En février dernier, Kaysha se rendait aux Etats-Unis pour son deuxième
concert évènement à l'occasion de la sortie de son nouvel album
intitulé “Legendary”.
• Ton nouvel album s'appelle «Legendary». Pourquoi ?
-
Mon processus de création est assez simple, c'est que je compose les
chansons sans vraiment réfléchir, et c'est vraiment spontané. Le nom
des albums, je les trouve en général entre un an et un an et demi avant
leur lancement. J'étais aux Etat-Unis et j'hésitais à l'appeler «for
ever young» ou «legendary» (légendaire : ndlr). Et ça m'est venu comme
ça. J'ai donc demandé conseil à quelqu'un qui m'est proche, car j'avais
peur que l'appeler «Legendary» les gens aient l'impression que je me
prenne pour ce que je ne suis pas. Il m'a dit vas-y, cette année sera
légendaire pour toi. On était encore en 2006, j'ai suivi son conseil et
voilà. Ce nom pour plusieurs raisons : parce qu'avec la musique, je
fais partie de la légende d'une histoire qu'on racontera à propos des
artistes africains modernes. Et peut-être que demain, je serai une
légende, je ne sais pas. C'est pour ça que je l'ai appelé ainsi.
• Tu donnes l'image d'un artiste R&B ou de hip-hop, ce qui n'a rien à voir avec le coupé-décalé ?
- Au final, quel Africain n'écoute le zouk, le hip-hop, le R&B ! La
musique n'est plus comme il y a vingt ans, compartimentée où, quand on
va en boîte, on écoute du n'dombolo du début à la fin de la nuit, ou du
zouk dans les soirées antillaises. Aujourd'hui, dans toutes les soirées
parisiennes, que ce soit aux Bains douches ou sur les Champs, on entend
toutes sortes de musiques en une même soirée, du Magic System au ragga.
Si on va au Cap Sud qui est le temple des soirées antillaises, on va
entendre la même chose avec une dominante zouk. Le public et les
artistes sont forcément influencés de toutes parts, par les chaînes
télé et radio musicales, par exemple. Moi aussi, je suis influencé
musicalement. Et j'apprécie. Rien que la richesse de la musique
africaine m'évite de ne faire qu'une seule musique.
• Tu deviens donc naturellement un des promoteurs du coupé-décalé.
- On vient juste de tourner mon dernier clip avec Lino Versace,
Borosandji, Serge de Fallet, et bien d'autres… Comme je n'ai cessé de
le dire, j'aime beaucoup la musique africaine en général. J'étais très
content de voir l'émergence du coupé-décalé, parce que ça a apporté un
sang frais. C'est vrai qu'il y a eu une dominance de la musique
congolaise pendant une trentaine d'années, et, avant ça, c'était la
mouvance de la musique camerounaise. Je trouve très bien que les
Ivoiriens aient su utiliser cette influence de la musique congolaise
pour l'envoyer ailleurs et créer quelque chose de nouveau mis en avant
par les DJ. Je trouve important qu'il y ait une balance entre les
différents courants musicaux et qu'il n'y en ait pas qu'un seul qui
domine. C'est bien que la richesse de l'Afrique soit démontrée.
• Comment a débuté pour toi cette aventure ?
- Le coupé-décalé, je l'ai fait sans faire exprès, parce que quand j'ai
fait cet album, c'était plus dans le désire de mélanger le mapouka, le
n'dombolo et le rap. Les sonorités sont hip-hop, les petits sons
harmonicas sont empruntés au mapouka, et les guitares au n'dombolo. Je
suis tombé dans la vague car j'ai sorti l'album un an avant que ça
n'explose. Comme d'habitude je suis libre de corps et d'esprit, mais si
vous voulez me ranger dans tel ou tel mouvement, moi, ça ne me dérange
pas, mais à la base je fais ma propre musique en m'inspirant de
l'Afrique tout court.

• On parle de plus en plus de toi, mais au final on ne sait pas grand-chose de toi ?
- Je ne suis pas quelqu'un de secret, j'ai un blog sur mon site
«kaysha.com» où je raconte ma vie de tous les jours. Ma vie est simple,
comme tout le monde, j'aime les bonnes choses, le cinéma, aller sur
Internet, j'aime les belles femmes comme tout le monde et j'essaye d'en
avoir qu'une. Mais je fais peur aux femmes bien. Elles se disent : «ce
mec-là doit avoir des millions de meufs», donc elles n'essaient même
pas. Elles ne me donnent même pas une chance, c'est dur. Parfois, je
pleure seul dans ma couette.
• Peut-être est-ce parce que tu donnes l'image de quelqu'un de frivole ?
- Oui, mais l'image qu'est-ce que c'est ? Quand on est artiste, on fait
face à des préjugés qui sont véhiculés par nos collègues, ou par ceux
qui profitent de ça pour vendre leurs disques. Quand on a envie de
connaître quelqu'un, on n'écoute pas les ragots, on s'asseoit en face
de cette personne et on lui parle si on en à la possibilité et on voit
après. Nous sommes tous des êtres uniques, faut pas se dire que parce
qu'on le voit à la télé, et parce qu'il est entouré de femmes dans les
soirées... ça ne veut rien dire, ce n'est qu'une apparence, le côté
superficiel de la chose. Avant, je souffrais de ces préjuges, mais j'ai
appris à vivre avec. On ne peut pas donner un sourire à pleines dents à
tout le monde parce qu'on ne sait jamais ce que les gens vont faire.
• Ça dépend aussi de tes chansons. Est-ce finalement de la musique pour filles que tu fais ?
- Je chante ce que je ressens. Chaque musicien délivre un message, mais
ça varie d'une personne à l'autre. Quand j'écoute une chanson ou quand
je compose un titre, c'est spontanément. Je ne me pose pas de questions
du genre “est-ce que je chante pour les filles ou non ?” Parce que
parfois la chanson, c'est un garçon qui va l'écouter puis l'offrir ou
la faire écouter à une fille pour lui déclarer son amour. Quelque part,
j'écris pour ce garçon-là aussi. Je suis sûrement une âme romantique et
ça se ressent dans mes chansons. Mais après, tout le reste, c'est du
commerce.
• Tu as lancé une compil qui s'appelle «Grand maquis», quel est son concept ?
-
C'est un mélange de house, de rumba, de coupé-décalé, d'organique et
d'électronique. Et j'invite tous ceux que je veux à faire un titre.
C'est comme un restaurant. On fait un menu où on invite des artistes et
on les fait poser sur des pistes de danse. Je suis au troisième clip,
il y en a un quatrième qui va sortir bientôt. Grand maquis, c'est plus
une expérience qu'un projet commercial. Le but n'est pas de gagner de
l'argent, mais de collaborer avec des gens et de se faire plaisir. Je
ne voulais pas rentrer dans la mode coupé- décalé. J'ai essayé de
montrer la richesse de notre continent à travers la musique. ça
pourrait être de la politique si vous allez chercher plus loin ?
• Tu as un lien fort avec la Côte d'Ivoire. Tout te renvoie à elle, quelles sont tes relations ?
-
J'ai vécu en Côte d'Ivoire, j'ai même un passeport ivoirien. J'aime la
Côte d'Ivoire. Et quand je vais aux Comores et que j'entends le
coupé-décalé, ça fait drôle. Ce n'est plus la Côte d'Ivoire, mais c'est
cette musique qui, via l'influence congolaise, arrivée il y a quatre
ans, a pris d'assaut tout le continent. Je rends un hommage à l'Afrique
tout court. Aujourd'hui, le code du n'dombolo et du coupé-décalé se
retrouve partout. On ne peut plus dire que Koffi Olomidé est un artiste
congolais tout court, mais un artiste majeur africain. On n'a pas
besoin d'aller à Abidjan aujourd'hui pour le retrouver, il dépasse les
frontières : à Washington, Atlanta, New-York ou Bamako. Et moi, comme
tous les Africains, on a une certaine fierté à se dire qu'on a une
musique qui porte. Et d'ailleurs les artistes qui l'ont compris
s'exportent très bien parce qu'ils font des concerts partout dans le
monde. Mais, malheureusement, l'Africain aime bien penser tribal,
territoire… Moi, je pense vraiment Afrique.
• Quel est le style de musique que tu écoutes souvent ?
-
Je n'écoute que des slows américains ou anglais et des petites ballades
brésiliennes. La samba aussi. J'aime aussi beaucoup le travail des gens
comme Lokua Kanza, qui font de la musique traditionnelle mais enrichie
de modernité. Mais si je devais composer pour un artiste de renom, ce
serait un bon coupé-décalé ou un bon zouk pour Michael Jackson. Je n'ai
pas de limite dans ce que je peux faire, non pas que je sache tout
faire, mais c'est que je n'ai pas peur d'essayer. Je suis arrivé dans
la musique afro-caribéenne comme ça. Je n'ai pas de pression à
travailler avec un grand artiste international ou alors une petite
chanteuse qui débute, pour moi, c'est la même chose, la même passion,
la même qualité de travail que je fournirai.
• On t'appelle “l'African bohémien, pourquoi ?
-
Peut-être parce que je suis un sans domicile-fixe qui essaye de
véhiculer la culture africaine un peu partout dans le monde, de faire
apprécier une musique que finalement tout le monde aime. Mais très
souvent, on a la sensation qu'ils la découvrent. C'est un constat un
peu amer par rapport à tous les artistes africains. Et je trouve ça
dommage que ces artistes ne puissent pas tous vivre de leur art. On
devrait normalement, sans même quitter le continent, pouvoir vivre de
sa musique, mais il y a trop de piraterie, pas assez de structures qui
nous protègent. On nous dit pourquoi on ne rentre pas, mais si on le
fait, on tombe dans la galère. Il y a un combat à mener: des points de
vente de disques, des salles de spectacles, des organisateurs sérieux.
• C'est quoi ta philosophie que ce soit dans ton travail ou ta vie de tous les jours ?
-
La vie, c'est comme une rivière, on n'est jamais deux fois dans la même
eau. Chacun vit quelque chose, le monde est en perpétuel mouvement, je
ne peux pas prendre deux situations de la même façon. On peut toujours
être surpris dans la vie mais la première fois qu'on fait l'amour avec
quelqu'un c'est la première, la seule ; la première fois que ça se
finit avec quelqu'un et qu'on est malheureux, c'est la première fois,
la deuxième fois, c'est plus la même chose, même si on est tout autant
malheureux. C'est tout autre chose, c'est la deuxième. On avance, on
apprend tous les jours.
• On te voit quand à Abidjan ?
-
Ça fait longtemps que je n'ai pas eu de proposition, donc j'attends. Si
Top Visages m'invite au Top d'Or, je viendrai avec plaisir. En plus, je
suis célibataire.