses à faire à la maison. • Même la cuisine ? - Je me débrouille un peu. C’est ma mère qu était une bonne cuisinière. Moi, j’essaie un petit peu de me comparer à elle. Elle me sert d’exemple. • Vous êtes mariée ? - J’étais mariée, mais je ne le suis plus maintenant. Je reste quand même une femme amoureuse (rires). • A votre âge, est-il encore possible de tomber amoureuse ? - (elle rit) Je cesserai de tomber amoureuse le jour de ma mort. L’amour, c’est comme une maison qu’il faut nettoyer. Qu’il faut entretenir. Sinon, les araignées finiront par y tisser leurs toiles. Il faut de temps en temps nettoyer pour la rendre propre. • Combien d’enfants et de petits-enfants avez-vous ? - J’ai deux enfants : un garçon et une fille. J’ai aussi deux petits-enfants dont un garçon et une fille.
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