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Angélique Kidjo : Portrait d’une Icone de la Musique Africaine Internationale Monday, 28.08.2006, 03:43pm (GMT)
Angélique Kidjo: Courte biographie Le début des années 1990 est marqué par l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes africains. Parmi eux, Angélique Kidjo. A pas de féline et dans des tenues d’apparat calquées sur le pelage des gracieuses panthères, elle réussit à s’imposer rapidement comme l’une des figures emblématiques de la musique Africaine «Internationale». Angélique Kidjo, née au Bénin, nous donne depuis le début de sa carrière, qui lui a valu 3 nominations aux Grammy Awards, et à travers son nouvel album «Oyaya» une vision particulière du monde: Elle nous rappelle que le monde actuel, avec ses technologies modernes de communication n’est pas si vaste et que nous sommes tous liés par de subtiles interconnections musicales ancestrales. Souvenez vous de son 1er album “Logozo” dont la chanson “Batonga” a fait le tour du monde et l’a propulsé sur la plus haute marche du podium. Son dernier album “Oyaya” se démarque du style qu’on lui connaît: un grand saut vers les rythmes Afro-Cubains! Depuis «Parakou» (1989), elle a collaboré, entre autres, avec Dave Matthews, Gilberto Gil et Santana. Angélique Kidjo a toujours entrecroisé les traditions musicales d’Afrique de l’ouest à des éléments de R&B, de funk, de jazz, ainsi qu’à des sonorités latinos et européennes. Mais, prenant la world music, souvent surproduite, à contre-courant, elle met à notre portée, à travers sa musique, l’inconscient collectif du monde. «Oyaya» est le dernier volet d’une trilogie explorant les racines africaines de la musique noire américaine («Oremi», 1998) et Brésilienne («Black Ivory soul», 2002). «Oyaya» mélange langues africaines et française, dans des sonorités issues de la diaspora Caribéenne. Les treize chansons de l’album ont été co-écrites avec son mari, Jean Hebrail, sur des musiques aux accents des îles, salsa, calypso, meringue et ska. L’album, produit par Steve Berlin (Los Lobos, Los Super Seven) a été co-produit et arrangé par Alberto Salas avec des musiciens africains et sud-américains. Il est dédié à la mémoire du grand ami d’Angélique Kidjo, Timothy White, écrivain et rédacteur en chef de «Billboard». «Oyaya» est né au gré des voyages d’Angélique Kidjo dans les Caraïbes où elle retrouve ses racines historiques et musicales. Haïti, La Barbade, Ste-Lucie... Mais c’est son séjour à Cuba qui a été le plus déterminant. C’est là qu’elle retrouve cette mémoire de l’humanité à travers une musique dans laquelle elle reconnaît les dialectes et idiomes familiers issus du commerce des esclaves jusque dans son pays natal, le Bénin, d’où Angélique Kidjo s’est exilée pour fuir la censure d’un état totalitaire, avant de résider entre la France et les USA. Le principal thème d‘«Oyaya» ( qui veut dire «joie» en Yoruba) est la réunification des êtres à travers la musique et son histoire. Cette joie, servie par une voix exceptionnelle, est le ciment entre les liens subtils qui unissent les musiques ancestrales aux mélodies contemporaines.
Finalement l’ascenseur ne s’est pas arrêté depuis “logozo”, l’aventure se poursuit aujourd’hui avec cet album que vous signez “oyaya”! Beaucoup de choses se sont passées depuis. J’ai toujours en moi la même passion de mon art. La même ouverture qui m’a guidée sur des sentiers de joie, et le punch qu’on me connaît. Je ne me suis pas limitée à la routine. J’ai plutôt élargi ma tendance à l’ouverture en osant prendre des risques. Lorsque vous décidez de prendre des risques, quels sont vos états d’âme? A cet instant précis, je me laisse orienter par mon inspiration du moment. Elle m’illumine et la passion m’envahit. Je ne me pose pas de questions. C’est ce que je ressens qui me parle et me dirige. Vous n’avez rien perdu de votre énergie et du dynamisme que vous déployez depuis le début de votre carrière. Ce sont là des valeurs que je porte en moi et qui ne peuvent pas tarir. Je suis une personne qui adore bouger et booster les choses. Je pense même que ces valeurs croissent en moi au fil du temps. J’avoue qu’il me plairait d’être calme de temps en temps, mais avec le boulot que je fais... Abordons à présent l’album “oyaya” que vous venez de réaliser. C’est un grand saut vers l’ailleurs que vous faites! “oyaya” est chanté en yorouba qui est une langue de chez moi que l’on retrouve aussi au Nigeria. Il symbolise la joie, la réjouissance. Je l’ai conçu en baignant dans un «optimisme vrai». J’ai voulu transcender le travail, atteindre l’extase. Il s’agit du dernier acte d’une trilogie commencée en 1997 et qui scrute les sources africaines de la musique américaine et brésilienne. Je retrace le chemin des esclaves, ces gens qui ont été déracinés, enlevés de chez eux avec force. Ces derniers ont pu survivre grâce à la musique. Même le blues qui véhicule la tristesse procure aussi de la joie. Au finish on se rend compte que la vie à plus de pouvoir que la mort. On a l’impression que cet album vous a fait connaître la vie! C’est bien plus que cela. C’est pour moi une réponse en écho de la joie de vivre. la joie de l’âme suprême contre toute la déprime. C’est un grand message qui s’exprime en ces termes: croire au refus du repli des communautés, car les problèmes doivent nous faire évoluer. L’entrecroisement des traditions africaines à des sonorités latinos donnent une symphonie qui épate! Tel est le but de ma passion. Tel est le travail que je voulais réaliser. Et donc, si cela est perçu je ne peux que me réjouir. J’y avais pensé depuis de nombreuses années. Il y a deux métiers qui m’intéressaient. Avocate, ou musicienne. Après avoir suivi des cours de droit, je n’y ai pas vu d’intérêt car les lois sont écrites par les hommes. Je ne me voyais pas du tout en train de «juger» d’autres hommes. Par contre j’ai trouvé mon compte dans la musique car elle me permet d’établir un lien avec les autres. Ma musique reflète mes croyances, mes convictions. “Oyaya” est nimbée de salsa car je me suis retrouvé dans les caraïbes. Mon séjour cubain à même été celui qui m’a fait atteindre extase et plénitude. Notre musique se retrouve partout dans le monde. Ce sont les esclaves qui ont teinté toutes les influences musicales que nous vivons aujourd’hui. Il y a également un autre excellent mariage dans cet album, celui des idiomes africains à la salsa! De ce côté-là, il a fallu un dédoublement de ma personne. Il faut parvenir à ses fins au moyen d’une capacité d’adaptation. Je chante dans plusieurs langues africaines et notamment en yorouba, fon, mina. J’ai en moi force et envie d’asseoir les éléments de base qui viennent du même endroit. Il faut disposer d’une flexibilité pour épouser toutes les cultures en gardant leurs identités. Préserver l’interactivité entre les cultures pour qu’elles existent. Parlez nous des rapports que vous entretenez avec les autres artistes africains! Voilà un autre aspect de notre vie d’artiste que nous n’arrivons pas à assurer. C’est un fait indépendant de notre volonté. Nous avons des journées tellement remplies. On a jamais le temps de se voir. Notre univers est trop spécial. Lorsqu’il arrive qu’on se retrouve alors on se lâche en se faisant du bien. Nous sommes gérés par le temps. Comment peut-on vous imaginer en dehors de l’univers musical? Je suis une femme comme les autres. Une épouse et mère à sa juste valeur. je refuse qu’on me donne une étiquette de star et d’ailleurs je n’en suis pas. Quelle image pouvez-vous nous peindre de la femme béninoise? On va la dépasser pour dresser un portrait de l’africaine. C’est une pionnière. Le changement ne s’opère que par elle. Elle tient en main l’éducation des hommes. L’avenir est entre ses mains. Vous êtes féministe? Je ne suis pas féministe mais réaliste. Les femmes ont une richesse que l’homme ne peut posséder. Elles ont une approche du business plus logique que les hommes. Lorsque nos hommes s’égarent du droit chemin, ce sont elles qui rétablissent l’ordre. Elles prennent tout sur elles. Mais je précise cependant qu’il existe une notion de complémentarité entre ces deux sexes et qui doit faire durer le couple. On vous a élevée au rang de digne ambassadeur de l’unicef. Qu’est ce qui vous a valu cet honneur? Je suis orientée vers une politique du social. Ce sont donc mes actions pour la bonne cause qui m’ont valu cette distinction. J’ai travaillé avec les nations unies. Il faut de nos jours de plus en plus de bonne volonté pour faire bouger les montagnes. Mon talent, je le mets à la disposition de l’éducation, surtout celle des jeunes filles en Afrique. Je prône la gratuité de l’école pour tous sur notre continent. Que notre élite se mobilise autour des fléaux dévastateurs. La question du sida doit être de ce fait traitée en priorité absolue. Moi je suis sur le terrain. Je parle aux jeunes. L’ unicef me soutient. Je vous l’ai dit en début d’interview, je bouge beaucoup!! Propos recueillis par Pacôme Christian Kipré (AfroBiz).
Votre nouvel album est à votre image: joyeux, énergique et pêchu... Oui, il faut cela! Cette joie de vivre, c’est mon carburant. La vie vaut la peine d’être vécue, malgré les problèmes. J’aimerais que, à chaque fois qu’une personne se trouve prise dans la spirale de la peur, elle se serve de cet album comme d’une arme. La peur est un frein à l’évolution. Il faut de la positivité, il faut s’aimer pour aimer les autres. Aujourd’hui, les communautés se replient sur elles-mêmes, c’est dangereux. L’évolution humaine est en régression et, si on permet le communautarisme, on aura tout raté. Moi, je ne suis jamais entrée dans une catégorie.
On vous l’a justement reproché... On me le reproche tout le temps, mais je suis un être humain. Je refuse qu’on me catégorise parce que je viens d’un pays pauvre d’Afrique. Je suis autant artiste que n’importe quel artiste qui existe au monde. Je n’ai aucun complexe par rapport à qui que ce soit. Que la personne soit riche, pauvre, je n’en ai rien à battre. Ma priorité, c’est d’essayer de créer un monde meilleur pour ma fille, pour les enfants. Comme le dit ma chanson «Mutoto Kwanza», les enfants d’abord! Adolescente, vous souhaitiez être avocate, un rôle que vous remplissez d’une certaine manière aujourd’hui? Je suis sur scène comme dans un prétoire. J’ai essayé l’aventure du droit un trimestre et ça m’a suffi largement. Qui peut me dire aujourd’hui que la justice n’est pas une question de classes sociales, alors qu’on fait tout pour qu’elles disparaissent? La justice est un droit naturel. Il y a des criminels friqués qui sont dans des prisons de luxe. Je refuse! Tu es un criminel, tu vas en prison comme tout le monde! Vous venez du Bénin, êtes établie entre la France et les Etats-Unis. Où vous situez-vous par rapport à votre identité? Je suis partout chez moi. Mes parents m’ont toujours dit qu’un être humain est au-delà de la couleur. On oublie tout le temps que nous ne sommes que des locataires de la vie. On n’a rien apporté en arrivant sur cette planète. On est arrivé nu, et par décence on mettra un costume à notre mort, mais on partira nu. On a beau avoir amassé des milliards, des hôtels particuliers, rien ne vous suit. Et c’est ça, la justice ultime. La mort met tout le monde au même niveau, le pauvre, le riche, le Blanc, le Noir. Tout le monde claque et les vers de terre qui nous bouffent ne font pas de différence. Avec «Oyaya!», vous mettez un point final à la trilogie... Oui, même si j’ai encore envie d’en faire d’autres. Cette idée de trilogie vient de loin, avant même l’université. Chaque année, je me disais que je n’étais pas assez mûre pour le faire. Tout mon travail m’a amenée à cette trilogie, et je suis contente d’avoir pris le temps pour la faire. A travers ces voyages musicaux, j’ai appris que la tolérance, la compréhension des uns et des autres est la clé pour la réussite de notre humanité. Propos recueillis par le quotidien Le Matin (Lausanne)
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