Récemment à Abidjan, Lynnsha, la chanteuse française d'origine antillaise, a fait des révélations étonnantes au magazine Top Visages sur sa vie privée. Causerie avec une jeune femme qui dénonce, haut et fort, le comportement barbare de certains hommes.

• Comment ça va ?
- Ça va très bien. Merci.
• On peut dire que tu n'es plus une étrangère dans ce pays ?
- En effet. Je suis venue ici, il y a à peu près huit ans déjà pour le festival hip-hop…
• En France, on te colle l'étiquette de chanteuse de RnB. Personnellement, comment définis-tu ton genre ?
- Moi, je n'aime pas définir et classer les musiques par genre. En France, c'est vrai qu'on me classe comme une chanteuse de RnB. Mais je dirai que je n'en suis pas une. Je suis une chanteuse tout court. Parce que je fais du zouk, je fais du gospel, je fais de la pop. Donc, moi, je chante. Maintenant, c'est clair qu'avec mes origines antillaises et afro, forcément dans mes musiques on sent le rythme black.
…
- Moi, je vis à Paris, puisque c'est là-bas que je suis née. Maintenant, je sais que le RnB aux Antilles, ce n'est pas la musique première qu'ils écoutent. Ils écoutent du zouk et de la dance hall. Donc je sais qu'aux Antilles on me préfère plutôt pour ce que je fais. Et mes clips RnB y sont énormément appréciés. Cependant, je t'avouerais que les Antillais sont plus sensibles à mes titres zouk qu'à mes chansons RnB.
• Tu chantes tes propres expériences ?
- Le plus souvent, ce sont des choses que j'ai vécues. Moi je préfère chanter des choses que j'ai vécues plutôt que d'inventer. Et même quand je ne les ai pas vécues, ce sont des proches qui les ont vécues. Des choses que j'ai pu ressentir, que j'ai pu vivre. Donc, c'est plus facile pour moi de les décrire.
• Dis, tu es célibataire ? Libre comme le vent ?
- Oui ! (elle rit)
• Tu pourrais trouver un pointeur ici ?
- Qui sait ? (elle rit encore). Mais les pointeurs ici aiment avoir trop de bureaux différents. Je n'aime pas partager. Je n'aime pas les rivales. Quand j'aime quelqu'un, je veux être la seule !
• Tu dois être très jalouse, alors ?
- Très jalouse ! Je suis très, très jalouse. Très possessive. Donc moi, je suis exclusive. Si je t'aime, il faut que tu sois entièrement à moi, sinon ce n'est même pas la peine.
• Ah bon ! Tu es fidèle, toi-même ?
- Je suis fidèle en amour et en amitié. Je suis vraie. Je n'aime pas les choses fausses. Je pense que je suis assez entière. Quand je n'aime pas, je n'aime pas. Quand j'aime, j'aime. Je n'aime pas faire semblant.
• Et l'homme de ta vie, tu le vois comment ?
- L'homme de ma vie ? Fidèle (elle rit). Je vois quelqu'un de fidèle, d'ambitieux, de généreux, attentionné et travailleur.
• Que fais-tu à la maison, quand tu n'es pas en tournée ?
- Quand je ne suis pas en tournée, je travaille quand même chez moi. J'écris beaucoup. Je compose de nouveaux morceaux. J'aime aussi rester en famille. C'est assez important pour moi de garder les liens avec ma famille. Surtout qu'on a eu un décès dernièrement. Ma jeune cousine de 28 ans a été assassinée. Ça nous a encore plus rapprochés. Et on a décidé maintenant, ma famille et moi, de se voir deux fois par mois obligatoirement pour faire une sortie familiale.
• Ta cousine a été assassinée ?
- Oui. Par son mari.
• Comment c'est arrivé ?
- C'est un peu personnel. Mais bon… C'est compliqué et je précise aussi que je ne suis pas féministe, ni militante. Néanmoins, je me sens concernée par la cause des femmes. Surtout les femmes battues. Puisque moi-même je sortais avec un jeune homme qui avait la main assez légère. Souvent, j'en parle et je dis qu'en 2007 ce n'est pas normal que des hommes battent encore leurs femmes ou leurs conjointes. Et encore plus anormal qu'elles puissent mourir dans les bras, entre guillemets, de l'homme qu'elles aiment. Donc, je tiens à le dire et à le préciser, car j'espère que je pourrai le lire dans votre journal. Et mesdames, n'ayez pas peur de dire que vous êtes frappées par votre mari. Il faut dénoncer cela. Ce n'est pas normal qu'en 2007, une femme sur trois meure de coups et blessures de son mari. Ce n'est pas normal !
• Donc, ton copain avait pris l'habitude de te battre…
- Pas le dernier avec lequel j'étais. Parce que le pauvre, on va croire que c'est lui. Il ne m'a rien fait. Il était adorable mais ce n'était pas l'homme de ma vie. Donc, voilà… L'autre était un jeune homme. Je suis restée six ans avec lui. Il avait un petit peu la main trop légère et un peu trop infidèle. Donc au bout d'un moment on subit. Et après, on prend le dessus et on dit : stop !
• Pour quelles raisons te frappait-il ?
- Les fois où il m'a frappée, c'est les fois où j'ai voulu le quitter. En fait, c'est quelqu'un qui ne savait pas aimer. Il aimait mal. Je pense que je l'aimais bien. Mais lui, ne sait pas aimer correctement. Il a eu de mauvais exemples aussi. C'est vrai que son père n'a pas été un exemple pour lui, mais ce n'est pas une raison. On est maître de soi-même. C'est à chacun de faire ses choix et lui, il a fait le mauvais choix.
• Et depuis, tu vis seule aussi ?
- Oui, je vis seule à Paris dans un appart. Depuis l'âge de 18 ans, je vis seule.
• Partie de la maison familiale, comment faisais-tu pour subvenir à tes besoins ?
- Mon premier taff (boulot, ndlr) c'était un travail vraiment pas terrible, mais qui m'a bien aidée. Donc, je ne crache pas dessus. Eh bien, je travaillais au Mc Do (Mc Donald's). Tout simplement. Mais je faisais déjà de la musique et j'ai fait une belle rencontre qui est ma rencontre avec Kaysha au Mc Do. On est devenus amis. Je lui ai dit que je chantais. Un jour, il a voulu m'écouter et on m'a fait chanter. Ça c'est bien passé. J'ai commencé à faire des chœurs pour Zouk Machine, Tania St Val, Sonia Dersion, des rappeurs comme Passi et autres. Bref. Passi m'a signée. J'ai fait des duos avec Lord Kossity, avec Lady Laistee et puis plein d'autres.
• Parlons de tes liens avec l'Afrique ?
- Avec l'Afrique en elle-même, non. Pas comme j'aurais voulu ou comme j'aurais préféré. Mais avec les Antilles, peut-être un petit peu… (elle arrête de parler. Elle est distraite par deux margouillats qui se battent à deux pas de nous). Excuse-moi, je vois deux bêtes qui se battent là-bas. Les deux lézards-là. Ça m'a perturbée. Je n'ai pas l'habitude de voir ça…
• Ils te font peur ?
- Très, très peur. J'ai très peur des bêtes. C'est pour cela que ça m'a perturbée. J'ai peur de tout ce qui bouge. C'est pour cela qu'en Afrique ou aux Antilles, le soir, je ne me sens pas trop bien parce qu'il y a trop de bêtes qui bougent partout. Bref. Je disais que je viens ici quand même parce qu'à Paris je travaille avec Passi. Qui est l'un des artistes africains grâce à qui j'ai pu signer dans une grande maison de disque en France. Donc les liens avec l'Afrique se font à travers les Africains qui vivent à Paris. Alors, que ce soit avec Passi ou Stomy Bugsy qui est originaire du Cap-Vert, ou Awilo (j'ai d'ailleurs fait un duo avec ce dernier pour Dis l'heure afro zouk qui va sortir), j'ai aussi travaillé avec Papa Wemba. C'est même la dixième fois que je viens en Afrique. J'ai fait le Cameroun, le Niger, le Togo, le Burkina, et la Côte d'Ivoire deux fois.
• Laquelle de ces destinations t'a le plus marquée ?
- ça a été le Niger. C'est vrai qu'en Afrique, on peut voir le côté pauvre et le côté riche. Mais au Niger, j'ai été vraiment marquée parce que je n'avais jamais vu autant de pauvreté. On s'est retrouvée à faire des visites dans des villages, à voir des enfants. Et j'ai vu des enfants travailler. J'en ai vu travailler qui ne devaient peut-être pas avoir 6 ans. Ça m'a beaucoup touchée. Ce qui m'a donné l'envie d'écrire une chanson que je n'ai pas encore sortie mais qui s'appelle «La petite Awa». Elle a à peine 6 ans et elle travaille déjà dans les carrières de mine de pierres. Ça m'a donné aussi l'idée de monter une association de lutte contre l'esclavage des enfants.